Baz'art  : Des films, des livres...
7 février 2025

Patronyme; Vanessa Springora : quand c'est nom c"est nom!!

À l’intérieur de mon propre nom résidaient l’histoire de mon père et celle de mon grand-père, mais aussi la trajectoire du siècle dernier et la géographie accidentée d’un continent entier.

Une réflexion très fine sur la transmission, le poids du silence, des non-dits.

 

A 73 ans, en 2020, Patrick Springora, responsable de la communication chez Hachette dans les années 70, est retrouvé mort dans une solitude totale, son cadavre retrouvé six jours après la parution du Consentement, que sa fille  l’écrivaine Vanessa Springora se lance dans l’enquête aboutissant à son deuxième livre, 'Patronyme.'

Pourquoi consent-on au mal ? La question relie les deux livres de Vanessa Springora mais ce n'est pas le seul fil conducteur de ces deux publications, il y a aussi la volonté d'écrire pour conjurer les horreurs et les mensonges des hommes.

Patronyme plonge son autrice dans l'inconnu. l'investigation est âpre, et les découvertes qui attaquent ses fondations même assez déconcertantes.

Mais contrairement à ce qu'on peut penser et au nombre de livres sur le père qui prolifie dans la littérature française depuis Angot, cet homme mythomane  et peu amène n’est pas le personnage central de Patronyme puisqu'après une centaine de pages,  il laisse la place à son propre père, Joseph.

En effet, tandis qu’elle s’interroge, tout en vidant les lieux, sur la personnalité énigmatique de son paternel, elle tombe avec effroi sur deux photos de jeunesse de son grand-père paternel, portant les insignes nazis.

Son grand-père paternel est-il vraiment le héros d'une double résistance au nazisme et au bolchevisme comme le raconte la légende familiale ?

 

Ou, comme paraissent le révéler ces photos, un adhérent au nazisme dont sa petite-fille découvrira qu'il intègre la police berlinoise dès 1938, sans y être jamais contraint?

Qui était donc cet homme qui s'était si bien occupé d'elle, enfant, en l'absence du père, cet homme dont la légende disait qu'il avait quitté son pays, la Tchécoslovaquie et sa famille pour échapper aux nazis, puis, après-guerre, aux communistes ?

 

Un récit structuré autour de la question du nom

 

Ce héros avait-il été un bourreau ? Et aussi, et surtout d'où vient ce nom, « Springora » ?

Tout le texte tourne autour dudit nom. « À l’intérieur de mon propre nom résidaient l’histoire de mon père et celle de mon grand-père, mais aussi la trajectoire du siècle dernier et la géographie accidentée d’un continent entier.

Une quête essentielle , presque viscérale car Vanessa en est  intimement convaincue : savoir d'où vient ce nom, c'est un peu savoir qui elle est ...

De cette enquête pointilleuse, laborieuse, Vanessa Springora en tirera  un récit limpide où se croisent son histoire personnelle et l'histoire du XX siècle.

Patronyme  est divisé en quatre chapitres, le nom de famille, le nom du père, le nom d’emprunt et enfin  le nom «propre?», pris dans sa double acception,  comme un «nom à soi», et comme un nom sans tache, immaculé.  Puisque ce nom que le grand-père de Vanessa Springora s’est donné lui a permis de blanchir son passé.

Patronyme est construit comme un kaléidoscope dans lequel  réalité et vérité possèdent toujours  une dimension mouvante, insaisissable.

Une chose est sure : dans ce Patronyme d'excellente facture, Vanessa Springora y révèle son immense talent d’écrivaine et d’enquêtrice. On est pris comme l'autrice dans les filets de ces fantômes du passé.

Patronyme, comme l'était Le consentement, c'est de la littérature  digne, pudique et forte. Très forte.

" Cette histoire n'est pas terminée, je le sens », écrit-elle à la fin de Patronyme. 

On ne sait pas de quoi ses autres écrits seront faits, mais on parierait que Vanessa Springora n'en a pas fini d'échanger avec ses fantômes et ce pour le plus grand plaisir de la littérature française.
 

 

Et puis, dans l'acharnement désespéré avec lequel j'avais tourné en tout sens ce meuble qui me narguait en se prenant tout à coup pour un coffre fort, honteuse d'avoir même pensé à l'éventrer alors que j'y tenais tant, dans cette rage là, j'ai cru voir le prélude de quelque chose d'une urgence vitale, d'un autre livre à écrire, peut être.

Patronyme, de Vanessa Springora (Grasset, 364 p., 22 €)

Rencontre ce soir à Lyon à la Librairie Vivement dimanche avec Vanessa Springora pour son nouveau roman "Patronyme" paru aux éditions Grasset.

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