On a vu “Love Suprême” au théâtre 14 (Paris 14eme) : Un solo incandescent au cœur de Pigalle
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Avec Love Supreme, présenté au Théâtre 14, le public assiste aux confessions d’une danseuse de bar à hôtesses que l’on met brutalement à la porte. Elle vient d’apprendre que la direction lui demande de prendre toutes ses affaires. Fin de carrière. Fin d’un monde. Depuis ses 18 ans, elle travaillait là, douze heures par jour, jusqu’à trente shows quotidiens, dansant devant des hommes qu’elle ne voyait pas — jeunes curieux, maris “fidèles”, vieillards nostalgiques. Ici, on ne touche pas. Mais on regarde.
Seule en scène, elle se dévoile et se met à nu. Elle raconte son arrivée à Paris depuis la province, la naissance de son fils, les nuits sans fin de Pigalle, les années Palace et Bus Palladium, l’époque du SIDA, l’âgisme, le regard des hommes et des jeunes femmes sur celles qui vieillissent. Elle affirme aimer son métier. Pour elle, danser nue est un art. Son corps devient objet, certes, mais un objet qu’elle maîtrise, entretient et magnifie, par les costumes, le maquillage, les perruques, les talons.
Le texte est aussi une déclaration d’amour à Pigalle, quartier bigarré et brûlant où se croisent travestis, prostituées, commerçants, touristes, célébrités et marginaux. Un territoire de liberté et de contradictions, aujourd’hui fragilisé par Internet, qui a vidé les bars à hôtesses au profit d’un désir standardisé, commandé à distance.
La mise en scène, volontairement épurée, va à l’essentiel : un néon, quelques vêtements sexy étalés au sol comme les vestiges d’une carrière sacrifiée. L’actrice livre une performance intense, à fleur de peau, oscillant entre drôlerie et douleur, sans jamais tomber dans le pathos. Elle incarne une femme qui s’est consacrée entièrement à son métier, sans plan B, sans économies, sans futur imaginé.
Love Supreme est le récit d’une jeunesse consumée trop vite, mais aussi une dénonciation glaçante de la violence sociale : celle d’un système capable de jeter un salarié investi corps et âme du jour au lendemain. Un miroir sans fard de la nuit parisienne et de ses illusions.
Comme le métier qu’elle défend, Love Supreme n’est pas un spectacle : ce sont des émotions, des voyages et des souvenirs qui restent longtemps après que le néon s’est éteint.
Rédacteur : Maxime Dorian
A LOVE SUPRÊME
Théâtre 14 - Du 6 au 24 janvier 2026
Texte : Xavier Durringer
Mise en scène : Dominique Pitoiset
Avec : Nadia Fabrizio
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