On vous l'avait annoncé la semaine passé :  Cléa Vincent a une nouvelle actualité musicale.

Son EP Tropi-Cléa 2, sort le 30 avril chez Midnight Special Records et viendra nous apporter tout le soleil et le baume au moral dont on a bien besoin pendant ce confinement.

Cette sortie d'EP en plein confinement était l'occasion idéale d'échanger avec Cléa Vincent, une artiste que comme Cyril Mokaiesh, notre première interview de la semaine, nous défendons depuis ses débutsdans le cadre d'un phoner.

interview Clea Vincent (1)

Salut Cléa... Alors, ma première question sera un peu classique, au vu de la situation : comment vis-tu cette période particulière de confinement ?

 Cléa Vincent  : Ah, disons que  c'est un peu compliqué quand même. On est dans une sorte de cinquième dimension, dans quelque chose qu’on n’avait jamais connus  auparavant. On doit apprendre à se régénérer autrement que par le contact humain et trouver la force d’avancer sans trop de visibilité sur l'avenir .

Je t'avouerais que, pour des personnes comme moi qui ne vit quasiment que pour les concerts et le contact humain, ce n’est pas du tout évident, il faut trouver de l'adrénaline et de la motivation ailleurs.

 Et en même temps si on tire aussi du positif dans cette expérience radicale, on se rend compte que finalement on ne meurt pas en consommant moins, on apprend à se contenter du minimum... Avant le confinement, on était quand même dans un besoin inassouvi de surconsommation totale dans une agitation permanente et je m'incluais dedans et finalement on peut consommer différemment et prendre le temps de faire vraiment les choses, c’est intéressant.

 Il est évident qu'on va ressortir différemment de cette période, et personnellement, je pense que je vais peut-être mettre un peu la pédale douce, que je me suis aperçu qu'il y avait un temps pour la musique et un temps pour autre chose. Je me dis que demain sera meilleur et je veux vraiment y croire ! 

 Baz'art : La motivation, tu dois quand même la trouver un peu dans la musique avec la sortie de ce Tropi-Cléa2, cet EP surprise qui sort le 30 avril, cette sortie tombe quand même pas mal, non ?

TROPICLEA2_COVER (1)

Cléa Vincent : Oui, c'est certain que ce projet nous tient pas mal en alerte, mon équipe et moi et c'est plutôt une bonne chose, vu les circonstances.

Entre les clips à faire, la promo, les derniers détails techniques, cela nous prend pas mal de temps...

En plus,  ce disque , je l'ai vraiment voulu comme une parenthèse tropicale dansante et pleine de punch.

Je me dis que cet état d'esprit qui nous a animé pendant la conception de l'EP ne pouvait pas mieux tomber pour mettre un peu de soleil dans la tête des gens. 

 Baz'art : Cette "parenthèse tropicale" comme tu aimes à l'appeller est la suite d'un premier EP sorti il y a trois ans et qui s'appelait logiquement "Tropi Cléa" tout court . Tu as travaillé exactement dans le même esprit que pour le premier ?

  Cléa Vincent  : Oui tout à fait, on a conservé les mêmes bases de travail... l'idée c'est que contrairement à mes deux albums de pop, ces EP se font beaucoup plus dans l'urgence et le lâcher prise 

Le premier avait été enregistré en live avec mes musiciens habituels en deux jours, là on a eu un jour de plus avec notamment une section de cuivre qui est venue enregistrer sur une journée entière;, mais sinon, tout s'est fait très vite et sans pression aucune.

 Baz'art : Ce nouvel EP est à nouveau fortement inspiré des musiques brésiliennes. Pourquoi une telle passion pour le Brésil, tu n'es pas carioca à ce que je sache ?

 Cléa Vincent  : Non non, tu as  entièrement raison, je n'ai pas de sang brésilien qui coule dans mes veines ( rires)... disons qu'au départ,  j'ai été sensibilisé par un de mes professeurs de piano, Philippe Baden Powell, le fils de la légende de musique brésilienne Baden Powell.

Et très vite, Philippe m'a initié à la musique brésilienne, et aux artistes de la scène brésilienne comme Chico Buarque, Caetano Veloso ou Seu Jorge.

C'est ainsi qu'il y a quelques années j'ai commencé à composer un morceau, puis deux, puis trois,  dans cet esprit brésilien, puis suffisamment pour les rassembler et  les  intégrer dans ce premier EP..

Et comme ce premier EP avait eu de bons échos et qu'on s'était vraiment éclatés à le faire, on a eu envie de prolonger l'aventure trois ans après.

 Baz'art : Pour le premier EP, tu disais dans tes interviews que tu avais quand même du mal à t'affranchir du format pop traditionnel, même quand tu allais sur les terres de la bossa nova et que par exemple, tu restais sur un format classique "couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain "...Ici, avec notamment un titre comme "Bahia", ou la même phrase revient sans cesse, un peu comme une litanie, on a l'impression que tu as tenté de t'éloigner un peu de cette pop qui te suit partout, tu confirmes? 

bahia

  Cléa Vincent :    Pas vraiment, j'ai encore un peu de mal à sortir des sentiers de ce format hyper pop qui me colle bien à la peau, je t'avouerai (rires).

J'ai beau ne pas composer sur le même clavier,que pour mes albums plus traditionnels, le fameux binaire à 120 bpm  qui donne  à mes mélodies un son presque disco, je suis toujours rattrapé par le coté hyper pop de la construction de mes morceaux, c'est plus fort que moi...

Pour "Bahia" en fait, le morceau n'est pas de moi, c'est une composition de mon fidèle compère Raphael Thyss, qui est le trompettiste et claviériste du groupe. 

C'est un morceau sur le rêve, un rêve qui ne se concrétisera peut être jamais mais qu'on garde dans un coin de sa tête, pour aider à tenir.. Il  parle de l'inconnu, des choix mystérieux que l'on fait dans sa vie, d'où l'effet d'une ritournelle lancinante. 

En cela, ce titre s'éloigne de mes compositions traditionnelles, mais tu sais,  c'était déjà le cas avec "Baie de mes rêves" dans le premier EP. 

Raphaël  était déjà à l'origine de ce morceau, plus proche de l'esprit de la bossa nova  et moins d'inspiration pop par rapport aux autres titres des deux Tropi Cléa...

 

 

 

Baz'art : Et en même temps, c'est ce mélange entre la pop et  la musique brésilienne qui fait ta spécificité et te renvoie en même temps à un tout un courant de la chanson française. A ce titre, on peut dire que tu marches dans les traces d'autres artistes français qui ont également été fortement inspirés par la musique brésilienne, de Nougaro à Moustaki en passant plus récemment par Pauline Croze .. Ce sont des filiations que tu assumes ?

Cléa Vincent  : Oui, totalement. Il y a ceux que tu cites mais aussi Flavien Berger, Philippe Katherine ou Sébastien Tellier qui ont également flirté avec beaucoup d'élégance avec ses sonorités là.

Si on prend des références plus anciennes, j'adore également Nino Ferrer quand il chante "la Rua Madureira" ou aussi l'oeuvre d'un Pierre Barouh, sans oublier Brigitte Bardot, également très influencée par l'esprit carioca.

Un grand nombre d'artistes français ont toujours intégré de la musique brésilienne à leur répertoire et j'ai toujours adoré cela, donc si on me compare à eux, je suis forcément ravie, je valide à 100% (rires).

 Baz'art : J'ai vu, dans un petit teaser présentant ce nouvel EP sur ta page Facebook, que celui-ci était moins bossa nova et plus samba/batucada que le premier. Tu l'as souhaité également moins romantique et plus politique dans le propos. Est-ce que c'est ce virage plus samba qui t'inspire automatiquement des textes plus engagés, tels que N'allez pas travailler ou Poupée Canapé qui figurent dans cet EP ?

 Cléa Vincent  : Oh je ne sais pas si les puristes diront que le disque est tellement plus samba ou batucada par rapport au précédent (rires).

Comme je te le disais plus haut, ce disque est  avant tout pop avec de vraies inspirations brésiliennes dedans.

Disons qu'il y a sans doute des influences  plus variées que dans le premier EP qui, lui, était clairement orienté bossa nova dans ses inspirations ... 

Dans "Tropi Cléa 2", il y a surtout "Du sang sur les congas" qui est très samba, mais il y a des morceaux comme "Poupée Canapé" ou "N'allez pas travailler" qui sont plus à aller chercher du côté du reggaeton

Bref, c'est assez éclectique comme référence et ce n'était pas une volonté clairement assumée de m'éloigner totalement de la bossa nova.

 Quant à la dimension plus engagée de mes textes, disons qu'elle épouse un peu l'air du temps et mes préoccupations du moment.

Plus concrètement, un morceau comme "N'allez pas travailler", j'en ai eu l'idée quand j'étais totalement coincée dans les embouteillages un matin où je devais partir faire un atelier avec un collège de Montfermeil - pour créer avec eux une chaine web, expérience passionnante d'ailleurs- et je me suis dit que finalement si on décidait tous de faire demi-tour et de ne pas aller bosser, cela ne serait pas aussi grave  économiquement que ce qu'on peut bien dire...

Je ne pensais évidemment pas, que, quelques mois plus tard, nous allions vérifier ces dires en version XXL (rires)...

 cleavincent

Baz'art : Et un morceau comme "Poupée Canapé" qui dénonce la façon dont les hommes traitent les femmes femme en tant qu' objet, elle me semble totalement être dans la lignée d’un morceau comme "Sexe d'un Garçon" tiré de ton précédent album, n'est ce pas ?

 Cléa Vincent :  Oui bien sûr, le message féministe est ici assez évident. Comme dans "Sexe d'un garçon", on a l'idée qu'une femme existe par elle-même et qu'elle n'est pas la propriété d'un homme.

 Disons que c'est une autre déclinaison que "Sexe d'un Garçon" qui dénonçait cette façon de faire de la femme un objet dans le domaine professionnel, qui doit faire des pieds et des mains pour trouver sa place.

Alors pour  ce "Poupée canapé," j’avais plus eu envie de sonder cette question dans l'intimité d'une relation de couple,  à une échelle plus réduite, mais non moins essentielle pour la construction d'une femme. 

C'est vrai que le concept de "femme-objet", quand une femme est utilisée uniquement pour son physique ou que des attributions qu'on aurait tendance à coller à ce sexe en particulier,  m'a toujours un peu agacé et c'est important pour moi d'évoquer ce sujet.

 

vincent

Baz'art : Et ce morceau est également bien dans la lignée de tes prises de position féministes; on t'a souvent entendue sur la question, que ce soit dans tes projets musicaux ainsi que dans certaines interventions médiatiques, non ?

Cléa Vincent  : Oh, pas vraiment, je trouve que cette étiquette de féministe, qu'on a parfois trop tendance à me coller, je ne la mérite pas vraiment.

 Les féministes sont des femmes qui osent des actions particulièrement marquantes,  des actions dont l'opinion publique se souvient et moi je ne fais que de petites chansons pop,  on ne joue pas dans la même catégorie quand même ( rires).

 C'est vrai que j'aime bien m'entourer de femmes au niveau professionnel dès que je le peux, de leur faire un peu de place en choisissant des profils féminins pour m'entourer, surtout dans des professions où elles sont au départ peu nombreuses (photographes, ingénieur sons, tourneur…).

 Mais je ne suis pas du tout dans une optique : "les femmes contre les hommes"; bien au contraire, il y a plein d’hommes qui sont à coté de nous dans nos combats, et c'est  très chouette...

Baz'art : Tu as dit dans une interview que, même si ta pop est dansante et sautillante, tu es parfois traversée par des vagues de spleen chères à Baudelaire, des vagues  que tu essaies de transfigurer par des mélodies légères, c'était aussi le cas avec un EP aussi festif que Tropi Cléa ?

 Cléa Vincent : Non pas, vraiment, en l'occurence, le seul morceau un peu mélancolique  dans "Tropi Cléa 2" est le titre "sans déc"...

Pour le reste j'ai vraiment été emporté par le coté solaire et enjoué dès son tropicaux. On était vraiment dans un état d'esprit très joyeux quand on a enregistré les morceaux en décembre dernier, aucun spleen en vue à cette époque, c'est après que cela s'est un peu gâté si tu vois à quoi je fais allusion (rires) .

Au moment où on l’enregistrait, on voulait vraiment faire danser les gens et on a toujours cette envie-là d'ailleurs, même si on doit se contenter pour le moment de danser chez  soi en chaussettes et  en pyjama (rires) ..

  Baz'art : Et niveau scène, j'imagine que le confinement a un peu ralenti tes projets mais que tu as prévu de défendre dès que tu le pourras ces morceaux de l'EP avec peut-être aussi ceux du premier pour faire un concert 100% tropical, non ?

Cléa Vincent :  En effet, on devait passer au Sunside  à Paris le 28 mai prochain pour y proposer une session effectivement bien axée Tropi Cléa avec un live en septet afin de  jouer des morceaux des 2 Tropi Cléa et surtout mettre en avant les morceaux les plus dansants.

 En province, on avait une tournée avec des morceaux de Tropi Cléa mais aussi du dernier album Nuits sans sommeil car l'album n'a qu'un an et on a pu le jouer partout encore , tout cela est forcément en standby on est en train de voir pour les reports après l'été mais on est pas tous seuls dans ce cas, forcément...

Ce  qui est sûr,  c'est que  les gens ont encore plus besoin qu'avant de ce ce genre de musique dansante et festive donc, dès qu'on le pourra, on sera là pour donner plein de bonheur aux gens trop longtemps confinés ...

Baz'art : Cela, c'est certain, chère Cléa, et ce bonheur que tu donnes, tout le monde va le prendre le 30 avril prochain avec ce Tropi Cléa2.. merci beaucoup pour cet entretien et ta gentillesse! 

 Tropi Cléa 2 sort le 30 avril prochain chez Midnight Records. 

On peut d’ores et déjà le pré-commander au format vinyle ou le précharger dans vos bibliothèques en ligne ici même !

Crédit Photo :Cléa Vincent by Michelle Blades