toutes-nos-envies-4Bon, je ne vais pas me mettre à tirer à boulets rouges sur le film Intouchables alors même que je l'avais défendu becs et ongles avant qu'il ne rencontre son triomphe actuel. Mais le problème est que lorsqu'un film dévore tout sur son passage comme cela, il ne laisse plus beaucoup de place à d'autres oeuvres, plus fragiles, car moins populaires dans le fond et dans la forme, mais qui auraient mérité, à mon sens, tout autant d'adhésion du public. Je pourrais citer plusieurs exemples de ces films, mais je vais plutôt me fixer sur un en particulier, que je viens juste de voir au cinéma : Toutes nos envies.

 Entendons nous bien :je ne dis pas forcément que, si Intouchables (ou Tintin, autre carton au B.O) ne serait pas sorti en même temps que ce film, ce dernier aurait connu un succès public plus important, mais quand on pense au succès au box office qu'avait rencontré les précédents films du réalisateur Philippe Lioret,  Je vais bien ne t'en fais pas et surtout Welcome- portant également sur une thématique sociale proche, on est un peu triste de constater qu'une semaine  simplement aprés sa sortie, son nombre de copie soit réduit à peau de chagrin, malgré un beau bouche à oreille et un indice de satisfaction conséquent.

C'est donc le constat que je me suis fait en allant voir le film à Lyon, où il ne passe plus que dans quelques salles de la 2e ville de France (les marseillais vont raler, mais tant pis),  et vu que la salle en question ne comportait que 48 sièges (j'étais en avance, j'ai pu les compter :o)!!!  Le film sera  donc vu, visiblement, d'après les projections de fin de carrière,au mieux par 500 000 spectateurs, ce qui n'est pas si mal, je vous l'accorde, mais peu vu qu'à mon sens tout le monde devrait voir ce film de salubrité publique.

Toutes nos envies parle de choses aussi fondamentales que ne le faisait un des derniers films que j'ai vu au ciné, à savoir Polisse, mais dans un style totalementtoutes-nos-envies différent : là ou le cinéma de Maïwenn nous prend par la gorge et nous assène frontalement une réalité, la caméra de Lioret y va de façon plus douce, plus tendre, mais tout en nous rappellant des évidences  salutaires.

Mais contrairement à ce que j'aurais pu penser en lisant la presse ou les interviews du réalisateur, le film n'est pas qu'une chronique sur le surendettement et  sur les dérives des sociétés de crédit au détriment des "pauvres gens".

En effet, le film l'est évidemment, mais c'est aussi et avant tout, le portrait de gens bien qui font tout pour garder leur dignité, malgré les obsctacles, juridiques et sanitaires. Car l'héroïne jouée par Marie Gillain, inspirée d'une juge ayant rééllement existé et apparaissant déja dans le livre  d'Emmanuel Carrère,  à l'origine du film, D'autres vies que la mienne,  livre un double combat : contre les décisions de justice qui ont tendance à privilégier ces sociétés de crédits ( car le crédit, c'est la consommation et  on ne peut pas lutter contre l'économie de marché) et aussi et surtout contre le cancer foudroyant qui l'atteint, à l'aube de sa trentaine. Et hélas, cette dernière bataille étant de loin la plus difficile à mener,  elle décidera de jetter ses dernières forces dans la première. Cette magnifique personne fait ainsi un personnage idéal de fiction, encore fallait il ne pas le trahir.

Et que soit chez Carrère dans son extraordinaire roman ou ici chez Lioret, le personnage de Claire conserve, tout du long de l'oeuvre,  une dimension exceptionnelle. Et les autres personnages qui l'entourent ne sont pas en reste, notamment Stéphane, le collègue spécialiste du surendettement qui va l'accompagner dans ce challenge. Par rapport au vrai juge du livre, le juge Rigal, j'ai trouvé que Lioret avait humanisé cet homme qui m'avait paru un peu misantrophe, un peu trop ours, alors qu'ici, et c'est du au regard de Lioret mais également à la générosité énorme de Lindon qui l'incarne, il possède ici une humanité bouleversante.

Humanité, c'est d'ailleurs le maitre mot du film avec solidarité (comme dans les films de Guédigian auquel le film peut faire penser, dans ses scènes de groupe),  et si le film reste sombre car la précarité, la maladie et la mort rodent tout autour, les valeurs véhiculés par ces individus apportent au film un coté solaire, particulièrement prégnants dans certaines scènes (celle du match de rugby à la fin, vous voyez que je peux aussi aimer ce sport au cinéma, contrairement à ce que je racontais dans mon billet sur Invictus).

Bref, je pourrais encore en rajouter des lignes et des lignes sur ce magnifique film, pour moi un des plus beaux beaux de cette rentrée 2011, mais une phrase suffit à résumer l'intention de ce billet : courez y avant qu'il ne soit trop tard,...


Toutes nos envies - Bande annonce HD