Baz'art  : Des films, des livres...
20 octobre 2025

Théâtre à Paris : Oblomov, ou la douce paralysie du monde


 


Dans une petite chambre qui tient lieu d’univers, un homme s’abandonne au sommeil, à la paresse, à la rêverie. Oblomov, jeune aristocrate russe, héritier d’un domaine qu’il ne gère plus, passe ses journées allongé sur son lit, sous le regard patient — et parfois exaspéré — de son valet Zakhar. Autour d’eux, le temps s’est arrêté. L’horloge est en panne, la poussière s’accumule, les factures s’entassent, mais tout cela peut bien attendre. “Plus tard”, répète le maître.

 

Une comédie de l’inaction


Adaptée du roman d’Ivan Gontcharov, cette pièce plonge le spectateur dans une étrange léthargie. Oblomov incarne cette aristocratie russe décadente, épuisée avant même d’avoir agi. Il voudrait se lever, s’habiller, écrire, gérer son domaine… mais chaque geste lui semble inutile, chaque effort vain. “À quoi bon ?” dit-il, à demi-assoupi. Son valet Zakhar, fidèle malgré tout, cherche en vain une lettre, une pantoufle, un peu d’encre. Le maître s’endort, se réveille, rêve de projets qu’il ne réalisera jamais.

 

Le rêve comme refuge


Oblomov vit dans un monde intérieur d’une richesse vertigineuse. Il rêve d’améliorer son domaine, d’y construire une salle de billard, un bureau, une maison plus belle encore. Il imagine Olga, l’amour de sa vie, qui chante et l’appelle à revenir du froid. Tout se confond : le passé, le rêve, la fièvre. Zakhar devient la mère, la confidente, l’amante, selon les délires du maître malade.
La chambre se fait cocon et prison, un lieu à la fois de refuge et d’enfermement. Le spectateur ne sait plus s’il assiste à une scène réelle, un songe ou un délire.

 

 

 


Un huis clos hypnotique


La mise en scène choisit l’intimité : dans une petite cave aux dimensions humaines, un décor sobre où la lumière sculpte les frontières floues entre veille et rêve.

Les deux comédiens, d’une précision rare, font exister tout un monde invisible. Yvan Varco  dans le rôle de Zakhar, habite littéralement son personnage : chaque respiration, chaque regard, témoigne d’une complicité à la fois tendre et tragique avec son maître.

 

Un refus du monde


Oblomov n’est pas seulement le portrait d’un homme indolent. C’est une méditation sur la liberté.
Refuser le monde extérieur, ses obligations et ses hypocrisies, c’est une manière de résistance. Oblomov, dans son immobilité, rejette la bassesse, la cupidité et les vanités de la société. Comme un moine laïc, il choisit la pureté du retrait.

Mais cette fuite a un prix. Car s’isoler, c’est aussi renoncer à agir, à aimer, à vivre.
Sartre l’aurait dit : “Refuser le monde, c’est encore choisir, mais c’est choisir l’impuissance.”
Ainsi, la pièce oscille entre libération intérieure et naufrage existentiel.

 

 

De la chambre à la folie

 

La frontière entre rêve et délire s’efface peu à peu. Oblomov, fiévreux, délire, se prend pour un enfant, appelle Zakhar “maman”, rejoue ses amours perdues. Est-il malade, fou, ou simplement lucide dans son refus du réel ?
Cette lente dérive rappelle le Travis Bickle de Taxi Driver, enfermé dans son taxi, ou Antoine Roquentin de La Nausée, pétrifié par l’absurdité du monde.
Chez tous, le même vertige : quand la solitude devient abîme.

 

 

Une fable moderne

Sous ses airs de fable russe, Oblomov résonne étrangement avec notre époque saturée d’agitation et de burn-out. Dans ce refus de “faire”, dans cette fatigue du monde, il y a quelque chose de profondément contemporain.
Et si l’inaction d’Oblomov était une autre forme de révolte — un cri silencieux contre la vitesse et la vacuité du monde moderne ?


En résumé

 


Oblomov, c’est le portrait d’un homme qui s’endort pour échapper au monde — et d’un monde qui s’endort faute de sens.
Une pièce à la fois drôle, mélancolique et vertigineuse, où le silence parle plus fort que les mots.

 

OBLOMOV

De : LM Formentin.

D’après : Ivan Gontcharov

Mise en scène : Jacques Connort

Théâtre Essaïon – jusqu’au 25 octobre

Crédit Photos : ©Pascal Gely

 

Rédaction : Maxime Dorian

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

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Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

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 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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