Interview cinéma : Sarah Arnold, réalisatrice de « L’Espèce explosive »
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Sarah Arnold présente son film au Comoedia le 28 septembre ( photo JFM )
À l’occasion de la sortie cette semaine de son premier long métrage, l’Espèce explosive, la cinéaste Sarah Arnold était sur Lyon la semaine passée.
Au croisement du polar, du cinéma de genre et de la comédie, l’univers de Sarah Arnold est atypique. Le récit lui a été inspiré par un article autour d’une communauté divisée par la prolifération des sangliers et l’envie de filmer les paysages de la Marne à la manière des grands westerns américains. Pour en apprendre un peu plus sur son projet, lisez nos questions réponses ci-dessous :
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D’où vous vient cette passion pour le cinéma ?
Je crois que ça vient de ma mère. Elle regardait beaucoup de films et moi, je les regardais avec elle. Elle s’était abonnée à un magazine, Les Cahiers du Cinéma et je les regardais souvent. Le cinéma, c’était une manière d’être un peu ailleurs. Donc j’ai regardé beaucoup de films d’adultes que je ne comprenais pas. À l’adolescence, je les ai revus avec mes camarades de collège, donc il y avait quand même déjà cette question du récit et du jeu.
Comment est née l’intrigue de ce premier long métrage ?
C’est tiré d’un article que j’avais lu dans Libération, qui s’appelle Campagne à feu et à sanglier et qui faisait un récit de l’affrontement entre des agriculteurs et des chasseurs par rapport à la prolifération des sangliers. J’avais très envie de faire un film assez masculin, avec le clan des agriculteurs, celui des chasseurs et celui des gendarmes. Quelque chose un peu de l’ordre du polar, qui semble plutôt relégué à un cinéma masculin. Il y a un meurtre, des bagarres, des fusils, des 4X4, des chasseurs... Et puis il y avait le sanglier dont le caractère indomptable me plaît ! À lui seul, il résume ce ton qui m’intéresse, la juxtaposition entre quelque chose d’un peu brutal et quelque chose quand même de drolatique et comique.
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Où s’est passé le tournage ?
On a tourné à la lisière entre la Meuse, les Ardennes et la Marne, fin septembre 2025. C’est un très bel endroit l’Argonne. On avait envie d’être dans un décor un peu perdu, isolé, mystérieux.
Quelle est l’histoire du film ?
C’est l’histoire de Fulda, un gendarme Corse, muté dans la région Grand Est parce qu’il a un peu déraillé en Corse. Il mène l’enquête sur un agriculteur qui a pété un plomb, tué un homme et disparu. C’est un film qui mélange les genres et les tons. Au fur et à mesure, il est aussi question d’une comédie romantique puisque Fulda est obligé de consulter une psy à cause de ce qui s’est passé en Corse. Le ton du jeu n’est pas toujours réaliste donc ça peut sembler un peu étrange pour certains. C’est pour ça que le film est assez clivant : soit il plaît beaucoup, soit il ne plaît pas du tout.
VOUS INSTALLEZ VOTRE INTRIGUE AU CŒUR D’UNE COMMUNAUTÉ VILLAGEOISE FRACTURÉE ET DOMINÉE PAR LES HOMMES.
J’aimais l’idée d’un film peuplé d’hommes, au milieu desquels graviterait une femme, catapultée au sein de cette communauté de chasseurs, d’agriculteurs et de gendarmes. Une sorte de polar analytique où la masculinité serait questionnée.
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Il a tout de même remporté le prix Ciné Europa à Cannes en mai 2026 ! Quel souvenir en gardez-vous ?
Un grand bonheur et un grand soulagement. C’est un film qu’on a mis 8 ans à faire alors, être à Cannes, c’était merveilleux, d’autant que les gens ne sont pas très habitués aux comédies à Cannes alors c’était beau de voir que la salle était hilare et que le film a quand même bien réussi à faire parler de lui !
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Qu’est-ce qui vous a inspirée ?
J’avais envie de filmer la Marne comme si c’était les grands paysages américains tout en sachant que ses paysages sont tout autre. Mais j’avais cette envie de regarder du côté du cinéma américain avec ses travelling à travers les vitres de la voiture, ses mouvements de caméra, ses angles de prise de vue... Il y avait des références type Inherent Vice de Paul Thomas Anderson ou encore la série américaine True Detective. David Lynch aussi. Et puis, il y a du cinéma français comme celui de Patricia Mazuy ou Alain Guiraudie.
DANS QUELLE MESURE LE DÉCOR DES ARDENNES A-T-IL INFLUENCÉ VOTRE JEU ?
Quand on est très urbain comme moi, c’est très dépaysant. La forêt y est magnifique. On sent qu’il y a un passé, une histoire. La gendarmerie a été construite dans un ancien musée de la Guerre. Les intérieurs étaient savamment élaborés. On se sentait comme dans un huis clos sur ce tournage. La folie des personnages et les forces de la nature me gagnaient parfois. C’était assez particulier.
Retrouvez notre chronique du film
merci au Comoedia et a Pan distribution
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