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En plein mois de mars, j'ai eu la chance de rencontrer, pendant près d'une heure, la cinéaste argentine Julia Solomonoff venue sur Lyon présenter son dernier et très beau film "Nobody’s watching", projeté  dans le cadre du festival LGBT "Ecrans Mixtes".

Nobody’s watching  est le troisième film de Julia Solomonoff, et le second à sortir en France ( le 25 avril prochain) après "Le dernier été de la Boyita" en 2009.

Dans ce long métrage, Julia Solomonoff, part d'une histoire très personnelle (elle a comme son personnage principal un comédien qui a quitté son pays natal, l'Argentine pour tenter de réussir aux USA), mais masculinise son héros, probablement pour prendre la distance nécessaire à ce matériau si intime.

Contrairement à la plupart des films sur New York, Big Apple est vue ici comme une cité particulièrement difficile à appréhender pour un immigré et qui, de par sa nature individualiste et sans pitié pour ceux qui ne sont pas des "winners" de nature,  détruit plus qu'elle n'aide ces êtres en perdition, comme l'est Nico, comédien star d'une sitcom à Buenos Aires et galérant aux States, accumulant les petits boulots notamment comme baby sitter.

Nobody_s_Watching

Avec beaucoup de finesse et de sensibilité, Nobody’s watching nous montre par petites touches et sans didactisme aucun, comment une star en Amérique du Sud va sombrer dans l’anonymat de la grande mégalopole et comment, peu à peu, il devra abandonner ses rêves et ses illusions de départ.

Et le film montre aussi, avec la dérision nécessaire, combien le cinéma américain se nourrit de clichés et de représentations et qu'un  blond latino n'est pas assez typé pour passer le cap des castings, un peu à la manière d'un  Aziz Anzari dans la formidable série Master of none .

Ballade mélancolique narrant le sentiment de déracinement et l’errance  qui étreint ce comédien  argentin dans New York, Nobody’s watching  est porté par l'époutousflante prestation de  Guillermo Pfening dans le rôle principal, apportant une belle palette de nuances, entre l’image qu’il s’efforce de garder dans son rapport aux autres et le désespoir qui le ronge progressivement.

Nobody's watching Nico

Car le film parle aussi de ces petits mensonges que l'on se raconte à soi meme et aux autres lorsque nous n’avons pas le courage d’affronter nos problèmes.

 Rencontre impossible entre le cinéma authentique d’Amérique du Sud et le si envié (et si difficile à atteindre) American Dream, Nobody's Watching  parle d'échecs et de regrets sans jamais s'apesantir sur le coté dramatique et tragique  sur un personnage qu'au fond comme le titre du film l'indique « Personne ne regarde  vraiment, ce qui pour un acteur est le comble du desespoir .

En cela, le soin apporté à la lumière, crépusculaire et nocturne, ainsi que la précision du travail sur l'ambiance sonore accentue ce sentiment d’épuisement et de la fuite vers l’avant que ressent le "héros" de ce très beau film.

Vous l'aurez compris on vous conseille cette très belle découverte à voir au cinéma le 25 avril prochain et dont on reparle prochainement avec la cinéaste dans l'interview dont je vous ai parlé en début d'article.