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 "Parfois je traversais un village et les trottoirs détrempés luisaient. J'apercevais l'intérieur éclairé d'un café, la vitrine clignotante  d'une boulangerie toujours bardée  de décorations pour Noël, à la gouttière de laquelle grimpait toujours un mois après les fêtes un mannequin rouge et blanc, hotte sur le dos. Un tableau d'affichage numérique m'invitait  à un concert de la chorale municipale,  à un tournoi de fléchettes à la programmation de la Semaine du film asiatique prévue au mois d'avril. "

Le prix Femina 2019 a été attribué il y a quelques semaines à l' écrivain Sylvain Prudhomme avec "Par les routes", un roman déjà récompensé début octobre par le prix Landerneau des lecteurs.

De Sylvain Prudhomme,  on avait beaucoup aimé Les Grands,  évocation enlevée d'un authentique  groupe de musique  africaine et un peu moins  Légende sur l'histoire de deux frères ayant- réellement  organisé des fêtes grandioses dans une pinede du Sud de la France dans les années 70 .

Pour son nouveau roman , il abandonne les histoires vraies  et cela lui va bien tant Par les routes est d'un niveau bien supérieur aux autres lectures qu'on a pu découvrirde lui.

Par les routes lui permet de  tisser une  fiction autour d'un personnage assez mythique et insaissisable. Un homme jamais nommé qui prendra l'appellation de  « l’auto-stoppeur ". 

Un homme à part,  hors des contigences actuelles ( qui fait encore de l'auto stop aujourd'hui?), dont l'inconscience et l'insouciance dont il fait preuve pourra autant séduire qu'agacer.

En effet, malgré une épouse et un jeune enfant, ce quadragénaire fait comme il le faisait lorsqu'il avait  20 ans, il  part très régulièrement sur la route, ayant un besoin vital de liberté et une envie irrépressible de rencontrer des inconnus.

L'histoire sera racontée du point de vue d'un ami d'enfance Sacha qui le retrouve un jour par hasard dans la ville de proivince où il a aménagé  et qui va mine de rien combler avec la femme et le fils de l'autostoppeur le vide que celui ci occasionne à chacune de ses virées sur les routes.

"Je me jure que s'il revient j'aurai la même élégance. Dans la chanson de Cohen la guitare est calme, les mots sont simples. Certains biographies disent que l'ami au fameux manteaux bleu existe, qu'il a vraiment eu une histoire d'amour avec Jane. D'autres pensent qu'il n'est qu'un double de Cohen, une figure de sa jeunesse, de ses années de vagabond. Que du début à la fin le chanteur ne s'adresse qu'à lui-même. A l'homme qu'il n'est plus et qu'il revoit avec un mélange de tendresse et de défi. Ceux-là disent que l'homme au manteau bleu et Cohen n'ont jamais fait qu'un."

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 Il y a un côté Raymond Depardon ou Agnès Varda dans cette flanerie mélancolique sur la France profonde avec ce personnage bien à rebours de notre société actuelle qui prend le temps repérer des villages et se tracer un chemin au gré de son humeur.

Il y a  aussi un peu de Gérald Manset aussi, l'auteur de ce tube " il voyage en solitaire, rien ne l'oblige à le faire" dans le périple de cet autostoppeur dont les motivations du nous voyage nous échappe un peu.. 

Mine de rien, le nouveau roman de Sylvain Prudhomme  parle de ce temps qui passe et  qu'on a tant de mal à rattraper. Partir simplement pour le plaisir de partir, sans but ni destination fixe,  c’est aussi une manière de conjurer la fatalité du quotidien. et une façon d'appartenir au monde.

 A travers ces  routes que chacun emprunte, ces chemins de vie,ces sentiers intimes, il est question de ce quotidien  qui émousse les sensations et les émotions.

A travers un texte dépouillé, sobre, mais qui sait bien se ménager petites bulles de poésie, petits brins de tendresse, Sylvain Prudhomme fait flotter dans son roman un bien agréable sentiment de liberté, de bien-être qui fait beaucoup de bien dans les temps troublés actuels.

Sylvain Prudhomme, Par les routes, L’Arbalète Gallimard, août 2019, 304 p. 19 € 

 Le Livre fait partie de  la sélection du Prix Summer 2020 du Festival du livre de Bron  ( voir notre entretien avec son directeur l'an passé).