Baz'art  : Des films, des livres...
3 septembre 2025

La disparition de Josef Mengele : L’effroyable Mikaël Chirinian pour ne pas oublier la menace – Théâtre de la Pépinière (Paris)

 

Sur le mur d’objets et de portraits de la Kommandantur nazie, il n’est pas présent. Il était celui ce que les livres d’histoire ont appelé « L’ange de la mort ». Son nom est Josef Mengele. Il n’a point soigné, il a tué près de 400 000 personnes. L’Allemand, né en 1911 et adhérent au parti nazi en 1937, aurait dû se trouver sur le banc des jugés en 1946 lors du « procès des médecins ». Il n’a jamais été jugé pour ses crimes. Dès 1943, il devient le médecin-chef du camp d’Auschwitz où il réalise une série de cruelles expériences médicales sur des déportés. Pour combler une ambition pseudo-scientifique, l’homme n’hésite pas à tuer, disséquer, amputer et infecter volontairement ses cobayes avec diverses maladies. Mengele n’est pas inquiété à la fin de la guerre, il fuit l’Allemagne occupée en 1949 pour rejoindre l’Argentine. 

 

C’est le journaliste et écrivain Olivier Guez qui s’est penché sur la suite, la cavale et la protection institutionnalisée de la dictature péroniste, de sa famille en Allemagne et comment il est passé du « pacha » capitaine de la SS au « rat » vieillard apeuré. Travail abrupt de trois ans pour le romancier qu’il racontait au Monde en 2017 : « C’est vite devenu très dur, se souvient-il. Je ne souhaite à personne d’avoir à se lever, chaque matin, en pensant à Mengele. Je vivais avec lui, avec ce personnage abject, d’une médiocrité abyssale. Je montais sur le ring. Je l’affrontais. Les six premiers mois, il m’arrivait de crier son nom la nuit ». C’est une œuvre qui lui a collé à la peau, les images de l’horreur restèrent longtemps dans son esprit.

 

Après avoir investi la scène du Théâtre du Chêne Noir au festival OFF d’Avignon, l’été dernier, Mikaël Chirinian fait sienne celle du Théâtre de la Pépinière. Comment l’idée de faire une adaptation est-elle venue à l’esprit du comédien ? C’était comme une nécessité, un devoir de « traduire et côtoyer la solitude, l’isolement, la schizophrénie de Josef Mengele et de toute une époque qui a permis sa fuite » (La Terrasse). Le comédien statique, droit, assis bien au fond de sa chaise, éclairé par la lumière blâfarde, se glisse dans les traits de cet infâme personnage en cavale protégé par ses amis, baignant au sein d’un cercle intouchable de criminels qui se pavanent dans les rues de Buenos Aires. Seule l’arrestation de l’un des leurs peut faire vriller cet intangible individu. Le défi pour Chirinian n’est pas moindre au-delà du propos : la mise en scène de Benoît Giros étant foncièrement minimaliste, ce seul-en-scène se place entièrement sur le jeu. 

 

Le mot de Jade

 

Mikaël Chirinian, implacable et saisissant, porte avec un rythme déroutant la noirceur, la haine. Les mains tremblent d’effroi quand elles ne sont pas fixées à nos bouches dégoûtées par la description de l’horreur… Sans manquer de nous alerter sur le risque de l’oubli et le danger d’une histoire qui se répète. Oui le bruit des bottes est de plus en plus fort désormais en dépit des alertes. Que c’est impressionnant mais comme on n’imagine pas la difficulté pour Chirinian de se défaire chaque soir de ce personnage…

 

Le mot d’Hermine 

 

J’étais curieuse de voir adapté pour la scène ce roman-récit d’Olivier Guez que j’avais dévoré à sa sortie, en 2017. Et quel puissant et terrible moment de théâtre ! La très sobre mise en scène n’offre pas le loisir de porter notre regard ailleurs que sur ce comédien, tantôt assis, tantôt debout, toujours habité par son texte. Ni de perdre un mot de ce récit à peine croyable, aussi révoltant qu’édifiant, de cet évanouissement rocambolesque dans la nature argentine. La partition de Mikaël Chirinian est inouïe. Le comédien récite parfois son texte à toute vitesse, comme s’il voulait expulser ces mots qui racontent l’horreur, qui disent les expériences atroces menées sur les déportés et notamment sur les femmes enceintes et leurs bébés. À l’effroi succède l’émotion quand le personnage du fils, Rolf, devenu avocat, vient jusqu’à Buenos Aires demander des comptes à ce père qui persiste à servir la même litanie : il n’a fait que son devoir. La disparition de Josef Mengele est de ces pièces dont on dit qu’elles sont nécessaires par les glaçants temps qui courent, où les saluts nazis deviennent légion. Elle est à voir, pour ne jamais, jamais oublier.

 

Crédits photos : Jean-Philippe Larribe

 

 

La Disparition de Josef Mengele 

D'après le livre éponyme d'Olivier Guez, Prix Renaudot 2017

Adapté et interprété par Mikaël Chirinian 

Mis en scène par Benoit Giros

1h15

Vu en février 2025

La pièce se rejoue du 2 septembre au 5 novembre 2025

Théâtre de la Pépinière (Paris 2ème) 


Ilfautquetuaillesvoircettepièce x Jade SAUVANET

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 425 316
L'ACID revient au Comoedia de Lyon
 

 

 

DU 2 AU 4 OCTOBRE
🎥 L'ACID revient au Comœdia 🎥

Depuis 1993, l'Association Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) propose une programmation parallèle au Festival de Cannes. Organisée par une quinzaine de cinéastes membres de l'association, cette sélection reflète la joyeuse diversité des approches, des mises en scène et des narration dans le but de promouvoir les films indépendants. ⭐️

📆 Au programme : des rencontres et des avant-premières en compagnie des cinéastes ainsi que les équipes de films !

Festival Lumière 2026

 

 

Le festival Lumière fait son grand retour du 10 au 18 octobre avec une édition plus flamboyante que jamais ! 430 séances : rétrospectives Norman Jewison, Ettore Scola…
Des invités d’exception Zhang Ziyi, Tsui Hark, Todd Haynes, Agnès Jaoui, Abel Ferrara… Et quelques surprises !
Ciné-concerts, master class, expositions, avant-premières, séances géantes – et l’émotion d’une grande cérémonie : le Prix Lumière sera remis cette année à Joel et Ethan Coen.

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

Le festival rendra hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
177 abonnés