Baz'art  : Des films, des livres...
3 décembre 2019

Rencontre avec Dominik Moll, réalisateur de "Seules les bêtes "

 
"Seules les bêtes", le nouveau long métrage de Dominik Moll , que le réalisateur "d'Harry un ami qui vous veut du bien" ou du trop méséstimé "Des nouvelles de la planète Mars") a adapté  du roman de Niel avec son fidèle complice Gilles Marchand, sort en salles ce mercredi.

On a beaucoup apprécié le film, dont on vous a longuement parlé ici même.

Ainsi, on a voulu rencontrer son cinéaste venu sur Lyon le 13 novembre dernier pour échanger un peu avec nous sur ce projet, qui est assurément un des meilleurs films de son auteur.  

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   Baz'art : Comment le roman de Colin Niel est-il arrivé entre vos mains?

Dominik Moll: Ma réponse devrait vous plaire, chers lyonnais, car figurez vous qu'au départ du projet, il y a Lyon et surtout le festival Quais du Polar.

Le roman de Colin Niel avait recu un prix là bas en 2017 (NDLR: le prix 20 minutes/ quais du polar )et était alors bien mis en avant.

Je n'étais pas présent mais une amie proche était présente a acheté le livre et dès qu'elle l'a lu elle a pensé que ce roman  pouvait correspondre à mon univers.

Je l’ai  rapidement lu et j'ai du reconnaitre qu'elle avait entièrement raison, ce roman était tout à fait pour moi! Je n'ai pu m'empecher de le lire en songeant déjà son adaptation! 

Baz'art : Et pour quelle raison avez vous cette envie immédiate de l'adapter à part pour donner raison à votre amie?

 Dominik Moll (sourires)  Disons en premier lieu que Colin Niel sait rendre ses personnages si vibrants et attachants que j’avais envie de les voir en chair et en os.

Par ailleurs, j'aimais énormément la construction du récit, à savoir ces   visions successives différentes d'une même situation ou d'un même fait- qui apporte un éclairage neuf sur les circonstances tragiques qu'on a au début de l'intrigue.

Alors, évidemment, cette construction rendait le travail d'adaptation pas forcément évidente puisque le roman est basé sur des récits sont à la première personne donc avec beaucoup de monologues intérieurs mais c'est aussi le genre de défis qui me plait beaucoup quand je me lance dans un film.

 

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Baz'art : Et plus particulièrement, quelles ont été les difficultés auxquels vous avez été confrontées avec Gilles Marchand, votre fidèle co-scénariste, lors de l'exercice d'adaptation de ce roman? 

Dominik Moll: Comme je vous l'ai dit, il fallait absolument  conserver  le dispositif  présent dans le roman d'origine. 

 La grande difficulté de cette adaptation était donc de conserver cette structure assez  ludique composée de  plusieurs parties, et en distillant ces indices progressivement pour qu'on arrive peu à peu à la résolution de l'énigme.

Ce qu’il fallait, c’était correctement relancer l’histoire à chaque changement de point de vue, que le spectateur reste intéressé par le nouveau personnage qui arrive et qui fait un peu oublier le précédent..

Mais cela n'a pas été si compliqué que cela en fin de compte: on se connait suffisamment avec Gilles (il collabore sur mes films je fais de même avec les siens) pour qu'on s'interroge régulièrement sur la manière de relever ce challenge...

Baz'art : Aussi différents soient les 5 personnages principaux que l'on suit au fur et à mesure de l'histoire, ils semblent tous réunis par un même point commun : le besoin irrépréssible d’échapper à leur  triste quotidien, et de s'accrocher à un idéal qui se refuse à eux, vous avez également eu cette perception là comme fil conducteur de vos personnages?

Dominik Moll: Oui, tout à fait.. chacun des personnages du roman et donc du film sont portés par  une quête un peu ridicule mais estimable d'un idéal et du désir d’aimer et d’être aimé. Malgré le froid des Causses ou la chaleur d'Abidjan, ces personnages ne se résignent pas à leur misère sociale, affective, culturelle et aspirent à un autre ailleurs.

Mais évidemment, la cruauté dans le fait qu’ils se trompent tous est évidente, cela donne  un aspect de comédie noire; une ironie qui rend cette noirceur à la fois terrible et jubilatoire. 

Tout film noir essaie de sonder les failles, les névroses du monde qu'il décrit et c'est interessant de voir que l'agriculteur perdu au fond du Morvan ou le jeune africain qui cherche à survivre dans la frénésie d'Abidjan se rencontrent grâce à un même obscur objet du désir...

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 Baz'art : Quel  comédien de cet épatant casting hétéroclite et complémentaire vous a semblé être de suite assez incontournable?

 Dominik Moll:  Denis Ménochet est venu de suite dans mon esprit, sans doute parce que la lecture du roman a coiencidé avec ma vision de  "Jusqu’à la garde" que j’avais beaucoup aimé et dans lequel je le trouve exceptionnel . 

Je voulais absolument qu’il joue Michel, je ne voyais aucun autre acteur, et  heureusement  il a autant aimé le personnage  que le scénario donc a vite accepté.

Il faut voir comment il joué les scènes de chat par écran interposé, de façon vraiment jubilatoire, on voit tout ce qui se passe dans sa tête  et cela transparait sur l'écran alors qu'au départ, j'avoue,  ces scènes étaient celles qui faisaient le plus peur  à filmer.

Baz'art : Et a contrario, quel a été le personnage  le plus difficile à caster?

Dominik Moll: Le personnage de Joseph nous a posé le plus de problème pour trouver le comédien qui pouvait l'incarner.

A l’écriture avec Gilles, on s’est dit qu’il fallait trouver un moyen de le différencier de Michel parce que tous les deux sont éleveurs, cherchent l’amour et on avait imaginé un Joseph plus âgé, d’environ 60 ans

Mais comme on faisait quelques allers retours de nos version à Colin Niel l'auteur du roman celui ci nous a confié que ce n'était pas une bonne idée et qu'il fallait vraiment penser à revenir à un comédien plus jeune.

De fait, on a rencontré Damien Bonnard qui s'est vite imposé à nous, même si on ne l'avait pas encore vu autant au cinéma que cette année.

Il  dégage une noirceur, une folie étrange et contenue qui colle parfaitement au personnage de Joseph. et transcendela misère affective  de son personnage  de façon assez inattendue !

SLB - Photo de tournage Damien Bonnard 3 - JCLother

Baz'art : Pourquoi avoir pris de vrais " brouteurs" pour les incarner, pour augmenter le coté authentique du récit?

 Dominik Moll:  

Il me tenait en effet particulièrement à cœur que les jeunes cyber-arnaqueurs soient interprétés par de vrais brouteurs. 

Quand j’ai lu le roman je ne connaissais pas  Abidjan et encore moins le milieu des brouteurs , j'en avais certainement une vision quelque peu  folklorique.

C’était important pour moi de ne pas caricaturer ce monde là et ainsi de vérifier sur place si ça correspondait à une réalité, et d'aller reperer puis tourner sur place. 

J'ai donc rencontré  des brouteurs, des cyber arnaqueurs sur place, et de fil en aiguille j'en ai sélectionné pour mon casting. Dans le rôle d'Armand le "brouteur" qui va piéger Michel, Bibisse m’a plu dès les premiers essais grâce à son filou malin et sympathique qui permet d’être en empathie avec lui malgré le fait qu'il est en infraction avec la loi et qu'il va faire du mal un peu malgré lui.

 

seul des betes

 

Baz'art : Le titre "Seules les bêtes" est aussi mystérieux que dans le roman car les bêtes ne sont pas vraiment essentielles dans l'histoire. Il était évident pour vous de le garder tel quel pour l'adaptation cinéma? 

 Dominik Moll:   
Oui, c’est un titre qui m’a toujours plu par sa beauté très mystérieuse et d'ailleurs,  je n'ai jamais voulu demander à Colin Niel son sens exact.
Si on veut un peu s'y pencher,  les bêtes qu'on voit dans le film, les vaches, les moutons ou le chien sont les seules à savoir ce qu’il s’est réellement passé cette nuit de tempête ou bien encore  on pourrait aussi creuser du côté de la dimension primaire, animale de l'homme qui va ressortir dans chacun des personnages…

Mais sincèrement, ce qui me séduit le plus dans ce titre, c’est qu’il est comme le début d’une phrase auquel il manque un bout.

Pour moi, c'est pas si mal que cela de  préserver la beauté de ce mystère et laisser chacun y voir sa propre interprétation ....

Même si les productrices ont cherché à modifier ce titre au moins au début du projet  car ils le trouvaient trop opaque et trop proche d'un titre de documentaire, je n'ai jamais cillé la dessus, car je l'aime beaucoup,  et d'après les retours que j'en ai eu les spectateurs aussi!! 

 

Propos recueillis le 13 novembre 2019 au Cinéma Comoedia 

Merci à eux et au Distributeur Haut et Court 

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

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Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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