Retour sur le festival SPOT #12 – Héritage(s) au Théâtre Paris-Villette
L’année dernière, nous avions découvert le festival SPOT en même que ce théâtre aux mille facettes, valorisant la création émergente et le jeune public. Cette année, ce sera notre rentrée théâtrale. Cette édition explore la notion d’héritage. Qu’il soit familial, historique ou culturel, transmis consciemment ou subi, il façonne nos identités. De la mémoire vacillante aux récits intimes et politiques, les spectacles présentés interrogent ce que les générations nous laissent et ce que nous en faisons. Nous avons pu en découvrir 3 d’entre elles.
Lucky Star : Quand création rime avec imagination au pays des soviets
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Lucky Flash part d’un théâtre performatif d’objet, un appareil photo des années 80 acheté à Berlin. Il contient le fruit de la prochaine création de Camille (Camille Soulerin), Melie (Mélina Martin) et Simon (Quentin Bardou). Après divulgation des photos, ce dernier part, laissant les comédiennes raconter le quotidien de Utte, Leni et Ruth au cœur d’une tradi-comédie dans l’Allemagne de l’Est post-1989. L’appareil ne sera que l’instrument d’un voyage dans le temps, entre imaginaire et mémoire où comédien.nes se confondent avec leur personnage. Mais un personnage peut-il dévorer son interprète ?
Blanche Adilon-Lonardoni questionne pertinemment l’usage systématique du théâtre documentaire et ses limites. Faut-il toujours trouver du sens là où il n’y en a pas forcément ? Se dévoile derrière un parti pris clair où créateur.rices et artistes peuvent écrire une histoire qui pourrait aller dans leur sens (une vision très occidentalo-centrée et atlantiste de l’opposition entre RFA et RDA) et surtout une obsession à trouver des réponses.
Parce que l’invention a aussi sa place parmi ces lignes, la compagnie Grièche à poitrine rose livre une fiction éclectique, ubuesque et pétillant avec une intrigue bien ficelée aidée par ses personnages / interprètes rocambolesques.
Lucky Flash
Écrit et mis en scène par Blanche Adilon-Lonardoni
Collaboration artistique Quentin Bardou
Avec Quentin Bardou (en alternance avec Simon Anglès), Mélina Martin et Camille Soulerin
1h30
La pièce s’est jouée les 11 et 12 septembre 2025 dans le cadre du festival SPOT#12
Génération Mitterand : autopsie d’une grande déception de la monarchie présidentielle
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Se tient devant nous, une sorte de réunion. Arrivent à la suite, Marie-France Deschamps, journaliste politique qui gravite dans les sphères parisiennes ; Luc Corrini, professeur de collège à Vénissieux et son frère Michel Corrini, ouvrier à Belfort. Toustes l’avouent au début de quelques minutes : iels ont voté François Mitterand en 1981 et leurs yeux brillaient devant la petite lucarne un soir d’élection. Bienvenue dans cette réunion des mitterandien.nes anonymes. Oui anonyme parce qu’aucun n’est resté socialiste en 2016 : Marie-France est macroniste, Luc a voté Mélenchon et son frère, le RN. L’écho à l’actualité n’est pas fait exprès mais plus que frappant. La même question revient à la surface : comment la gauche a perdu, déçu ses électeur.rices en 45 ans ? Retour au 10 mai 1981 avec un homme issu de la bourgeoisie catholique au passé parfois trouble à qui la génération des soixante-huitards a confié la charge de réaliser les idéaux libertaires, égalitaires et décentralisateurs. Il gravite les premières marche d’un bâtiment qu’il a longtemps méprisé, symbole d’une Vème République aux tons monarchiques qu’il dénonçait. Il sera pourtant le plus long locataire de l’Elysée, s’autoproclamant comme « le dernier des grands présidents ». De la marche pour l’égalité et contre le racisme au tournant européiste de Maastricht, en passant par l’arrivée du Front National à l’Assemblée nationale, tout nous est conté sans rien éluder, jusqu’à expliciter un besoin de contrôler son image (déjà affaibli par la maladie) qui aurait favorisé la visibilisation de l’extrême droite dans le débat public.
Léo Cohen-Paperman avec la compagnie des Animaux en Paradis brosse dans le deuxième opus de sa saga politique « Huit Rois - Huit Présidents » le portrait de la génération de ses parents, cette « génération Mitterand » dont le concept ne vaut qu’au caricatural conseiller en communication Jacques Séguéla (à la tête de l’agence Havas à l’époque et aujourd’hui invité et vanté comme un « saint-père de la pub »). L’écriture est autant fluide que très fournie en documentation sans prendre le public dans un cours d’histoire politique monotone. Le changement vif des personnages contribue à resserrer le rythme.
Passionnant et efficace dans sa mise en scène accompagné par notamment le jeu d’Hélène Rencurel qui reste sensationnel dans toutes ses facettes, notamment campant l’ex-président au crépuscule de sa vie, l’histoire pêche un tout petit peu sur la partie pitchée sur comment la gauche et notamment le désormais PS se sont détournés de leurs électeurrices qui auraient plus pu accentuée. Peut-être le sera-t-elle avec l’épisode sur la présidence Hollande…
Génération Mittérand – Huit rois, huit présidents
Écrit par Léo Cohen-Paperman et Émilien Diard-Detoeuf
Mis en scène par Léo Cohen-Paperman
Assistante à la mise en scène Esther Moreira
Avec Léonard Bourgeois-Tacquet Mathieu Metral et Hélène Rencurel
1h15
Le spectacle s’est joué les 15 et 16 septembre dans le cadre du festival SPOT#12
Une histoire subjective du Proche-Orient : Une mémoire familiale enfermée dans la grande Histoire
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On dit que l’écriture peut être thérapie. Mais comment la thérapie agit quand le présent rouvre continuellement les blessures du passé ? La version finale de ce texte voit le jour le 6 octobre 2023, la veille des attentats. Lauren Houda Hussein, l’air grave, porte dans ses yeux, tous les bagages mémoriels et souvenirs familiaux. La plupart fracassés par le conflit israelo-palestinien. L. ouvre une première valise, celle qu’elle portait dans l’avion à Beyrouth. 2006, la narratrice fête ses 20 ans et le début d’une ère d’affranchissement. Alors qu’elle s’apprête à assister au concert de Fairuz, la guerre entre Israël et le Liban (la sixième guerre israélo-arabe pour le monde arabe) et avec elle, la fin de l’insouciance. Elle vit les journées et nuits aux côtés de sa tante et de cousines où les bombes ne s’arrêtent pas, avec ces au revoir matinaux qu’on ne sait pas si nous les réentendrons. Avec cette boule au ventre d’annoncer la pire nouvelle à sa famille restée en France. De Beyrouth, elle regagne Paris avec l’angoisse et la culpabilité de laisser les siens sous un joug imprédictible des actions de Tsahal.
A son retour (début de la deuxième partie), L. entre à l’école très renommée école internationale de théâtre Jacques Lecoq à Paris. Elle rencontre S. un de ses camarades et les deux tombent amoureux. Sauf que ce dernier est israélien. La colère du père déclenche une déflagration intérieure qui la pousse à passer quelques jours à Tel-Aviv, rongée par le jugement du père de la placer dans le camp ennemi et enflammée par les comportements d’habitants fêtant la nuit pendant que palestiniens et libanais à quelques mètre la craignent. Parallèle grinçant, son partenaire met en scène Roméo et Juliette.Un amour interdit qui finit dans le sang et pour L., dans le silence.
Lauren Houda Hussein se met dans la peau de chacun des personnages de la vie de L. C’est dans la troisième partie que la figue du père est omniprésente. Ce grand militant de la cause palestinienne choyé par ses pairs et sa sœur. Sauf que la jeune femme doit s’émanciper pour continuer d’écrire. Ses blocages se retranscrivent sur le papier et devant sa psy. Il faut écorner le beau papier pour découvrir ce qu’il cache. La violence patriarcale sommeille depuis des générations derrière la violence d’une histoire tue, monopolisée par les vainqueurs. Houda Hussein nous percute par son récit dense avec lequel elle se débat pendant plus de 2h et cela force l’admiration au magnifique son de l’oud joué par Hussam Aliwat.
Une histoire subjective du Proche-Orient mais néanmoins valide… je pense
Écrit et interprété par Lauren Houda Hussein
Mis en scène par Ido Shaked
Création musicale par Hussam Aliwat
2H05 (avec entractes)
Le spectacle s’est joué les 18 et 19 septembre dans le cadre du festival SPOT#12
Crédits photos : 1- Pierre Morel / 2- Pauline Le Goff / 3- Alain Richard
Jade SAUVANET
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