{Critique cinéma} - Blue Heron de Sophy Romvari
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Avec Blue Heron, la réalisatrice canado-hongroise Sophy Romvari signe un film qui ne se raconte pas. Il se ressent.
Tout commence simplement. Un déménagement. Une famille, quatre enfants, une nouvelle maison. Et très vite, quelque chose se fissure. Le fils aîné, Jeremy, s’isole. Ses comportements deviennent imprévisibles, parfois dangereux. Les parents tentent de comprendre. D’agir. De tenir.
Mais rien ne suffit.
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Et c’est là que le film devient bouleversant.
Car Blue Heron ne se regarde pas à distance.
Il nous embarque.
On vit avec eux.
On traverse avec eux.
La fatigue.
La peur.
La culpabilité.
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On les comprend.
On les accompagne.
Et parfois, on voudrait les secouer, les bousculer, leur dire quoi faire.
Puis, l’instant d’après, on voudrait simplement les prendre dans les bras.
Le film nous place dans une position rare : celle de spectateurs profondément impliqués.
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Alors s’installe ce que peu de films parviennent à capter avec autant de justesse : l’épuisement d’aimer quand on ne comprend plus.
S’ils déménagent. Encore. C’est pour fuir le regard des autres. Mais le réel les rattrape. Jusqu’à cette décision impossible : accepter le placement de leur enfant.
Et le film bascule.
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Car Blue Heron devient alors une quête un un peu dans la lignée de Charlotte Wells (Aftersun),
Celle d’une sœur, devenue adulte, qui revient sur cette histoire pour en reconstituer les fragments.
Sa recherche émeut profondément.
Parce qu’elle tente de comprendre sans jamais juger.
Parce qu’elle cherche à reconstruire ce qui, à l’époque, n’avait pas de sens.
Le film adopte une forme singulière. Entre fiction et documentaire. Entre souvenirs et silences. Il ne cherche pas à expliquer. Il laisse apparaître.
Pour saisir ces émotions à vif, la mise en scène fait le choix de la lenteur.
Les plans s’étirent, laissent respirer les silences, les regards, les tensions.
Une approche qui n’est pas sans rappeler Call Me by Your Name de Luca Guadagnino, où la lenteur permettait déjà de capter, au plus près, les bouleversements intérieurs.
Et c’est précisément là que Blue Heron touche.
Dans ces non-dits.
Dans cette impossibilité de nommer ce qui fait mal.
Chaque point de vue compte.
Mais tous nous atteignent.
La nature, omniprésente, amplifie cette solitude.
Comme si le monde continuait sans eux.
Et puis il y a les acteurs. Tous d’une justesse remarquable.
Une mère qui porte tout. Amy Zimmer,
Un père qui s’efface. Ádám Tompa
Et ce fils, Eylul Guven,, insaisissable, déroutant, mais profondément humain.
Blue Heron est un film d’une vérité rare.
Un film qui ne se contente pas de raconter.
Il fait ressentir.
Il ne donne pas de réponse.
Mais il serre le cœur.
Et longtemps après, il reste.
Par Maxime Dorian
Blue Heron
Au cinéma le 24 juin
Réalisation et scénario : Sophy Romvari
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