Diagnotik : Sur les branches de la Maison Perchée – Théâtre Darius Milhaud (Paris)
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Arthur et Violette réalisent une expérience de haute intensité, toutes couverts sous leur blouse de physique-chimie. Arthur semble impatient de quitter le cours mais pas Violette. Quelque chose lui retient le bout des lèvres. Il vient d’apprendre que son père est atteint d’une maladie : la bipolarité. La panique le gagne dès qu’il se persuade de son hérédité. Pour calmer le jeu, Violette lui propose un parcours de recherches. Pour cela, il faudra repartir dans le passé, à la racine de la rencontre entre les parents d’Albert.
Dissection en marche. Au commencement, il s’agit de balayer tous les stéréotypes. A la manière d’un « C’est pas sorcier », les deux adolescents se penche sur les définitions scientifiques. On voit devant nous, l’intérieur du cerveau dessiné par l’imagination des deux comédien.nes. De type 1 ou 2, l’effondrement possède ses propres phases. Des phases plus dépressives que traverse le père d’Albert, déjà très jeune. La phase maniaque possède son lot de cocopops (qui finissent écrasés dans la phase change). Mais c’est au moment de la rencontre avec celle qui deviendra sa femme que tout s’emballe chez lui. D’une danse embarrassante aux allures de la Boum, les deux amoureux finissent en garde à vue pour leur premier date. Un premier effondrement arrive.
Puis, quelques mois plus tard, d’autres suivront, imposant un internnement en psychiatrie. Comment l’ont déjà décrit les humoristes Constance et François Mallet, c’est l’entrée en absurdie. Face au manque de moyens structurels, les psychiatres multiplient les rôles au sein de l’institution. Des rires jaunes fusent dans la salle. Pourtant, derrière se joue une violence non dissimulée : des dynamiques de pouvoir y sont lois, avec au sommet de la pyramide, les psychiatres tout-puissants règnent en maîtres sur les infirmières et divers agents – mais surtout sur leurs patients et patientes. Une réalité dont témoignait l’écrivaine Treize dans son récit Charge des 10 ans passés au « pays psychiatrie » avec la volonté de libérer la parole sur ce qui se passait au sein de ces murs : un pays qui, selon l’autrice, se révèle « impasse », voire « chemin sans fin, sans fond, et dont on ne ressort pas ».
Il ne s’agit pas seulement de vivre la maladie. Les proches ont leur place dans cette pièce. Face aux peurs et aux incompréhensions autant pour eux que pour la personne touchée, quelle place peut-il prendre ? Ici, on le voit à travers la mère d’Arthur. Cette place peut prendre la forme de la pair-aidance, telle est une fondation de la Maison Perché, association spécialisée pour les jeunes adultes vivant avec un trouble psychique. Son co-fondateur Maxime Perez-Zitvogel, qui a vécu le même effondrement et un traitement « d’une grande violence » en psychiatrie.
Cette première écriture de la compagnie A Ciel Fermé est d’une fluidité marquante qui aborde avec sensibilité et une grande accessibilité ce qu’est de vivre avec un trouble bipolaire (que tu sois informé ou non sur la santé et les troubles psychologiques) et surtout la place des proches dans le quotidien comme pair-aidant. Une pièce d’autant plus importante au vu des chiffres : selon la fondation FondaMental, les jeunes de 18 à 24 ans se seraient donc rendus depuis 3 ans plus souvent chez les psychiatres et les psychologues. Les premiers constatent une hausse de 50% des rendez-vous en trois ans.
L’émotion se distille tout du long avec l’humour convoqué pour montrer l’absurdité et enlever toute la dimension du tabou qui entoure la maladie. Mais cette fluidité entre les deux est surtout permis par le duo Marina Cacciotti et Arthur Laurent dont la complicité ne fait pas aucun doute et laisse place à beaucoup de spontanéité !!
Crédits photos : Irène Boinet - Cie A Ciel Fermé
Écrit par Marina Cacciotti
Mise en scène par la compagnie A Ciel Fermé
Aide à la mise en scène : Irène Boinet, Luna Charpentier
Avec Arthur Laurent et Marina Cacciotti
1h
Tous les mercredis à 21h au Théâtre Darius Milhaud (Paris 19ème)
Jade SAUVANET
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