[CRITIQUE] FATHER de Tereza Nvotová : regarde un homme tomber
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Un matin de canicule, en Slovaquie, un père oublie son enfant dans une voiture.
De ce pitch incroyablement casse gueule, sur un des derniers tabous ultimes ( le syndrome du bébé oublié ou la mort d'un enfant a fortiori causé par la forte responsabilité d'un des parents) la réalisatrice slovaque Tereza Nvotová s'attaque avec son nouveau long métrage Father, à un vrai challenge : filmer l'indicible sans juger son protagoniste principal et essayer même de lui guider vers les chemins de son propre pardon.
Le film se concentre sur la façon dont une erreur tragique détruit la vie d’un homme, l’isolant dans la culpabilité et secouant son mariage.
Le point de départ est un fait réel, celui d’un ami du coscénariste Dušan Budzak, et c’est cette proximité charnelle avec le drame qui donne au film sa tonalité particulière — jamais clinique ni voyeuriste.
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Le film, raconté à travers les yeux du père, commence en pleine immersion dans cette famille heureuse et un père qui aime clairement beaucoup son enfant.
A cause d’une sorte d’hallucination, son esprit va lui faire divaguer, rendant la tragédie, qu'on ne dévoilera aussi inéluctable que déchirante.
Le film suit ensuite son désespoir et sa culpabilité, ainsi que les reproches qui en découlent envers tous les membres de la communauté.
Ce qui fascine chez Father n’est pas seulement son sujet, pourtant rarement traité au cinéma, et que la cinéaste aborde avec énormément de courage, mais aussi sa forme. Nvotová ne se contente pas en effet d’un traitement sobre du sujet : elle radicalise la forme en tournant l’intégralité du film en plans-séquences, dispositif casse-gueule s’il en est, qu’elle assume avec une maîtrise remarquable.
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De La Corde d’Hitchcock, en passant par le Birdman d'Inarritu sans oublier le moins célébré mais tout aussi épatant Victoria de Sebastian Schipper, le plan-séquence continu a toujours été une manière d'imposer sa propre musique au montage pour installer le temps comme une matière brute.
Nvotová s’inscrit dans cette même lignée, mais avec une intention qui lui est propre : chaque plan de Father peut se voir comme une immersion dans l’état mental de Michal, ce père de famille dont l’esprit a trahi la mémoire un matin de canicule.
La caméra prend ses distances avec lui tout en ne le quittant quasiment jamais des yeux — un paradoxe qui dit tout de l’ambition de la cinéaste : être au plus près sans jamais s’insinuer, observer sans juger. Elle (la caméra et donc la réalisatrice) se déplace avec les personnages, parfois à quelques centimètres de leurs visages emprisonnant le spectateur dans un enfer émotionnel partagé avec les personnages.
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Et en regardant le film, on ne peut échapper aux tourments de Michal, à la force vacillante de sa femme ou à cet abyme qui désormais les sépare. La performance d’Ondrík, parfaitement soutenue par Dominika Morávková dans le rôle de sa femme, est stupéfiante par sa vulnérabilité.
Leur relation, mise à l’épreuve jusqu’au point de rupture, est parfois douloureuse à regarder.
La puissance émotionnelle des deux acteurs est immense, et c’est tout à l’honneur de Nvotová d’avoir instillé cet atmosphère dans lequel la performance semble indiscernable de l’expérience vécue.
A la sortie de projection de Father, ce qui reste avec nous n’est pas l’événement de la tragédie, mais l’incertitude de savoir si l’amour peut perdurer quand l’innocence a été foudroyée.
Sans aucun doute, Nvotová a livré une histoire de catastrophe personnelle qui met aussi en lumière l’amour et la fragilité d’ un être humain.
Puissant et déchirant !
FATHER de Tereza Nvotová, sort en salle le 27 mai prochain. Le film a été sélectionné à la catégorie Orizzonti de la Mostra de Venise 2025, et fut lauréat du Prix Sang Neuf au festival Reims Polar 2026...
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