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 " La raison d'État. 
— Qu'est-ce que tu racontes ? 
— On apprend ça lorsqu'on fait des études de droit. C'est quand, au nom d'intérêts supérieurs, des gouvernants s'autorisent à violer les règles de l'État de droit. Quand le Préfet de police de Paris assassine des innocents dans leur cuisine, ou en pleine rue, avec l'accord du gouvernement, au nom de l'intérêt de la Nation. "

 En chroniquant les coulisses de la guerre d’Algérie, Thomas Cantaloube, reporter d'investigation qui travaille actuellement à Médiapart s'attaque pour son premier roman à un projet aussi ambitieux que complexe. 

Il installe son intrigue au tout  début de la Ve République, entre 1959 et 1962, pendant la période particulièrement sombre des dernières années de la fin de la guerre d'Algérie et en toile de fond, on y découvre tous ces événements qu'on apprend que trop peu dans les manuels d'histoire, tels quele massacre de la station de  Charonne ,en 1962  ou les attentats de l'observatoire qui avait pris pour cibleun certain François Mitterrand.

charonne

 
Car( et c'est tout l’intérêt de l'excellent  roman de Thomas Cantaloube): partant d'un point de départ fictif,  l'enquête d'un meurtre commandité d'un  avocat proche du FLN, commandité par un certain Maurice Papon, Canteloube met en scène des personnages réels - Papon, Mitterrand, Le Pen, et même un certain jean Pierre Melville non cité nommément, mais qu'on reconnait aisément-   qu'il mélange à plusieurs  personnages fictifs parmi lesquels Luc,  jeune policier idéaliste qui va essayer de résoudre cette affaire criminelle particulièrement sordide.

Avec un titre un peu ironique (comme  on assiste au début de la Ve république, le requiem n'étant pas forcément  la musique des plus adaptés ) qui laisserait entendre que ce régime était vicié dès ses origines, l'auteur ne nous cache rien des manœuvres les moins  glorieuses  gaullisme, avec une  répression policière  violente dont le parallèle avec des faits actuels pourrait sembler assez évidente à faire..

"Avec Sirius, Deogratias se lâchait. Quand il était en confiance, il délaissait ses manières de bureaucrate ambitieux. Ses petites lunettes rondes cerclées d’écaille lui glissait sur l’arête du nez et il faisait des moulinets avec ses bras. Il lissait régulièrement sa fine moustache pour ôter les traces de sueur qui perlaient dans les poils. Volkstrom était prêt à parier que si un fonctionnaire de la préfecture était entré à ce moment-là dans la pièce, il n’aurait pas reconnu « monsieur le directeur adjoint du cabinet du préfet de police de paris ».

Si le primo romancier s'appuie sur un vrai travail journaliste de documentation et d'analyse des faits, il  réussit également  avec une belle maestria à  tricoter le réel et la fiction,   à inventer des personnages parfois très proche de la réalité   et réussit avec une belle fluidité à maintenir un  suspense constant avec un sens du dialogue et de la formule qui fait très souvent mouche.

  "Ces politicards qui nous gouvernent n’ont pas de principes ! De Gaulle est revenu aux affaires, porté  par des médiocres et des minables. Il a choisi de les garder à ses côtés, il s’est entouré de requins au nom de la raison d’Etat !

Un  vrai plaisir de lecture à  vous conseiller illico parmi les bons polars de cette année 2019, et un auteur qui frappe un grand coup dès son entrée  en force dans la si prestigieuse collection « Série noire »!!

"Il descendit les escaliers calmement et prit à rebours le chemin par lequel il était venu. Il jurea  intérieurement : putain de Lemaire, putain de Deogratias, putain d'arabes trucidés!"

Requiem pour une République, de Thomas Cantaloube,

Ed. Gallimard, coll. Série noire, 544 p., 21 €.

Thomas Cantaloube A QUAIS DU POLAR

cantalboube

À propos

Thomas Cantaloube est grand reporter au pôle international de Mediapart depuis 2008. Requiem pour une république est son premier roman.

 Autobiographie pour Quais du Polar

Thomas Cantaloube aurait voulu être Corto Maltese afin de traverser la moitié du monde pour boire un verre avec un ami à l’ombre d’un palmier et éconduire les importuns d’une réplique nonchalante : « Un bon coup de couteau se donne toujours du bas vers le haut ».

https://www.quaisdupolar.com/auteurs/thomas-cantaloube/