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 "Je m'appelle Fatima. Je suis musulmane. Pendant mes trajets, parfois j'essaie de faire le dhikr, mais toutes ces voix mélangées dégoulinent autour de moi, alors je me fonds dans le bruit des rames, dans les paroles parisiennes, dans les odeurs de sueur, d'alcool et de parfum.... Le dhikr, c'est répeter le nom de Dieu pour raviver Son souvenir."

Si, dans la littérature américaine les blurbs sont légions (ces fameux bandeaux élogieux de tel ou tel grand auteur vantant les mérites d'un ou une de ses collègues), en France, les romanciers ont visiblement un peu plus de réserve à encenser les écrits de leurs comparses.

C'est pour cela que lorsqu'il y en a un-  et a fortiori lorsqu'il est signé Virginie Despentes, icone absolue de la littérature française-  tout le monde regarde avec une attention accrue le roman dont il est question et tout le monde le remonte tout en haut de la pile des romans de la rentrée à chroniquer .

C'est ce qui ce qui est arrivé cette année avec le premier roman de la jeune FATIMA DAAS , adoubée par Despentes et qui de fait s’impose comme la révélation de la rentrée avec La Petite Dernière, un roman qui surfe sur le registre de l'autofiction.

Un roman qui a en effet tout pour plaire à l'auteure de Vernon Subutex ou "King Kong Théorie".

Comme cette dernière, FATIMA DAAS insuffle un souffle nouveau dans la littérature français en creusant un sillon assez inédit et assez punk dans les chemins parfois pépères de la littérature française d'aujourd'hui .

Chaque chapitre de La Petite Dernière commence par l'amaphore suivante :« Je m’appelle Fatima."

Ce besoin de revendiquer haut et fort son identité, qui, à chaque fois, prend une tournure  différente, montre bien la difficulté pour cette jeune femme, écartelée entre plusieurs pôles, la France et l'Algérie, la religion musulmane et son amour pour les femmes.

L’écrivaine Fatima Daas, à Paris, le 17 août 2020.

L’écrivaine Fatima Daas, à Paris, le 17 août 2020. REMY ARTIGES POUR « LE MONDE »

Cette phrase d'ouverture identique permet à Fatima Daas de scander les différentes facettes qui la faconne :  algérienne, française, mais aussi musulmane,  lesbienne, asthmatique, pécheresse, étudiante en philosophie, usagère du RER.. 

Avant tout, on devine vite que Fatima- un pseudo pour l'auteure qui n'hésite pas à brouiller les pistes, son personnage de fiction étant aussi plus âgée qu'elle ne l'est en réalité,  a surtout un cas de conscience énorme à combattre, celui d'être une jeune femme lesbienne qui doit faire face à cette foi qu'on lui a inculqué et qui condamne cette orientation sexuelle

Comment trouver sa juste place et prend le choix de ne pas choisir? Comment trouver l’équilibre entre la pratique de sa religion et son orientation sexuelle et  réussir à faire disparaitre ce sentiment de honte qui la tenaille ?

Et surtout comment continuer à affirmer que l’homosexualité est un péché tout en continuant à aimer les femmes?

Tel est le paradoxe et les ambivalences soulevés par ce texte fort qui pourrait certes sembler décousu- on passe d'une souvenir à une réflexion sans qu'il n'y ait forcément de lien chronologique entre eux, mais qui forment finalement un tout uniforme, à la manière de fragments de vie qui en emmènent d'autres. 

Un premier roman,très personnel et singulier, plein de cette hargne et de cette rage qui le fait se rapprocher pas mal du slam , voire de l'incantation .

Autrement dit, Madame Despentes avait vu  100 % juste !!

« La Petite Dernière », de Fatima Daas, Notabilia, 188 p., 16 €, numérique 13 €.