Interview d'Avril Besson, réalisatrice du film Les Matins merveilleux
Son film Les matins merveilleux , comédie mélancolique dans une station balnéaire hors saison sort en salles la semaine prochaine.
Tout en simplicité et en fantaisie, Avril Besson y raconte la rencontre inopinée de India Hair et Raya Martigny, deux femmes aux caractères décalés dans un moment de passage à vide avec sensibilité et humour.
Elle était de passage hier à Lyon pour présenter son premier long-métrage Les Matins Merveilleux. , Avril Besson a répondu à nos questions.
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On retrouve dans Les Matins Merveilleux le même duo que dans votre court-métrage Queen Size, avec des correspondances mais aussi des ruptures. Comment ce long-métrage s’inscrit-il par rapport au court-métrage ?
J’ai d’abord commencé à écrire le long-métrage mais le financement prenait du temps et je sentais qu’à la lecture on avait du mal à vraiment imaginer Charlie et Marina. J’ai donc décidé de réaliser un court-métrage avec India Hair et Raya Martigny, pensé comme un teaser pour raconter mes personnages en images et montrer l’alchimie des comédiennes. Ce court m’a enchantée sur leur duo et a permis aux actrices de nourrir leurs personnages pour le long.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser la chronologie, Queen Size n'est pas à l'origine de Les Matins merveilleux. C'est l'inverse. Le développement du long métrage s'étire sur près de sept ans. Le premier contrat d'autrice est signé en 2017, mais le scénario met longtemps à trouver sa forme définitive. Avril Besson le présente à plusieurs reprises à la commission de l'Avance sur recettes du CNC
On a la sensation que ces deux films ont été écrits pour célébrer l’étrangeté très burlesque d’India Hair. Quel est votre rapport à cette actrice ? India, quand je l’ai rencontrée, j’étais à la Fémis, elle était au Conservatoire. On partageait toutes les deux ce goût pour la comédie britannique, sa mère est anglaise et j’ai grandi à Londres, je pense qu’on s’est reconnues quelque part. Je lui ai écrit un rôle dans un pilote de série, une comédie. J’avais beaucoup de mal à avoir confiance en ce que je faisais, je me cachais souvent derrière la comédie. Mais de son côté, elle a pris notre collaboration très au sérieux, elle faisait des échauffements vocaux avant les prises et je me suis sentie très valorisée. C’était évident que mon premier film serait écrit pour elle. Et ça l’est resté pendant les dix années qui ont suivi .
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Vous filmez un lieu très beau du sud de la France mais en hiver, déserté. Était-ce par contrainte, notamment budgétaire ?
Le point de départ du scénario, c’est le décor de la plage de Cavalière. J’y vais en vacances depuis toujours, j’y ai passé beaucoup de temps en été comme en hiver et c’est l’endroit de toutes mes premières fois. J’adore les lieux vides au cinéma mais le vide peut vite sembler faux à l’écran et on préfère souvent pour les faire vivre placer beaucoup de figurants dans le cadre.
Les plages d’hiver, c’est donc à la fois beau et prétexte à des lieux vides crédibles. Et comme ce sont des lieux pensés pour l’été, il est facile d’y tourner en hiver. Tout le monde est disponible, les restaurants sont fermés, il n’y a presque aucune voiture, tout est simple, c’est une sorte de plateau de cinéma à ciel ouvert. Mais on a tourné en mars et j’avais très peur qu’on ne sente plus l’hiver à l’image. Tout change très vite et on n’a pas retrouvé les lumières et les pluies torrentielles qu’on avait eues aux repérages.
Comment avez-vous casté Raya Martigny, mannequin très populaire sur les réseaux sociaux, pour le rôle de Marina ? Je connaissais Raya des réseaux sociaux à une époque où elle enchaînait déjà les shootings de mode et les soirées flamboyantes. Un ami commun me l’a recommandée mais j’avais l’impression qu’elle était très éloignée de Marina. Comme on était en période de Covid, on n’a pas pu faire passer de castings et on a donc demandé des tapes de présentation. Dans sa vidéo, Raya s’est filmée dans sa chambre, sans coiffure ni maquillage, me laissant accéder à son intimité et à une vulnérabilité qui m’a beaucoup intéressée pour le rôle de Marina. Au final, elle est très proche de Marina, mais elle manie la mise en scène comme personne, et peut aisément jongler entre différentes images. J’ai eu la chance qu’elle me fasse confiance et qu’elle accepte de me donner un peu de sa vérité en prenant le risque de jouer une femme si proche d’elle.
Avec ce personnage de Marina, le film aborde aussi les questions de l’identité de genre sans que cela soit militant… Ce n’est pas une leçon de morale. Tout film qui donne la parole à des personnages issus de minorités est militant pour moi, mais pas de façon agressive. Il est militant par l’humain. Raya disait d’ailleurs [au Festival de] Cannes qu’elle était hyper heureuse puisqu’elle sentait que des personnes, des femmes non transgenres, des hommes, des enfants, des personnes âgées pouvaient se reconnaître dans son personnage. Cela n’a rien à voir avec l’identité de genre. Son personnage est quelqu’un de renfermé, elle a peur de perdre des choses et peur de ce qu’elle pourrait donner. C’est très universel.
Charlie et Marina forment un duo que tout oppose, jusque dans leur apparence physique. Comment avez-vous mis en scène cet antagonisme, très intéressant à l’image ? Je savais que je ne voulais pas faire de leur antagonisme physique un ressort comique. Avant de commencer à tourner, je me suis demandée s’il était concrètement possible de filmer en plan large des actrices qui ont 30 cm d’écart et mon court-métrage m’a permis de me rassurer sur le sujet. Au début du film, je les ai beaucoup isolées dans le cadre, avec de nombreux champs contre champs. C’est un film de rencontre et je voulais que l’on soit proche d’elles, de leurs regards, pour ressentir la naissance du sentiment amoureux. En revanche, dans les scènes d’intimité, j’ai voulu limiter le découpage pour les laisser évoluer en temps réel dans un cadre donné, qui renforçait justement cette intimité. Elles ont vraiment été géniales et c’était très safe. J’avoue que j’avais un peu l’impression de voir mes sœurs s’embrasser entre elles, c’était dur de voir Charlie et Marina !
Comment Eric Cantona a-t-il rejoint le projet dans ce rôle très touchant ?
Je voulais absolument un acteur qui ait l’accent du sud pour incarner Titou. C’est Constance Demontoy, la directrice de casting qui m’a proposé Eric Cantona et ça a immédiatement été une évidence car il a une masculinitéque j’adore, qui n’est pas du tout dans le cliché qu’elle pourrait être. Ça m’amusait justement de lui écrire un rôle auxantipodes du mythe, celui d’un homme très simple, doux, rêveur, et solitaire. Le film a mis beaucoup de temps à se concrétiser mais il est resté très fidèle au projet et a joué lejeu jusqu’au bout, des costumes seventies à l’apprentissage de la chorégraphie disco.
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Vous êtes monteuse de formation et vous passez côté réalisation, comment se passe ce passage de l’un à l’autre ?
Avril Besson : J’ai toujours fait les deux un peu en parallèle. Dès le début de mes études à la Fémis, j’ai commencé à réaliser des courts dans le cursus et hors cursus. Ce n’est donc pas vraiment un passage de l’un à l’autre, j’ai toujours fait un peu des deux.
Vous êtes toujours la monteuse des films que vous réalisez ?
A. B. : Non, c’était la première fois. Je ne voulais pas le faire pendant très longtemps. J’ai monté mon documentaire de fin d’études mais c’est du documentaire, c’est assez particulier. Mais je m’étais toujours dit que je ne le ferais pas. Et là, comme le film a été fait quasiment sans budget, je ne voulais pas demander à quelqu’un de monter pour moi. Alors je l’ai fait. J’ai trouvé vraiment bien de monter mon propre film et je le ferai désormais. Mais je suis très entourée quand je monte toute seule, j’ai beaucoup de regards, beaucoup de personnes qui regardent très régulièrement, plein de versions. Quand j’ai des doutes sur une prise, j’envoie des bouts à bout au producteur pour qu’il choisisse.
Le film parle pour lui-même, ce qui n’y est plus n’y est plus. Cela m’est arrivé sur des films que j’ai montés. Le temps de finir la post-prod, qu’il y ait la projection, il se passait trois semaines, un mois… On les revoit et on se dit : « Merde, là, je suis longue ou je suis courte, si j’avais revu à ce moment-là, j’aurais fait ça… ». J’ai eu beaucoup de regrets sur des montages où je me suis dit qu’avec un peu de temps, j’aurais mieux senti le rythme du film.
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LES MATINS MERVEILLEUX d'Avril Besson - En salles le 29 juillet
Merci au Comoedia de Lyon et à Arizona Distribution
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