Baz'art  : Des films, des livres...
19 mai 2026

Alicia Ligi bouleversante dans le premier seule-en-scène post #MeTooStandUp

 

La péniche de la Nouvelle Scène tangue. Comme les certitudes d’Alicia Ligi à son arrivée au cours Florent. Pourtant, elle partait sur la voie de son rêve. Aux débuts, elle choisit une option improvisation et fait une rencontre. Celle qu’on ne voudrait jamais avoir faite. Un homme agresseur qui ruina tout pendant dix mois : sa confiance en elle, ses repères et son système nerveux (inutile de l’expliquer, Juliet Drouar le fait mille fois mieux que moi dans Trauma : en finir avec les violences). Des années après être partie, Alicia le voit toujours. Si la mémoire traumatique tente de se reconstruire tel un puzzle, son visage apparaît sur les affiches de métro. Il est adoré. Son nom ne sera pas connu parce que son histoire n’est pas seulement la sienne, mais celle de milliers de femmes. Virevoltant entre cet homme, sa mère et ses ami.es, elle insuffle rires et une grande émotion qui parcourt toute la salle. Pour que les agresseurs cessent d’être célébrés dans les talk-shows. Pour que la précarité cesse d’écraser les victimes sous la galère de l’intermittence. Pour que la honte change de camp. Rencontre avec une comédienne touchante

 

D’où vient cet attrait de la scène ? Ça a été une évidence ou ça s’est construit au fur et à mesure ?

 

Déjà toute petite, j’ai envie de devenir comédienne, mais je viens de Pyrénées-Orientales, d’un endroit où il n’y a pas d’accès à la culture. Il n’y a pas de théâtre, un seul cinéma avec un film qui est diffusé trois mois après sa sortie officielle. C’est plutôt un lieu de sport de montagne. J’ai attendu de faire mes études - de droit et de sciences politiques- pour me mettre à faire du théâtre amateur. Je faisais tous les mardis soir un cours d’improvisation quand j'habitais à Toulouse. En fait, je me suis rendue compte que mon moment préféré de la semaine, c'était ce mardi soir. Je me suis dit « il faut que je fasse ça de ma vie, parce que c'est vraiment là où je m'éclate. » Donc, ensuite, je suis venue à Paris, exprès pour intégrer le cours Florent. En le faisant concrètement, je me suis rendue compte que c'était génial ! Tout mon corps le sentai que je voulais faire de la scène. En même temps, j’ai été prise en master. Ma mère souhaiterait me financer ma vie à Paris mais que je termine mon master. C’était un bon deal. Je faisais les deux jusqu’à me faire que du théâtre.  

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

 

J'étais trop heureuse ! J'avais mes cours du soir et je m'étais prise une option impro. Je faisais quinze heures de théâtre par semaine.

La première année, c'était génial. Franchement, je me suis éclatée. La deuxième année était plus compliquée parce que j'étais dans une relation toxique. Je n’en garde vraiment pas un très bon souvenir… La troisième, c’est ma reconstruction donc ça a commencé à aller mieux. En même temps, elle est un peu bizarre vu que faut préparer l’après. On commence à te dire qu’il faut préparer les castings, réfléchir à ses propres projets. On a commencé à monter des pièces et tout, mais c'est avec des bouts de ficelle. L’après Florent est vertigineux parce que tu ne sais pas pourquoi tu te lèves le matin. Il faut travailler mais tu apprends le concept de l’intermittence, comment monter des pièces, comment contacter des théâtres… T’envoies des mails un peu partout, tu fais plein de projets pas rémunérés, des courts-métrages étudiants… Elle est dure cette année de transition, d’autant plus quand tu n’as pas l’intermittence !

 

Cela a duré combien de temps pour toi ?

 

La galère, je dirais deux petites années. J’ai pu avoir mon intermittence en faisant des gouters d’anniversaire, en allant distribuer des flyers. Au moins, quand tu l’as, tu sais comment payer ton loyer à la fin du mois. Ensuite, j'ai commencé à vraiment jouer dans des projets que j'aimais au bout de ma troisième intermittence. Après, ça va de mieux en mieux. Tu commences à avoir le réseau qui te permet progressivement d’être dans des projets qui te plaisent plus et d’être rappelée. Donc, ça se tisse petit à petit, mais c'est long. Aujourd'hui je fais que des projets que j'aime. Ça a été des années de galère mais surtout joyeuses. On était une bande ensemble et avec le recul, ça laisse des anecdotes marrantes. Même si on est d’accord que je n’y reviendrais pas (rires)

 

Comment s’est formé le collectif Les Normales ?

 

Les Normales, ce sont Romain, Kevin et moi. Kevin et moi, on s’est rencontrés au Cours Florent. Deux ans plus tard, on a rencontré Romain à la Ligue d’improvisation de Paris. Au départ, on ne faisait que de l’improvisation. On commençait à faire des vidéos avec notre bande à dix. Pendant le confinement, nous, les comédiens, nous ne pouvions plus jouer au théâtre et c’est là qu’on a développés les Normales sur les réseaux. Quand on regarde les vidéos du début, on a extrêmement honte. Il fallait découvrir comment tourner. Ça fait six ans qu’on est dessus. On a un spectacle qui est actuellement en tournée. On va avoir deux dates exceptionnelles à Avignon, l’opposé du seul en scène. On collabore aussi avec la chaîne Teva pour l’émission « Piquantes ». C'est une belle aventure !

 

Comment s’est passé le processus de création de la pièce ?

 

Ça a été très long pour le sortir. J’ai d'abord pris la décision de faire un seul en scène. Ensuite, j'ai réalisé qu'il fallait que je fasse un seule en scène sur ce sujet. Ensuite, j'ai réalisé que qu’il fallait que je l’écrive. Ça a mis trois ans du moment où ça commençait à murir à l’instant où j’ai fini la première version et j’ai dit à Kevin (Bagot) qui est mon metteur en scène : « lis-le et on en parle après ». C’était dur !

 

Je n’arrivais pas à être régulière dans mon écriture, à me rendre compte que j’allais parler de ça, que j’allais aller au bout. Tout se mélangeait : la peur, le manque de confiance, qui ça peut intéresser ? Parfois, je me lançais à fond dessus pendant un mois et je l’abandonnais pendant des semaines. C’était laborieux ! Le plus laborieux que j’ai mené parce que ça implique un sujet personnel, genre le taureau que je devais prendre par les cornes.

 

Se replonger dans les années de formation, ça a dû être une expérience douloureuse…

 

Tu te retrouves à rire et pleurer en même temps ! (rires) À partir du moment où je l’ai fait lire à Kevin, ça a été assez vite. J’ai pris rendez-vous avec la directrice de la Nouvelle Scène pour lui parler de mon projet. On a fixé une date dès le 18 décembre 2025. Je lui ai fait lire en juin. J’ai enchaîné avec Avignon et, dès septembre, on a répété. Trois mois et demi non-stop. Pourtant, quand j’ai fait l’annonce du spectacle, le projet n’était pas monté en entier. La date a été complète, ça nous a fait des petits moments de stress.

 

Tu es revenue sur l’écriture j’imagine ?

 

Oui, elle a beaucoup bougé au plateau. Quand on écrit une pièce, il faut quand même beaucoup désacraliser l'écriture, parce que ça va énormément bouger sur scène. Il y avait ce que j'avais écrit et il y avait ce que, concrètement, je pouvais jouer pour que ce soit le plus fluide. Ça a été du réarrangement, disons : des scènes dialoguées transformées en monologue, des passages censés être de la comédie mais qui ne faisaient pas spécialement rire… C'est du spectacle vivant, ça change.

 

Je voulais revenir sur un des messages que tu portes bien tout au long : le processus pour que la honte change de camp. Souhaites tu revenir sur le tien ?

 

Ça a été vraiment très, très long, parce qu’au tout départ cette histoire, je la taisais un peu. Je pense que ça a évolué parce que j'ai vu les mentalités changer et, au final, je me suis sentie de plus en plus légitime à dire que j’ai été une victime. J'ai fini par l'accepter. Il y a des moments pendant les répétitions où j’ai eu cette prise de conscience : J’avais Kevin en face de moi, pour qui c’était dur de me voir jouer des scènes que j’avais vécu. Je disais : « ah oui, on est d'accord, ce n'est pas normal ». Et encore aujourd'hui, j'ai besoin de cette validation, qu'on me dise que non, ce que j'ai vécu, ce n'est pas normal.

 

Moi, par contre, je suis persuadée que, non, je ne suis pas fautive parce que ça, je l'ai gardé beaucoup en tête que je méritais certainement ce qui m'est arrivé. Je sais que non, le coupable c'est lui. Il y a encore des zones dans cette histoire où je n'arrive pas à totalement me dire : « je suis victime de ça ». C'est encore parfois un peu douloureux.

 

L'écriture du spectacle est une étape, mais pas forcément un aboutissement de ce processus ?

 

Non, je pense que c’est le travail d’une vie. En tout cas ça m’aide à mettre des mots et de voir aussi comment les autres femmes réagissent par rapport à ça. Ça me fait du bien et je vois que je leur fais du bien. Ça me réconforte. (…) J'ai reçu énormément de témoignages quand j'ai juste fait l'annonce du spectacle. A la sortie du spectacle comme par message, elles se confient et c’est vertigineux. Le dernier en date m'a tellement touché. J'ai une femme qui m'a envoyé un message en me disant : « Merci parce que j'ai réalisé que j'ai subi des violences de la part du père de mon fils et que je suis partie beaucoup trop tard, mais que ce n'était pas de ma faute. Ton spectacle me l’a fait réaliser ». On continue à penser que, à un moment donné, on a quelque chose qu'il ne fallait pas mériter. (…) Quand j'ai voulu créer ce spectacle, je me suis dit: « Ça va intéresser qui? » comme si mon histoire était un peu isolée. En fait, mon histoire est tristement banale.

 

Écrire seule, est-ce une expérience assez solitaire ou après des années de production collective, cela donne au contraire un nouveau souffle ?

 

Justement à ce niveau-là ça a été un souffle nouveau, parce que, justement, j'ai beaucoup bossé en bande. On écrit tout à trois, ce qui est hyper stimulant. Ça va beaucoup plus vite parce que tu te réponds. D'un autre côté, ça devenait aussi contraignant, parce que tu dois toujours faire un peu des concessions sur ton à une idée qui tient à cœur mais ne fait pas l'unanimité, donc il faut la mettre un peu de côté. D'autres ont des frustrations Pour le coup, j'étais contente de me dire : « ok, là, je le fais vraiment comme je l'ai en tête et ça va suffire ». Ça m'a fait vraiment du bien de, pour le coup, de faire cette aventure solo, arrive au bon moment.

 

A un moment, chacun a développé son réseau. Kevin a monté son spectacle. C'était un moment où on en avait aussi besoin. On a été énormément ensemble à construire notre carrière. Et là, aujourd'hui, on a besoin de développer aussi nos projets personnels, ce qui fait nos comptes. On se retrouve pour nos projets vidéo, notre spectacle même. C'est mieux, c'est plus simple, parce que on est contents de se retrouver.

 

Pour revenir sur le spectacle, tu parles que l’article contenant plusieurs témoignages a été publié et le tien a été réduit à deux lignes…

 

Ouais parce qu'elle avait trop de témoignages. Le problème, c'est qu'il y avait trop de victimes mais trop d'agresseurs surtout. La journaliste voulait au départ en effet pouvoir dénoncer tout ça, sauf qu’elle a été contrainte par la rédaction. Il fallait s'en tenir finalement à l'article qui voulait dénoncer, un milieu, plutôt que finalement parler précisément des histoires. Mais c'est frustrant…

 

Plus de deux ans et demi, après la médiatisation du #Metoostandup est-ce que tu sens qu'il y a une évolution des consciences, des mentalités ?

 

Non, c’est long… Je remarque que s’il y a un changement, il vient des femmes parce qu'elles parlent de plus en plus tôt. Mais quand je vois tous les agresseurs qui sont protégés dans tous les milieux du cinéma, ça me déprime…

 

Malgré des initiatives qui ont pu être prises, notamment par la Nouvelle Scène…

 

Typiquement, la Nouvelle Scène donne du stand-up à créer une charte pour imposer la parité

sur tous les plateaux d'humour. Ce qui, en soi, n’est pas une montagne mais n’est pas du tout respecté. Mon mari est stand-upper. Il me le dit : c’est rare qu’il y a une fille en plateau et deux, c’est le bout du monde. Et pourtant, il y en a plein des femmes humoristes.

 

Quand il y en a une, on en fait l’exemple avec le syndrome de la schtroumpfette

 

Moi je le vois avec l’improvisation. Je sais que je suis beaucoup appelée parce que je fais partie des femmes qu’on appelle beaucoup justement. C’est une énorme pression d’être la femme du spectacle parce qu’il faut être performante. On a pas le droit d’être médiocre, de baisser un moment. On se sent plus à l’aise quand on joue avec plusieurs femmes car ça enlève cette responsabilité-là. Beaucoup de femmes en souffrent. Il y a encore beaucoup de boulot !

 

Je pense à l’humoriste Florence Mendez qui est une des premières à s’exprimer dessus et qui a subi un backlash

 

C’est la porte-parole contre les violences sexistes et sexuelles dans le milieu et elle en paye le prix… C’est hyper dur… D’ailleurs, mon objectif dans mon spectacle n’est pas de donner le nom de mon agresseur pour un milliard de raisons dont le fait que c’était trop lourd de porter l’étiquette de « celle qui l’a dénoncé ». Ce n’était pas possible ! Je préfère créer une œuvre de théâtre à part entière et le l’importance est le message que je diffuse dedans. Mais c’est trop dur de prendre la parole.

 

Maintenant que le spectacle s’installe peu à peu, comment te sens-tu ?

 

Quand le spectacle a démarré, lors des premières dates, je suis repartie dans un mode de paranoïa absolue. La peur parlait. A ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait voir une psy pour en parler. Ça me fait un bien fou depuis. Mes peurs se sont évaporées. Maintenant, je me sens bien. Lors des premières, il y a aussi tout le stress que ça représente. Je vois que le spectacle roule, que je m’amuse d'autant plus dedans, donc là, je me sens vraiment bien.

 

Là j'ai quelques dates et à la rentrée, je vais le jouer toutes les semaines et j'ai hâte de la programmation régulière. La santé mentale va mieux parce que j’ai pris des mesures. (…) Mon entourage a été hyper soutenant. J’ai de la chance, sauf avec cette personne, d’avoir toujours été bien entourée.

 

L’art peut-il être thérapie ? Des artistes qui font de l'art sur scène, c'est une manière de se soigner ? est-ce que pour toi, ça peut l’être sans problème ?

 

On n'arrête pas de me demander ça. Je pense que oui, l'art peut être une thérapie complètement selon les individualités. Certains s’en servent totalement de ça. Mais moi, je ne crois pas. Il y a mon spectacle et la thérapie que je suis. Je ne le vois pas comme une thérapie, parce que, au contraire, pour avoir fini par le sortir, il fallait que je guérisse de pleins de choses sinon je n’aurai pas réussi à aller au bout du projet. Je ne crois pas que ce spectacle me soigne.

 

Ce dont je suis hyper fière, c'est qu'avec ce spectacle, j'ai vraiment l'impression de participer au combat féministe et ça compte pour moi énormément, surtout depuis que je suis maman d'une petite fille. Ça, ça a été vraiment un moteur énorme pour me dire: il faut que je participe à mon échelle au fait d'améliorer la société dans laquelle elle va évoluer. Mon art est plus politique que thérapeutique.

 

Et l'art est-il toujours politique ?

 

Non, je ne crois pas. Je crois que malheureusement, qu’il y a plein de trucs qui sont juste économiques. Moi, je le veux politique en tout cas, dans tout ce que j'entreprends. Même un spectacle d'impro pour faire rire les gens, je veux quand même jouer des personnages en conscience, mais c'est vraiment un chemin personnel. J'aimerais que ce soit généralisé mais quand je vois des daubes misogynes, racistes, je me dis qu’ils ont pas conscience ou avec des idées politiques opposées. 

 

Quelles sont tes références en termes d’écriture ou dans l’impro pour monter ton spectacle ou même en général dans ton travail ?

 

Ah ouais, j'ai plein de gens qui m'inspirent. Pour mon spectacle, Andréa Bescond avec les Chatouilles a été un modèle que j’avais en ligne de mire absolue. Le jour où je l’ai vu, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose à la hauteur. (…) Je pense à Nicolas Devort

qui a écrit Dans la peau de Cyrano. Il m’a énormément inspiré. Ou encore François de Brauer dans La Loi des prodiges.

 

Au final, ce sont vraiment des auteur.rices de livres qui m’ont poussés à me lancer dans une œuvre d’auto-fiction: Neige Sinno avec Triste Tigre ou encore les livres d’Edouard Louis ou Emma Becker qui racontent l’intime. De manière plus large, je dirai que mes plus grandes inspirations artistiques sont affichées un peu partout dans mon appartement: Friends, The office, la trilogie Before, La cité de la peur ou LaLaLand mais on s’éloigne de ce que j’ai créé dans mon spectacle.

 

 

Que dirait la Alicia d’aujourd’hui à la Alicia débutant au Cours Florent ?

 

De se faire confiance et de monter ses propres projets. Surtout, ne pas attendre des autres.

 

Quelles sont tes projets pour la suite ?

 

Maintenant, j'aimerais que le spectacle soit mon projet principal. Vraiment, le but est de mettre toute mon énergie dedans pour qu'il se joue régulièrement, et j'aimerais beaucoup qu'il parte en tournée. Les Normales continuent avec les vidéos et le spectacle. J’ai un podcast avec Camille Giry qui s’appelle le Débrief. Et aussi les spectacles avec la Ligue française d’improvisation.

 

Je joue en plus un spectacle qui s'appelle « Après minuit ». C'est un spectacle entre femmes où on se raconte des anecdotes de notre vraie vie et après, on part en impro dessus. Il se joue à Paris au Local des Autrices où on reprendra en septembre. Là, on le joue dans un festival suisse en mai.

 

 

Crédits photo : Jeanne Grunenberger

 

 

Les gens l’adorent

Écrit par Alicia Ligi

Mise en scène et création musicale par Kévin Bagot

1h30

Les 26 mai et 16 juin à La Nouvelle Seine (Paris 5ème) à 19h30

 

Nouvelles dates régulières à retrouver sur son compte instagram. Ses vidéos avec les Normales sont à retrouver sur Instragram et dans l’émission Piquantes sur Teva.

Son podcast Le Débrief en duo avec Camille Giry est à retrouver ici et en live le 15 juin à La Nouvelle Scène

 

Jade SAUVANET

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