Baz'art  : Des films, des livres...
18 février 2026

Rencontre avec le réalisateur libanais Cyril Aris pour son film "Un monde merveilleux et fragile"

 

 

Cyril Aris est un réalisateur et scénariste libanais, dont le premier long métrage de fiction, Un monde fragile et merveilleux  a été présenté en première dans la compétition Giornate degli Autori au Festival du film de Venise, où il a remporté le Prix du public.

Son film a aussi été sélectionné pour représenter le Liban dans la catégorie Meilleur film international lors de la 98e cérémonie des Oscars et son film sort dans les salles françaises ce mercredi . 

Avec "Un monde fragile et merveilleux", Cyril Aris signe un film poétique, sincère, émouvant qui dit le Liban d’aujourd’hui et le désarroi d’une partie de la population, partagée entre le désir de rester et l’envie d’exil (voir notre critique ici même) 

Rencontré la semaine passée lors de son passage sur Lyon, le cinéaste libanais nous parle avec passion et force détails de son premier long, une histoire d'amour avec pour toile de fond un pays meurtri, le Liban.

 

Comment ce projet a t- il vu le jour?
 
Cyril Aris :
Le projet a mis pas mal d'années à se concrétiser. Le scénario a en fait commencé en 2019. alors que je me battais personnellement contre des interrogations personnelles qui forment le socle du film.
Je pense à la question de fonder une famille et d’apporter des enfants dans notre monde aujourd’hui, au sein de cette vague de pessimisme et de cynisme envers l’avenir, qui est un phénomène mondial applicable à toute ma génération.
Je me suis dit qu'il serait intéressant d'étudier cette question à travers deux opposés polaires, un éternel optimiste et un pragmatiste réaliste. et retracer leur relation sur 30 ans de l’histoire contemporaine du Liban, passant par des hauts et des bas, passant par des guerres et des crises, mais aussi des périodes de paix, de vitalité et de prospérité.
 

 

 
Le film dégage la chaleur et l’humour d’une comédie romantique légère, même s’il se déroule dans un contexte politique plus sombre. Pourquoi cette dualité était-elle importante pour vous, et comment l’avez-vous abordée ?
 
Cyril Aris : En fait, c’est le fondement du Liban que je connais.
Depuis mon enfance, après la guerre civile, la vie a été faite d’extrêmes : une soif de vivre démesurée, des moments de joie et d’espoir... mais toujours assombris, précédés et suivis par des guerres, des conflits régionaux, l’effondrement et le désespoir.
Ce qui survit à tout cela, cependant, c’est l’humour, l’amour et la famille. Il m’a donc semblé hypocrite de ne montrer que le côté sombre du Liban.
L’équilibre entre chaleur et dévastation, entre romance et rupture, était la manière la plus authentique de raconter leur histoire, et celle de l’endroit que j’appelle mon chez-moi.
Au fond, Un monde fragile et merveilleux est une histoire d’amour, mais le contexte historique et politique prend une telle ampleur qu’il perturbe l’équilibre du couple.
 

Comment avez-vous abordé la création et le maintien d’une telle tension ?

 
Cyril Aris : Au Liban, l’histoire et la politique ne sont jamais seulement des « arrière-plans ». Elles s’immiscent dans la vie quotidienne, les relations et les décisions les plus intimes.
Des assassinats aux guerres en passant par l’explosion du port du 4 août, chaque choc nous amène à nous demander si nous pouvons imaginer un avenir ici, ou si nous pouvons même fonder une famille et élever des enfants alors que l’on perd tout espoir dans ce pays. Cette impossibilité façonne l’amour de Nino et Yasmina : aussi pur soit-il, il ne peut exister en dehors de son contexte. S’ils étaient nés ailleurs, leur relation serait tout à fait différente. Ce qui les sauve, c’est leur capacité à rêver ensemble, à se faire rire mutuellement et à s’évader, ne serait-ce que dans leur imagination, vers « l’île ».

 

Est-ce difficile d'écrire un récit qui suit deux personnages sur un temps aussi long? 

 

Cyril Aris : Oui, surtout quand il s’agit de Nino et Yasmina entre le deuxième et le troisième chapitre lorsque nous voyons se développer leur changement complet d’énergie.

Alors qu’il est le flamboyant, exubérant, énergique, il devient beaucoup plus sombre dans le troisième chapitre et pour elle, c’est le contraire. Elle est assez cynique et pessimiste et plus tard, elle se retrouve avec le devoir de porter les autres sur ses épaules

Jouer avec cette évolution, je ne peux que féliciter mes acteurs : nous avons essayé de tourner autant que possible chronologiquement afin qu’ils puissent tomber amoureux l’un de l’autre et ne plus s’aimer.

Je me souviens que lorsque nous tournons le troisième chapitre, ils ont arrêté de se parler ensemble et vraiment la seule communication qu’ils avaient était à l’intérieur des scènes, ce qui a beaucoup aidé à transformer cette énergie et à ressentir le passage du temps.

Par ailleurs, concernant la construction du récit, au départ c'était plus chronologique, on voyait l'enfance puis l'âge adulte, et les marqueurs temporels étaient plus affirmés, mais j'ai écouté mon monteur mon chef opérateur mes producteurs et on a finalement opté pour cette construction que vous voyez à l'écran et qui me semble plus imactante pour le spectateur.

 

 

Comment envisager selon vous l’idée de l’île , ce havre de paix que les enfants utilisent comme moyen de s'échapper aux conflits ambiants ?
 
Cyril Aris : L’île, bien qu’elle ait été mentionnée pour la première fois par le grand-père de Nino, est issue de l’imagination enfantine de Nino et Yasmina. C’est une invention qui devient leur refuge lorsque la vie à Beyrouth devient plus difficile, et qui perdure au fil des ans et de leur relation.
L’île est le plus bel endroit du monde, emblématique de leur amour éternel et de l’harmonie familiale, et paradoxalement, l’île n’est rien d’autre que Beyrouth elle-même, si l’on ose la voir ainsi ...
 
 

 

Mounia Akl et Hasan Akil ont une belle alchimie à l’écran. Comment avez-vous travaillé avec eux pour donner vie à cette connexion ?

Cyril Aris : Le casting de ce film a été la décision la plus cruciale. Yasmina avait besoin pour l'incarner, de quelqu’un qui puisse projeter une certaine distance et maturité, tout en conservant une étincelle enfantine dans les yeux.

Nino devait être joyeux, magnétique, drôle, mais aussi capable d’une grande vulnérabilité. Mounia et Hasan étaient parfaitement opposés et complémentaires.

Avant le tournage, nous avons construit toute leur relation lors de répétitions et d’exercices hors caméra, afin qu’au moment du tournage, nous puissions oublier le scénario et les laisser improviser, se surprendre mutuellement et simplement être eux mêmes.

Ils ont tous deux apporté beaucoup de leur propre personnalité dans leurs rôles, se fondant dans leurs personnages. Leur générosité l’un envers l’autre était immense.

C’était le premier rôle principal de Mounia, et Hasan savait exactement comment jouer avec elle. L’expérience de Mounia en tant que réalisatrice a également enrichi le processus, contribuant à faire ressortir de nouvelles facettes chez Hasan. C’était une harmonie parfaite entre Mounia, Hasan et moi.

Plus tard, travailler avec le monteur Nat Sanders m’a permis de façonner leur alchimie avec nuance, tissant le spontané et le scénarisé en quelque chose de vivant

 
D’où vient l’idée poétique du train qui peut nous emmener sur une île ?

Cyril Aris : Avant, au Liban comme dans tout le Levant, il y avait des trains. Ils reliaient non seulement les différentes régions du pays, mais traversaient aussi Jérusalem jusqu’au Caire. Avec le début de la guerre civile au Liban, les rails ont cessé de fonctionner, et cette rupture symbolise pour moi la fragmentation de notre région : des cultures et des peuples autrefois connectés, aujourd’hui déchirés par les conflits.
Dans le film, c’est justement le jour de la naissance de Nino et Yasmina que la dernière voie ferrée encore intacte est bombardée.
Depuis l’enfance, les gares abandonnées me fascinent : terrains de jeux rouillés, rongés par le temps, mais chargés de nostalgie.
Elles cristallisent un âge d’or que ma génération et moi n’avons jamais vraiment connu, et dont nous continuons pourtant à rêver.
Enfin, comme nous sommes à Lyon, je n'oublie pas que les premiers films des frères Lumière montraient un train entrant en gare. 
Le train appartient de fait complètement à l’ADN du cinéma : un mouvement, un souffle, une promesse.
 
Interview réalisé le 9 février 2026 à Lyon
Merci à Flavien Poncet du cinéma Lumière  et à UFO distribution 
 
 
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