Baz'art  : Des films, des livres...
29 avril 2026

[CRITIQUE] FATHER de Tereza Nvotová : regarde un homme tomber

 

 

Un matin de canicule, en Slovaquie, un père oublie son enfant dans une voiture.

De ce pitch incroyablement casse gueule, sur un des derniers tabous ultimes ( le syndrome du bébé oublié ou la mort d'un enfant a fortiori causé par la forte responsabilité d'un des parents)  la réalisatrice slovaque Tereza Nvotová s'attaque avec son nouveau long métrage Father,  à un vrai challenge : filmer l'indicible sans juger son protagoniste principal et essayer même de lui guider vers les chemins de son propre pardon.

Le film se concentre sur la façon dont une erreur tragique détruit la vie d’un homme, l’isolant dans la culpabilité et secouant son mariage.

Le point de départ est un fait réel, celui d’un ami du coscénariste Dušan Budzak, et c’est cette proximité charnelle avec le drame qui donne au film sa tonalité particulière — jamais clinique ni voyeuriste.

 

 

Le film, raconté à travers les yeux du père, commence en pleine immersion dans cette famille heureuse et un père qui aime clairement beaucoup son enfant. 

A cause d’une sorte d’hallucination, son esprit va lui faire divaguer, rendant la tragédie, qu'on ne dévoilera aussi inéluctable que déchirante.

Le film suit ensuite son désespoir et sa culpabilité, ainsi que les reproches qui en découlent envers tous les membres de la communauté.

 Ce qui fascine chez Father n’est pas seulement son sujet, pourtant rarement traité au cinéma, et que la cinéaste aborde avec énormément de courage, mais aussi sa forme. Nvotová ne se contente pas en effet  d’un traitement sobre du sujet : elle radicalise la forme en tournant l’intégralité du film en plans-séquences, dispositif casse-gueule s’il en est, qu’elle assume avec une maîtrise remarquable.

 

 

De La Corde d’Hitchcock, en passant par le Birdman d'Inarritu sans oublier le moins célébré mais tout aussi épatant Victoria de Sebastian Schipper, le plan-séquence continu a toujours été une manière d'imposer sa propre musique au montage pour installer le temps comme une matière brute.

Nvotová s’inscrit dans cette même lignée, mais avec une intention qui lui est propre : chaque plan de Father peut se voir comme une immersion dans l’état mental de Michal, ce père de famille dont l’esprit a trahi la mémoire un matin de canicule.

La caméra prend ses distances avec lui tout en ne le quittant quasiment jamais des yeux — un paradoxe qui dit tout de l’ambition de la cinéaste : être au plus près sans jamais s’insinuer, observer sans juger. Elle (la caméra et donc la réalisatrice) se déplace avec les personnages, parfois à quelques centimètres de leurs visages emprisonnant le spectateur dans un enfer émotionnel partagé avec les personnages.

 


Et en regardant le film, on ne peut échapper aux tourments de Michal, à la force vacillante de sa femme ou à cet abyme qui désormais les sépare.  La performance d’Ondrík, parfaitement soutenue par Dominika Morávková dans le rôle de sa femme, est stupéfiante par sa vulnérabilité.

 Leur relation, mise à l’épreuve jusqu’au point de rupture, est parfois douloureuse à regarder.

La puissance émotionnelle des deux acteurs est immense, et c’est tout à l’honneur de Nvotová d’avoir instillé cet atmosphère dans lequel la performance semble indiscernable de l’expérience vécue.

A la sortie de projection de Father, ce qui reste avec nous n’est pas l’événement de la tragédie, mais l’incertitude de savoir si l’amour peut perdurer quand l’innocence a été foudroyée.

Sans aucun doute, Nvotová a livré une histoire de catastrophe personnelle qui met aussi en lumière l’amour et la fragilité d’ un être humain.

Puissant et déchirant !

 

 

FATHER de Tereza Nvotová, sort en salle le 27 mai prochain. Le film a été sélectionné à la catégorie Orizzonti de la Mostra de Venise 2025,  et fut lauréat du Prix Sang Neuf au festival Reims Polar 2026...

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Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

DE L'ÉCRIT À L'ÉCRAN MONTELIMAR FILM FESTIVAL 15 ème édition

DU VENDREDI 18 AU JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026- Montélimar


Le festival De l'écrit à l'écran revient en septembre 2026 pour sa quinzième édition.
Véritable temps fort de l'action culturelle menée par l'association éponyme, le festival conjugue au présent cinéma et littérature, crée des ponts inter-culturels et interartistiques stimulants et enrichissants. Il s'articule autour de 3 axes fondamentaux: ce qui s’écrit, ce qui se dit et ce qui se pense, sur la toile comme au-delà, et les met en lumière. En 2025, le festival a accueilli plus de 147 invités, organisé 140 événements dont 89 séances de cinéma et réuni plus de 33 000 spectateurs.

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