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Une femme a disparu dans la campagne aride et néanmoins sublime de la plaine des Causses.  Cinq personnes liées- plus ou moins directement- à cette affaire racontent à tour de rôle et se dévoilent.  

Alice, l'assistante sociale de campagne, Joseph l'éleveur solitaire de brebis, Marion la jeune styliste nouvellement arrivée au village, Armand le jeune africain  " broutteur" (arnaqueur) des rues d'Abidjan, et Michel le mari d'Alice éleveur d' aubracs  vont donner leur propre version des faits et faire avancer l’intrigue jusqu’à ce qu’elle prenne une tournure inattendue…

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On avait tant aimé le roman "Seules les bêtes " de Colin Niel, -paru aux éditions du Rouergue il y a deux ans et demi- qu'on pouvait craindre que le projet de son adaptation éponyme sur grand écran n'en affadisse le propos , comme c'est hélas trop souvent le cas lors des films tirés de romans, et a fortiori lorsqu'il s'agit de polar.

Il faut savoir que bien plus qu'un simple roman policier, "Seules les bêtes" parvenait à sonder avec une profonde intelligence et une belle  finesse, la détérioriation des rapports humains et nous offrait un beau et puissant sur la solitude et sur des hommes et des femmes en quête désespérée d’amour.

Surtout,"Seules les bêtes" avait la forme d'un magnifique roman choral, remarquablement construit, qui progressivement,  comme les grands romans du genre, avait l'art de distiller des indices d'apprence mineurs mais finalement importants pour construire un puzzle qui ne sera achevé qu'à la toute fin de la lecture.

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L'exercice de son adaptation au cinéma était d'autant plus casse gueule que si un élément de l'édifice faisait défaut, c'était tout le film qui s'écroulait. A la vision du nouveau long métrage de Dominik Moll , que le réalisateur d'Harry un ami qui vous veut du bien" ou du trop mésestimé "Des nouvelles de la planète Mars") a adapté  du roman de Niel avec son fidèle complice Gilles Marchand, on peut dire que le challenge est pleinement réussi et nos craintes heureusement infondées. 

Comme dans le roman dont il est tiré,  le dispositif-  des visions différentes d'une même situation ou d'un même fait- apporte un éclairage neuf sur les circonstances tragiques du début de l'intrigue.  

Les points de vue parcellaires se complètent les uns aux autres pour qu'à la fin le puzzle puisse se mettre en place.

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Evidemment, ceux qui comme nous dont déjà lu le livre, seront forcément moins épatés par l'ingéniosité du mécanisme et la résolution finale, mais on ne peut que se réjouir du fait que tout fonctionne parfaitement. dans la mise en place du fil narratif.

Surtout on reconnaitra aisément que l'esprit du roman est totalement intact, en dépit de quelques différences sommes toutes mineures ( la partie 4 et 5 du roman Armand et Michel n'en forment plus qu'une seule, Amandine; le personnage de Maribé dans le roman, d'origine assez bourgeoise, devient Marion et vient d'un milieu plus populaire...) qui ne bouleversent aucunement l'équilibre général de l'histoire. 

Surtout,  la façon dont les intrigues successives se succèdent et s’imbriquent les uns dans les autres donne une dimension somme toute assez ludique qui ne pourra que séduire le spectateur fan de ce genre de procédé et ira de surprises en rebondissements. 


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Surtout, comme dans toute bonne intrigue de polar, "Seules les bêtes" raconte un certain nombre de choses pertinentes et sombres sur notre société actuelle, comment par exemple la fracture s’est installée entre les individus, des frustrations s’y sont installés,  des désirs inaboutis les ont métamorphosés en victimes potentielles et expiatoires.

Dominik Moll, comme le faisait déjà Colin Niel, réussit en effet pleinement à ausculter à la fois frontalement et en même temps avec un certain lyrisme,  l’absence, le sentiment d'abandon, le délitement du sentiment amoureux, l'usure du couple.

Sans doute le film "Seules les bêtes" aborde, moins frontalement que le roman original, la détresse d’une partie du monde paysan, (on ne pourra donc accuser Moll de surfer sur le succès d'au nom de la terre), préférant privilégier la mise en place de son intrigue criminelle, mais son  portrait d'un monde rural en pleine déshérence y apparait quand même par le biais de petites touches subtiles mais incontestables .

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Ce qui est évident en voyant le film, c'est à quel point tous les personnages du long métrage de Moll, aussi éloignés les uns les autres, du moins en apparence (géographiquement et socialement parlant)  ont comme point commun une même volonté d'échapper à leur destin tracés et avec comme point de mire des désirs décus (déchus?) et de cruelles désillusions. "All you need is love » chantaient les Beatles, et pourraient  également fredonner, mais de façon moins guillerette sans doute,  les personnages du film de Moll ..

Des personnages à qui  les comédiens très ingénieusement castés par Dominik Moll donnent une belle humanité, de Damien Bonnard( décidemment à l'affiche de très beaux films en cette fin d'année après sa formidable prestation dans Les Misérables) en passant par Denis Ménochet, aussi impressionnant que dans jusqu'à la garde   sans oublier une Valeria Bruni-Tedeschi  écorchée et cassante, loin de ses personnages de névrosée extravertie dans ses auto fictions, 

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 Dominik Moll,  qui a toujours excellé dans la direction d'acteurs- Laurent Lucas et Sergi Lopez n'auront jamais été si bons que chez lui - révèle en outre deux jeunes comédiens : Nadia Tereszkiewicz et surtout le pétillant Guy-Roger N’Drin, casté parmi de vrais " brouteurs" africains, pour donner encore plus d'authenticité à ses personanges . 

Bref,  un thriller parfaitement ficelé qui séduira autant les admirateurs du roman de Colin Niel que ceux qui n'ont pas lu le livre...

Que diable demander de plus?  

SEULES LES BÊTES - Bande annonce

 SEULES LES BÊTES

  • Sortie : 4 décembre 2019
  • Réalisation : Dominik Moll
  • Distribution : Haut et Court
  • Durée : 1h57