C'est la grande mode des polars scandinaves depuis quelques années, et dans ce cadre là, on a profité du dernier quais du polar où les deux étaient invités  pour parler des  nouvelles sensations venue de Suède  qui ont été des phénomènes d'édition dans l'ensemble des pays scandinaves.

 

annabele

  1/ Annabelle; Lina Bengtsdotter ( Marabout)  : 

"Annabelle s'était juré qu'elle ne l’appellerait plus jamais. Et pourtant, la voilà, incroyable mais vrai, planquée derrière le gymnase en train de fumer une cigarette tout en composant de sa main libre son putain de numéro. Il répondit à la première sonnerie."

La détective Charlie Lager est contrainte par ses supérieurs de retourner à Gullspång, la petite ville où elle s’était juré de ne jamais remettre les pieds pour enquêter sur la disparition d’une jeune fille de 17 ans, Annabelle que la police locale n’a pu retrouver.

Alors que ses recherches progressent, Charlie est confrontée à un passé traumatisant, vieux de 20 ans.

La jeune femme, que sa brillante ascension dans la police suédoise a conduite à résoudre des enquêtes particulièrement complexes, se retrouve démunie et vulnérable face aux démons de sa propre enfance ; car Charlie aussi a de sombres secrets.


Meilleure vente de premier roman 2017 en Suède, Annabelle a été récompensé par le Crimetime Specsavers Awards, vendu à 90 000 exemplaires dans son pays, et  cédé dans 19 pays, Annabelle fut un des événements du dernier quais du polar lyonnais.

 L’auteur sait assurément de quoi elle parle puisqu’elle a vécu à Gullspång,  petite bourgade d'à peine mille âmes, un des endroits les plus pauvres du pays qu'elle décrit formidablement bien,   une cité désœuvrée, où les jeunes connaissent le désarroi, le désespoir, alcool et drogue.

L' héroïne, inspectrice Charlie Lager  qui revient dans sa ville natale 20 ans après l'avoir quitté, fait pas mal penser à celle de " sur ma peau " de Gilyan Flynn.

Elle  doit faire face à ses propres démons, tout en menant son enquête, et  ce retour aux sources charrie avec elle son lot d'événements enfouis et presque oubliés.

On aime le côté « borderline » du personnage, à la vie particulièrement  chaotique, qui apporte  du crédit  et de l'intensité au récit; un récit  sombre, où la souffrance psychologique est par ailleurs porté par une plume fluide et prenante .

Paru aux éditions Marabout/  COLLECTION : BLACK LAB

  2/ 1793; Niklas Natt och Dag ( Sonatine)

1973

  " A force de haleter, Cardell boit la tasse. La quinte de toux passée, il reste immobile à flotter près du cadavre. Il observe ses traits déformés. On n'entend plus les enfants sur le rivage. Ils attendent son retour en silence. Il fait demi-tour et se met à battre l'eau de son pied nu, pour regagner le rivage.".

1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du Nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable dans tout le pays. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence.

C’est dans cette atmosphère irrespirable que  Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux, qui va tenter de  mettre à jour la terrible réalité.

Né en 1979, Niklas Natt och Dag est le descendant d’une des plus anciennes familles de la noblesse suédoise.

Pour son premier roman,  paru aux éditions Sonatine, cet être proprement singulier, croisé lors du dernier quais du polar,  livre un  roman monté en quatre parties  qui correspond à quatre saisons, qui épate par sa précision, une reconstitution historique vraiment saisissante : notamment dans des descriptions de scènes de guerre  particulièrement fortes.

Véritable phénomène d'édition dans les pays scandinaves, encensé par une critique dithyrambique, ce premier roman est un coup de maître, profond et noir, sans concession, puissant, charnel et fiévreux.

 Les amateurs de thrillers historiques sont soumis à rude épreuve : entre dilemmes moraux impossibles, destins brisés et luttes acharnées pour survivre,les personnages de 1793 peinent à s’arracher à leur sort.

1793 évoque autant Le Parfum de Patrick Süskind que  James Ellroy..

Ce qui est certain, c'est qu'il est écrit par une plume virtuose,  et qu' 1793 est assurément un roman mené de main de maître.