« La petite cuisine de Medhi" : INTERVIEW AVEC AMINE ADJINA
/image%2F1371318%2F20251222%2Fob_40a1d5_image0000001.jpeg)
Amine Adjina, entouré de Malika Zerrouki et de Hiam Abbass, présente son film au Comoedia le 27/11 (photo Christian F. )
Acteur, dramaturge et metteur en scène de théâtre reconnu, Amine Adjina est un artiste complet.
Seul, le cinéma manquait à son CV.
C'est désormais chose faite et c'est une réussite avec « la Petite Cuisine de Mehdi", son premier long métrage, en salles depuis le mercredi 10 décembre en France, qu'on a particulièrement apprécié.
Le réalisateur de La petite cuisine de Mehdi, est venu sur Lyon le 27 novembre dernier répondre aux questions de la presse lyonnaise et accessoirement nous donner l'eau à la bouche avec la petite cuisine de son film
Vous aviez déjà abordé pas mal de disciplines artistiques mais pas jusqu'à ce jour le cinéma. Pourquoi ?
Amine Adjina :
En réalité, tout commence, pour moi, par le cinéma. Je suis alors en terminale, en option audiovisuelle. C'est le temps de la découverte des auteurs. Mon professeur nous fait connaître Pasolini, Jonas Mekas...
Tout un champ de réalisateurs qui me fascinent. Je crois que le cinéma a toujours été, chez moi, le désir premier.
Mais la volonté d'être acteur m'a d'abord conduit au théâtre. Celui-ci m'a amené à l'écriture dramatique et, enfin, à la mise en scène. Je n'ai jamais perdu de vue pour autant l'envie de faire des films.
Mais j'étais tellement pris par mes aventures théâtrales que je me disais que ça viendrait plus tard.
Amine Adjina :
Le point de départ de mes inspirations d'auteur ne change jamais. Il faut que quelque chose me travaille sur lequel je n'écris pas. Pas un mot ni même une ébauche. Cela doit mûrir longtemps. J'ai tendance à me dire que si l'idée persiste, c'est qu'elle est pertinente. J'attends qu'elle revienne et qu'elle trouve des échos par rapport à ce que je traverse.
Pour « la Petite Cuisine de Medhi », j'ai rapidement acquis la conviction que cette histoire ne pouvait s'exprimer qu'au cinéma. Je n'aurais pas pu la raconter sur scène. La scène réclame une grammaire et un langage tout autres. Le cinéma pose la question du cadre. Le théâtre impose un plan large unique. Le spectateur fait son propre spectacle et cela est inhérent au plaisir qu'il y prend.
Au cinéma, c'est la question du regard qui prime de bout en bout. Qui regarde, qui est regardé ? Je sentais que ce film devait être un film de lieux qui soient des personnages à part entière. C'est-à-dire qu'ils aient leur identité, qu'ils définissent une manière de filmer.
Pourquoi aborder ce sujet sous l'angle de la comédie ?
Amine Adjina :
J aurais en effet parfaitement pu aborder ce sujet de manière plus sombre,mais la comédie telle que je l'entends est un travail de genre qui prend en charge aussi la tension dramatique.
Mes pièces de théâtre ont toujours travaillé le registre de l humour tout en balayant le spectre des émotions et de la profondeur des propos traités .
Je ne vois pas la comédie comme une accumulation de gags et de punchlines mais bien quelque chose qui nait de la situation en elle même.
Amine Adjina :
Disons que j'essaie, au théâtre comme au cinéma, de faire surgir, sans pathos, des gens que je ne vois nulle part représentés.
Je montre par exemple, dans mon film, qu'une mère maghrébine n'est pas cette pauvre petite femme lisse qui s'efface en demandant pardon. En ce sens, bien sûr que mon travail est politique.
/image%2F1371318%2F20251222%2Fob_cb1b46_lapetitecuisinedemehdib3etalocinephoto.jpg)
Amine Adjina :
Il se trouve que c’est un univers que je connais bien et qui me passionne. Le père de mon ami d’enfance était bistrotier et, grâce à lui, je me suis familiarisé avec cet environnement – le personnage de Bernard, que joue Gustave Kervern, s’en inspire. Je connais donc bien la culture de l’assiette, du bon produit, cela a participé à mon éducation.
Par ailleurs, un de mes frères est chef cuisinier. Je trouve que la cuisine est un vecteur culturel puissant, qui est aussi très cinématographique. J’aime sa dimension affective liée à la mémoire, et son caractère sensuel. Mehdi a appris à cuisiner dans un bistrot français en laissant ses traditions culinaires familiales dans un angle mort.
C’est là où Souhila va agir comme révélateur, en l’interrogeant sur cette question. Il lui faut à la fois se connecter au monde dans lequel il vit et à sa propre histoire, où se logent les ressorts de sa sensibilité.
/image%2F1371318%2F20251222%2Fob_d3a38c_lpcdm-laurent-le-crabe-copie.jpg)
C'est un film chaleureux, qui donne faim : c'était important d'opérer des choix de mise en scène de cette dimension là ?
Amine Adjina :
Bien sur, car je voulais avant tout un film chaud. Avec mon directeur de la photo, Sébastien Goepfert, on a regardé des films d’Almodovar, des comédies italiennes. Pour moi, les lieux sont des personnages. Ils ont une identité très forte.
On a beaucoup dialogué sur les couleurs. Il fallait une cohérence pour la palette graphique. Dans tous les détails.
Un exemple pour l'appartement de la mère de Mehdi, j’avais envie qu’une atmosphère baroque se dégage, loin des clichés sur les logements sociaux en banlieue, qu’on imagine entre pauvreté et délabrement…
Pour moi l'esthétique du film rejoint totalement la dimension politique dont on vient de parler.
Amine Adjina :
Pas vraiment. Mais lorsque j'ai vu le film « Bye Bye Tibériade » de sa fille Lina Soualem, que je l'ai entendu rire avec ses soeurs, je me suis dit « mais bien sûr, elle est Souhila ».
Avec elle, j'ai su très vite que j'aurais à la fois l'humour, la liberté, la profondeur et la question de l'exil qui se raconte dans son histoire.
J'ai l'impression que Hiam s'est non seulement prise au jeu mais qu'elle s'est fait attraper à un endroit inattendu pour elle. Je crois qu'elle ne s'attendait pas à se prendre d'amour à ce point pour ce rôle de mère.
Sa puissance de jeu est phénoménale. Elle est verticale, alignée, profonde, charismatique, élégante, ce qui était idéal pour jouer Souhila et ne pas en faire un personnage grand-guignolesque. Et surtout, j’avais envie de lui proposer un rôle de comédie, en contre-emploi, ce qui lui a parlé.
/image%2F1371318%2F20251222%2Fob_09efcf_lpcdm-5-laurent-le-crabe-copie.jpg)
Amine Adjina :
Ce sont des vrais personnages à mes yeux. Je souhaitais des décors urbains, situés dans une grande ville. Lyon est une capitale gastronomique, et c’est une ville où l’immigration algérienne a été très importante. Ce sont pour ces raisons que j’ai choisi d’y situer le
film.Nous avons appelé le restaurant où travaillent Mehdi et Léa le « Baratin » en référence à un vieux bistrot célèbre de Belleville, que j’aime beaucoup. Il devient ensuite le « Babel », qui évoque le multiculturalisme de Mehdi.
La Petite Cuisine De Mehdi est actuellement à voir au cinéma :
/image%2F1371318%2F20251222%2Fob_59087f_lapetitecuisinedemehdib1etalocinephoto.jpg)
/image%2F1371318%2F20251222%2Fob_65973c_amine-adjina-scaled-e1756889255357.jpg)
/image%2F1371318%2F20250720%2Fob_b2b433_23909-6750a11c91e22.jpg)
/image%2F1371318%2F20260107%2Fob_7f019f_image-1371318-20260106-ob-125c46-miser.jpg)
/image%2F1371318%2F20251204%2Fob_3c566e_template-cdm-2026-insta-carre-prog-108.jpg)
/image%2F1371318%2F20251226%2Fob_211419_fcem2026-a3-v1-1.jpg)