Baz'art  : Des films, des livres...
18 mars 2019

Rencontre avec Denis Do, le réalisateur de Funan

 

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Le jeune cinéaste d'origine cambodgienne Denis Do s’attache avec Funan en salles depuis le 6 mars dernier  - ( voir notre critique ici même) à montrer le quotidien de la population cambodgienne en plein cœur de la révolution khmère rouge à la fin des années 70.

Nous l'avions rencontré en juin dernier à Annecy avec sa comédienne Bérénice Bejo qui fait la voix du personnage principal inspiré par la mère du cinéaste . Voici quelques extraits de ses propos les plus forts autour de son film  :

 Interview de DENIS DO, réalisateur de FUNAN

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"Ce film est complètement ancré dans ma démarche de recherches sur le passé. Il me permet de questionner une mémoire que j’ai fantasmée ou rejetée.Le fait de savoir qu’on est, d’une certaine façon, leproduit de ce genre d’événement, apporte forcément son lot de questionnements et de remises en question. J ’évite volontairement le terme « traumatisme » que je trouve dur à porter. Il y a une forme de culpabilité de ne pas avoir vécu cela avec les siens. Funan m’a permis de reconstruire des personnages et leur vie à partir"

"Le film  part du témoignage de ma mère. Cette démarche créative m’a fait entrer dans les personnages pour vivre un peu avec eux tout ce qu’ils ont traversé."

 « Contrairement à beaucoup de Cambodgiens, pour qui évoquer le passé est si douloureux qu’ils en viennent à garder le silence, ma mère m’a raconté très tôt ce qu’elle a vécu, Elle y revenait sans cesse, en faisant preuve d’un sens quasi graphique de la description ; de sorte qu’avant d’être en mesure de comprendre les réalités historiques, avant même d’être capable de situer le Cambodge sur une carte, j’ai eu de cette période tragique une vision fantasmatique qui tenait du cauchemar.

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 "J’ai voulu un film sobre dans la mise en scène.   Ce qui m’intéresse, c’est le vécu, le charnel. La vie des gens. Définir et raconter l’histoire avec un grand H ne fait pas partie de mes intentions.  Nous n’avions pas l’intention de parler du contexte politique de l’époque, de faire de ce film un cours d’Histoire. Certes, des éléments sont intégrés et exprimés, participant à la lecture du film. Mais dans l’ensemble, les informations historico-politiques restent succinctes. La documentation sur cette époque existe et ce film pousse je l'espère  à s’y intéresser."

"Mon  principal défi consistait sans doute  à prendre du recul, à trouver d’autres points d’attache sentimentale avec cette histoire. »

" Nous disposions de photos de ma mère , de son mari et de mon frère. Pour les autres, il a fallu imaginer… Il nous a également fallu nous documenter pour savoir comment on s’habillait avant l’arrivée des Khmers rouges. Après, tout le monde est en noir, ce qui pose un problème pour distinguer les personnages à l’image. »

"J’imaginais des silhouettes fantomatiques à l’évocation des Khmers rouges, qu’elle appelait  “les hommes en noir”. Si je n’ai parlé que très récemment de cette histoire avec mon grand frère qui, lui aussi, a survécu, elle est le point Godwin auquel mènent immanquablement les conversations que j’ai avec notre mère. "

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« Ne serait-ce que la façon dont les gens se tiennent, leur nonchalance que nous voulions reproduire au début du film, dans le Cambodge en paix. Là-bas, la dimension du ciel est très impressionnante, vu que la terre y est très plate. Il faut y être pour en prendre la mesure. Au fil de ce voyage, nous avons rencontré des paysans qui nous ont expliqué la culture du riz. Une femme, qui avait fait partie d’une troupe de danse de propagande, nous a mimé ce qu’elle faisait. En évoquant auprès des uns et des autres l’histoire de ma mère, je les ai amenés à me raconter leur propre histoire. Des souvenirs ont surgi, et ça nous a bouleversés. »

 "J’ai choisi l’animation car j’en suis passionné. Je préfère également voir le personnage de ma mère interprétée par le dessin, plutôt que par une véritable comédienne. L’animation signifie également pour moi, plus  d’universalité. L’héroïne de Funan est cambodgienne,mais avant tout et surtout, une femme. Une mère.L’animation est un médium idéal pour captiver le public en lui offrant du recul par rapport à la réalité. Le film est réaliste tout en préservant un espace pour l’interprétation.   "

 

Bande annonce - Funan (2019)

 

Commentaires
A
Je suis sortie complètement bouleversée de la projection. Funan m'a émue au larme ... J'ai trouvé cette animation à la fois juste, sobre et terriblement touchante.
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