Baz'art  : Des films, des livres...
15 novembre 2024

Rencontre avec le réalisateur Julien Colonna pour son film Le Royaume

Le cinéaste français Julien Colonna évoque son premier long métrage, Le Royaume

Un film avec des Corses, tourné en Corse... par un cinéaste corse.

Le Royaume a mis des années à se concrétiser.

En conséquence, son réalisateur, Julien Colonna, sait parfaitement en parler !

Rencontre avec le réalisateur Julien Colonna pour son film Le Royaume

Avec Jeanne, on a tout fait pour assécher au maximum l'intrigue politico-mafieuse afin de laisser émerger un film sur les conséquences tragiques des choix de vie de ces hommes sur leurs proches, sur ceux qui restent, explique au Point le réalisateur. Nous voulions dépeindre ces gangsters comme des fantômes déjà morts mais qui ne le savent pas encore. Comme des pénitents de leur propre vie, terrés comme des bêtes sauvages... On voulait aussi montrer aux jeunes qui fantasment cette vie que c'est surtout un chemin pavé de drames et de solitude.

Un certain nombre de réalisateurs corses dont vous faites partie ont tourné récemment en Corse, quel est votre sentiment la dessus?

Disons qu'il était temps car pendant longtemps  la Corse dans les fictions était filmé par des non insulaires, je pense à la série Mafiosa par exemple.

Cette appropriation culturelle a causé du tort à la Corse et je ne me suis jamais reconnu dans ces productions.

C'est pour cela que des auteurs comme Thierry de Peretti, Frédéric Farrucci et moi-même avons voulu nous réapproprier le narratif corse, trop souvent galvaudé par des gens traitant d'une culture qu'ils ne connaissent absolument pas..

Votre scénario mélange thriller ultra réaliste sur les attentats corse dans les années 80 et relation filiale entre un père et une fille qui apprennent à se connaitre ..comment avez vous trouvé cet équilibre ?

Cela a été le nerf de la guerre si je peux dire dans l'écriture avec ma co scénariste Jeanne Herry ( réalisatrice de Je n'oublierai jamais vos visages)

Disons qu'on a essayé d'  assécher au maximum l’intrigue politico-mafieuse afin de permettre à un film d’émerger sur les conséquences tragiques des choix de vie de ces hommes sur leurs proches, sur ceux qui restent..

Nous voulions  éviter la  "glamourisation"  des  gangsters comme  on en a vu tant au cinéma, notamment les américains des films parfois très bons d'ailleurs mais qui donnent une image faussée de ce qu'est le banditisme

Nous a voulu montrer que ces gens là étaient fantômes déjà morts mais qui ne le savaient pas encore.  Ils sont terrés dans cette grande maison comme des pénitents de leur propre vie, retranchés comme des bêtes fauves…Il n'y a pas de belles voitures,  de yachts, de belles filles

Il fallait  montrer aux jeunes qui fantasment sur cette vie qu’elle est avant tout un chemin pavé de drames et de solitude où la mort rode tout autour, tout le temps ..

Ce qui nous intéressait le plus , c'était la relation entre un père et sa fille. Le reste, les guerres de clans, les guerres de territoire, on l'a volontairement mis au second plan. Que ce soit en Corse ou ailleurs, dans les films ou dans la réalité, ces histoires-là se ressemblent toutes.

Comment s’est passée l’écriture avec Jeanne Herry  qu'on imagine pas forcément au départ en phase avec votre univers ?
(malicieux) ah oui? et pourtant j'aime beaucoup ses films vous savez....

Dès les prémices du projet, je souhaitais écrire avec une femme.

Quand on s’est rencontrés avec Jeanne, tout a été évident.  Nos sensibilités, nos approches, nos méthodes…

Ces mois passés ensemble n’ont été que travail et douceur. Jeanne est l’une des plus belles rencontres de ma vie d’homme et de cinéaste. Alors certes, on a des obsessions différentes parce qu’on a des histoires différentes, mais je me retrouve beaucoup dans tous ces films comme elle se retrouve dans Le Royaume je pense....

Plus concrètement, Jeanne m'a aidé à accoucher de cette histoire, j'avais écrit environ 300 pages de notes pendant le covid et on est partis de cet écrit là pour alimenter nos discussion et réflexions pendant presque deux ans, ce qui a permis d'aboutir à différentes version du scénario avant le scénario final.

Rencontre avec le réalisateur Julien Colonna pour son film Le Royaume

Ce film se déroule en Corse, il est écrit par un Corse, avec des personnages corses, donc il était évident pour moi que je devais travailler avec des insulaires. Pour les deux rôles principaux, celui de Leisa qui devait avoir plus de 16 ans pour de questions de production mais qui devait faire un peu plus jeune, et pour celui de son père au milieu de la cinquantaine, il n’y avait pas beaucoup d’actrices et d’acteurs de ces âges là en Corse et cela ne correspondait pas à ce que je cherchais. Donc, nous avons fait huit mois de casting sauvage

Vous ne cachez pas le fait que cette histoire est assez proche de ce que vous avez connu avec votre père quand vous étiez enfant. Est ce que choisir un personnage féminin était un moyen de prendre de la distance sur cette histoire si personnelle?

Oui, disons que c'est aussi un choix dramaturgique.

Cette jeune fille, une enfant sentinelle, avec sa blessure rentrée, courageuse, déterminée, et douce en même temps, plongée dans ce milieu opaque, très masculin, ça faisait sens. L'idée, c'était de dépeindre cette relation filiale qui tente d'exister, qui tente de survivre, dans un contexte ou tout meurt. 

Après qu'elle soit une jeune fille ou un jeune homme, fondamentalement ca ne change pas grand chose dans ce qu'elle ressent pour son père c'est une histoire d'émancipation qu'un jeune homme aurait pu vivre aussi, avec quelques nuances évidemment mais pas tant que cela..

Quel rythme avez-vous voulu donner au film ?

Il fallait que la mise en scène  soit à l’image d’une cavale, c’est-à-dire imprévisible, inconfortable.

On se pose dans un lieu quelques jours, mais ensuite on en enchaîne trois ou quatre dans les 48h suivantes.

Il fallait déséquilibrer le spectateur, qu’il ne sache pas ce que ce qui peut se passer à la séquence suivante.

Je voulais aussi jouer sur les contrastes sensoriels d’une cavale : la chaleur et la sueur, la fraicheur de l’eau, des moments de rires et de joie balayés par une nouvelle qui terrasse. Il y avait une volonté d’être toujours en arythmie et le plus surprenant possible.

Tout le film ne repose pas uniquement du point de vue de Lesia, il y a quelques scènes ou elle n'apparait pas, quelles en ont leur signification?

Ces séquences là sont arrivées tardivement dans l'écriture du scénario à un moment où je bloquais totalement.

C'était pertinent que le film soit à hauteur de Lesia mais sur quelques séquences, on voit aussi en quoi cette histoire là peut avoir une résonnance sur les familles de ces autres membres.

Ces scènes là précédent souvent la mort d'un des personnages, en quelque sorte, c'était pour annoncer leur mort à venir...

cette appropriation culturelle a causé du tort à la Corse et je ne me suis jamais reconnu dans ces productions. C'est pour cela que des auteurs comme Thierry de Peretti, Frédéric Farrucci et moi-même avons voulu nous réapproprier le narratif corse, trop souvent galvaudé par des gens traitant d'une culture qu'ils ne connaissent absolument pas "

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 367 386
LE FESTIVAL DU FILM DE LAMA DÉVOILE SA PROGRAMMATION !
 

 

Cette année encore, pour sa 32ème édition, le Festival du Film de Lama vous propose une programmation qui ravira petits comme grands, faisant une belle part aux œuvres présentées au Festival de Cannes avec des films venus du monde entier. Comme l'indique la devise du festival, rendez-vous aux "Chroniques d'un village monde" !
 
Le festival s'ouvrira sur le film de Sarah Arnols L'espèce explosive, présentée à la Quinzaine des Cinéastes cette année et mené par Alexis Manenti, Ella Rumpf et Vincent Dedienne.
 
Pour continuer sur cette lancée cannoise, le festival aura l'honneur de vous présenter La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet mais aussi Notre Salut (Prix du Scénario - Festival de Cannes 2026) d'Emmanuel Marre, Minotaure (Grand Prix de Cannes 2026) de Andreï Zviaguintsev, La Bola Negra (Prix de la mise en scène - Festival de Cannes 2026) de Javier Calo et Javier Ambrossi ou encore Histoires de la nuit de Léa Mysius.
 

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

DE L'ÉCRIT À L'ÉCRAN MONTELIMAR FILM FESTIVAL 15 ème édition

DU VENDREDI 18 AU JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026- Montélimar


Le festival De l'écrit à l'écran revient en septembre 2026 pour sa quinzième édition.
Véritable temps fort de l'action culturelle menée par l'association éponyme, le festival conjugue au présent cinéma et littérature, crée des ponts inter-culturels et interartistiques stimulants et enrichissants. Il s'articule autour de 3 axes fondamentaux: ce qui s’écrit, ce qui se dit et ce qui se pense, sur la toile comme au-delà, et les met en lumière. En 2025, le festival a accueilli plus de 147 invités, organisé 140 événements dont 89 séances de cinéma et réuni plus de 33 000 spectateurs.

De l'écrit à l'écran - Cinéma Festival - Montélimar - 2024 | De L'écrit à l'écran

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
171 abonnés