Baz'art  : Des films, des livres...
19 mai 2026

[CRITIQUE] LES GOÛTEUSES D'HITLER de Silvio Soldini

Allemagne, 1943: Rosa (Elisa Schlott) est une authentique Berlinoise. Mais la jeune femme doit fuir la ville ravagée par les bombardements.

Elle se réfugie à la campagne, chez les parents de son mari Gregor, qui se bat en Russie pour la mère patrie. À peine arrivée, elle est conduite dans un bâtiment militaire: avec six autres jeunes femmes, elle doit goûter la nourriture qui sera ensuite servie au Führer.

Car ce dernier réside non loin de la nouvelle demeure de Rosa, dans la forêt.

Dans le milieu clos du réfectoire, les jeunes femmes commencent à se parler, à s'attirer, à s'envier ou se repousser.

Rosa est mal acceptée , elle est "a berlinoise". Il lui est difficile de susciter la bienveillance.

Cependant, elle est intriguée puis attirée par Elfriede, hostile mais charismatique.

Au printemps 44, l'arrivée du lieutenant Ziegler instaure un climat de crainte redoublée. Fin de la présentation.

 

Pour son premier film  d"époque Silvio Soldini -réalisateur italien chevronné dont peu de longs métrages sont pourtant sortis en France-  part du roman de Rosella Postorino inspiré par l’histoire vraie de Margot Wölk. 

Une femme allemande qui, le jour de son quatre-vingt-quinzième anniversaire en 2012, a révélé qu’elle était l’une des femmes appelées à goûter les repas d’Hitler pour éviter un empoisonnement.

S’inspirant de la vie et de l’étrange métier de Margot Wölk, la journaliste italienne Rosella Postorino raconte de façon magistrale la vie quotidienne des Allemandes qui ont risqué leur vie pour sauver celle d’Adolf Hitler. Il faut savoir que ces goûteuses d'Hitler ont réellement existé (il était connu pour sa parano notamment envers les risques d'empoisonnement).

Le film, comme le livre avant lui, pénètre l'ambiguïté des pulsions et des relations humaines ce qui le rend particulièrement profond.

 

 

Le conflit, bien que présent, reste en arrière-plan tandis que l’attention est consacrée au microcosme féminin, entre jalousies, amitiés, secrets et trahisons.

Silvio Soldini porte à l'écran une histoire encore assez méconnue, s'efforçant d'en montrer les multiples facettes. Si cet aspect est réussi grâce à des scènes variées et des sauts temporels, l'intérêt diminue  un peu après la moitié du film : de nombreuses scènes auraient pu être coupées, et les fils narratifs traînent en longueur.

 

Soldini n’accorde aucune échappatoire au spectateur et, dès les premiers battements, plonge l’histoire dans une atmosphère claustrophobe et sans espoir.

Le cinéaste place d’un côté les bons (les goûteuses) et de l’autre les méchants (les soldats allemands), mais à bien voir, les protagonistes de l’affaire semblent tous des otages et des victimes d’une guerre absurde et sanglante.

 

 

Se déplaçant entre des espaces circonscrits - la salle à manger et la cour, la maison de ses beaux-parents et la chambre de Rosa, la grange et le dortoir - les dégustatrices s’attardent sur leurs histoires personnelles, les détails en marge du conflit.

Silvio Soldini. reconstruit alors un monde féminin victime du conflit où coexistent la solidarité et la trahison.

Et dans ce contexte si dramatique, sait aussi laisser place à des parenthèses de légèreté et de douceur.

 

 

Dans cet exprit là, même l’impitoyable Ziegler est décrit comme un officier tourmenté par des cauchemars et, sur le final,  Soldini lui fait endosser le rôle d’un héros romantique qui, après avoir tiré, de manière ignoble, derrière le dos d’une des goûteuses, sauve la bien-aimée Rosa, la chargeant dans un train qui la sortira de cet enfer.   

Une petite faute de goût qui n'entachera pas trop le plaisir pris devant une histoire qui reste somme toute assez exceptionnelle et que le cinéma se devait de retranscrire dans toute sa démesure.

Si le film sort indépendamment des sorties cannoises, il est à noter que le sujet de la seconde guerre mondiale est très présent dans les films de la sélection officielle ( Moulin, Notre salut, La bataille  De Gaulle, Fatherland...) et qu'il trouve un écho dans cette thématique là.

 

 

LES GOÛTEUSES D'HITLER

Italie | Belgique | Suisse | 2025 | 2h03 | Couleur

Un film de Silvio Soldini

Avec Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun

Au cinéma le 20 mai 2026

Adapté du roman à succès "La Goûteuse d'Hitler" de Rosella Postorino, paru aux éditions Albin Michel en 2019.

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