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3 avril 2026

Rencontre cinéma : Meryem Benm’Barek, réalisatrice du film Derrière Les Palmiers

 

Second long-métrage de la réalisatrice Meryem Benm’Barek, Derrière les palmiers se penche sur les amours contrariés de Mehdi (Driss Ramdi), jeune Marocain tiraillé entre son Tanger natal et la vie mondaine des expatriés de la kasbah. Une chronique éloquente de la société marocaine,

 Sept ans après Sofia, la réalisatrice retrouve le Maroc comme territoire de tensions intimes et sociales, et choisit Tanger comme scène d’un vertige sentimental où se mêlent désir, domination et fractures héritées de l’histoire ( retrouvez notre critique du film ici même) 

Il aura fallu des années de lutte pour donner vie au projet. « Faire ce film était très difficile », nous confie -la cinéaste  avec qui on a pu échanger lors des Rencontres du sud d'Avignon : "  Pendant sept ans, j’ai traversé des moments de véritable désespoir, mais je n’ai jamais abandonné. Avant tout, je me suis accroché à ma vision, même si le processus était extraordinairement compliqué et que le film a été réalisé dans des conditions économiques très difficiles. »

 « Derrière les Palmiers  n’a pas bénéficié des mécanismes publics clés qui s’avèrent souvent essentiels pour des projets de cette envergure.

L’absence de soutien institutionnel français a été particulièrement frappante pour un film mettant en scène des comédiens installés tels que Carole Bouquet et Olivier Rabourdin. 

« Cela dit à quel point il est difficile pour la France aujourd’hui de regarder les conséquences de son passé colonial directement dans les yeux afin de réparer certaines choses », réfléchit Benm’barek. « Il est également difficile, je pense, pour de nombreux Français d’accepter la position qu’ils occupent encore dans de nombreux pays, en particulier en Afrique. »  : Car ce que raconte le film, c’est la manière dont la grande Histoire — en l’occurrence l’histoire coloniale — laisse des traces dans la petite histoire, ici une histoire d’amour. Il montre comment le politique s’infiltre dans l’intime, notamment lorsqu’il n’y a pas de rapport d’égalité au sein d’une relation. "

Au lieu de cela, le film est né d’un patchwork de solidarité internationale et locale. « Le film a existé grâce au soutien de l’Angleterre, du Maroc et de la Belgique, mais aussi grâce à un élan collectif de la communauté tangéroise, qui s’est pleinement mobilisée autour du projet », dit-elle. « J’ai la chance d’avoir beaucoup d’amis à Tanger qui m’ont aidé. C’est vraiment devenu un effort collectif pour que le film existe. Nous manquions d’argent, mais nous n’avons pas abandonné. "

De manière cruciale, ajoute-t-elle, son autonomie créative n’a jamais été compromise. « Mes producteurs ne m’ont jamais demandé une seule fois de faire des concessions artistiques [surtout autour des représentations franches de la sexualité, ce qui rendait le projet difficile dans certains territoires]», poursuit-elle. « Malheureusement, étant donné l’état de l’industrie cinématographique aujourd’hui, les réalisateurs doivent souvent faire des compromis — parfois même pendant le processus d’écriture. Mais je peux dire que ce film reflète pleinement ma vision du monde. Chaque ligne de dialogue, chaque plan, chaque mouvement de caméra a été réfléchi et soigneusement choisi. Cela fait toute la différence ; je n’ai absolument rien laissé au hasard.

 

« J’avais besoin de maintenir une liberté créative absolue », explique Benm'barek. « Marie donne accès à son corps — et il était important que cela puisse être vu, puisque l’histoire est vécue à travers le regard de Mehdi. Selma, en revanche, est définie par la modestie ; elle ne se révèle pas et refuse l’accès à son corps. Les scènes intimes nécessitaient donc un langage visuel différent. C’était des choix délibérés, reflétant ma vision artistique et la direction que je voulais pour le film, même s’ils peuvent ne pas résonner avec tout le monde.

Des films comme « Dirty Dancing » et « Titanic » ont résonné avec Benm’barek alors qu’elle développait son dernier long métrage, l’inspirant à mélanger des commentaires sociaux percutants avec un récit captivant et accessible.

“Dirty Dancing’était tellement en avance sur son temps,” dit-elle. « Il s’agit de l’avortement, des divisions de classe, de l’émancipation d’une jeune fille devenant femme et se libérant de son père. [Et 'Titanic,' comme de nombreux films] suit un personnage passant d’une classe sociale à une autre."

 

 

Mais au delà de ces références, que raconte avant tout Derrière les Palmiers ? Selon la cinéaste, le film est limite anticapitaliste  "Mon film raconte la limite de ce rêve capitaliste, cette idée que posséder davantage rend heureux, que l’ascension sociale suffit. Mais justement, le film montre que ce n’est pas le cas. Sans spoiler, il y a un moment clé où il prend conscience qu’il s’est totalement fourvoyé et qu’il a perdu quelque chose d’absolument précieux."

Si on interroge la réalisatrice sur le sens donné à son titre, “derrière les palmiers”, c'est qu’est-ce qui se joue dans les arrières-cours des villas luxueuses ? , elle nous répond la chose suivante : "Derrière les palmiers, il y a une autre réalité qui se cache : il y a les palmiers que l’on voit sur les cartes postales — parce que la principale source de revenus du Maroc est le tourisme, c’est un pays qui est extrêmement visité, très aimé pour plein de raisons ; cette espèce d’imaginaire un peu exotique, etc. Mais il y a une autre dimension qui se joue et une conséquence à cette présence étrangère sur le territoire marocain, dans les rapports humains — en l’occurrence, une histoire d’amour."

Derrière les palmiers  de Meryem Benm’Barek est en salles depuis le 1er avril 2026.

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

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Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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