le-coeur-de-l-homme-de-jon-hallur-stefansson-932989682_ML Une fois encore, le hasard de mes lectures a fait que j'ai lu, grâce aux deux prix littéraires dans lesquels je suis actuellement inscrit, deux romans qui ont énormément de points communs, et notamment  le lieu et le décor choisi comme cadre de ces romans.

En effet, dans ces deux romans, Le coeur de l'homme de  Jón Kalman Stefánsson  et Nuages de cendres de Dominic Cooper,  on est plongé dans le coeur d'un pays qui reste pour moi profondément mystérieux,  même si de temps en temps il fait parler de lui, soit par les artistes hors du commun qu'il dévoile ( Bjork pour la musique , Arnadlur Indriansson dont j'ai parlé ici même) soit par les catastrophes naturelles qu'il déclenche (la célèbre éruption de l'Eyjafjöl en 2010)

Cela dit, dans ces deux romans, les auteurs prennent soin de ne pas dévoiler grand chose de ce mystère islandais, qui reste incontestablement une contrée opaque et ténébreuse, aussi hermétique que le froid et le brouillard qui est présent dans ces deux livres.

1. Le coeur de l'homme Jón Kalman Stefánsson 

Je ne connaissais pas du tout l'auteur, qui a écrit une trilogie dont ce coeur de l'homme est le dernier volet, et c'est grâce aux grand prix des lecteurs du Progrès dont je vous ai déjà parlé ici, que je suis parti à sa découverte, non sans savoir par la présentation que nous avaient fait les organisateurs du prix, que cette lecture allait être un peu exigeante et intense, tant cet écrivain possède une langue et un univers à lui, pour peu qu'on puisse et sache y trouver les clés.

Hélas, un peu comme dans le bruit de nos pas lu dans le même prix, cet univers m'a semble un peu hermétique, et je pense qu'il aurait fallu que je lise avant les deux tomes précédents de la triologie   pour vraiment y comprendre les mystères des personnages.

En effet, avec "Entre ciel et terre" et "La tristesse des anges" respectivement parus en 2010 et 2011, "Le cœur de l'homme" complète une saga islandaise qui raconte l'apprentissage de la vie par celui qui est nommé "le gamin" et dont on ne connaît pas le nom.

Pour qui a lu les deux précédents volets, celui-ci est une étape incontournable dans la narration, mais  incontestablement, ce livre peut difficilement constituer une lecture isolée tant les allusions au passé sont nombreuses. La profusion des personnages demande une attention accrue pour ne pas perdre le fil. De plus, il me semble difficile de se lancer dans cette lecture sans connaître les deux autres tomes car les références y sont nombreuses et donnent beaucoup de clés indispensables à la compréhension de l'ensemble.

Ce qui est réussi, c'est la transposition du climat et de l'ambiance : on a vraiment l'impression d'y être et de ressentir ce froid glacial qui transperce les héros du roman.

Toutefois,  il m'a semblé que  la narration est parfois un peu lourde, car Stefánsson a un peu tendance à user et à abuser des grandes phrases, formules sentencieuses (qui peuvent d’ailleurs prêter à discussion), qui insistent sur le coté morbide et sombre de l'histoire et qui créent une certaine lourdeur. "Ils ont traversé ensemble l’enfer et le bout du monde, ils ont vu des vies, ont été confrontés à la mort, le lien qui les unit ne se rompra jamais, c’est le destin qui les a liés l’un à l’autre et nul ne saurait se défaire d’un tel nœud, qu’il soit homme ou démon".

 Visiblement, la grande majorité de mes acolytes du prix ont été bien plus enthousiastes que moi, même ceux qui n'avaient pas lu les deux précédents tomes. Bref, encore un de ces ouvrages qui me rend un peu copuable et honteux de ne pas plus apprécier la très grande littérature, lorsque celle ci est trop austère et exigeante pour s'apprivoiser facilement.

nuages de cendre 2. Nuages de cendres de Dominic Cooper

Là, c'est grâce au  Prix Cezam  que j'ai eu l'occasion de lire cet ouvrage paru il y a maintenant plus d'un an chez l'excellente Metaillié.

Comme dans le Stefensson, L’histoire se passe en Islande  dans une autre époque, et plus précisemment au XVIIIième siècle ( l'époque de la trilogie est moins clairement définie) . À cette époque, l’Islande était encore sous domination danoise, royaliste. Le pays est contrôlé par des shérifs, le plus souvent issus de l’aristocratie danoise, tel Jens Wium, homme grand et fier, adjoint de l’intendant au roi.   Jens Wium est un homme ignoble et détesté, en particulier haï par un autre shérif : Thorsteinn Sigurdson, de 13 ans son ainé.

En 1739 un évènement va exacerber la haine entre les deux hommes. Deux orphelins, Sunnefa et son frère Jon, sont accusés d’inceste. La jeune femme de 18 ans a mis au monde l’enfant de son frère. Les deux jeunes gens doivent s’expliquer devant le shérif de leur juridiction : Jens Wium. Celui-ci applique durement la loi, ça sera la peine de mort pour Sunnefa et Jon. Avant que Sunnefa et Jon puissent être jugés, les deux shérifs décèdent. La rivalité entre les deux hommes se poursuit avec leurs deux fils : Hans et Pétur qui reprennent les charges de shérif. La tragédie couve sous le ciel plombé de cendres.

Nuages de cendres est un roman  écrit par un auteur vivant en Écosse, qui relate une histoire islandaise vieille de deux siècles. Et pourtant, il est non seulement d’un style impeccable, mais aussi  et surtout d’une grande rigueur quant aux descriptions de ce pays étrange. 

  Mais comme dans  le coeur de l'homme, lire ce roman n'est pas forcément un exercice facile, car il faut parfois s’accrocher pour suivre, d’autant que les noms islandais ne sont pas facile à retenir. L’histoire elle-même est dense mais parfois difficile à suivre, tant il y a des changements de point de vue, parfois radicaux, et des sauts dans le temps…

Là encore, l'auteur en rajoute un peu dans  le sordide, entre hivers rigoureux et pluies de cendres, mais toutefois, je reconnais que d’un point de vue littéraire, il mérite une mention spéciale, de même que pour l’éblouissante traduction.

Bref, à travers ces deux livres d'un abord quand même bien rugueux, on voit que l'Islande est un  pays qui cultive ses fables et ses secrets. et il paraitrait d'ailleurs que proportionnellement, l'Islande est le pays  où il y a le plus d’auteurs au kilomètres carrés … et  par conséquent de lecteurs,  .

Ceci , pour une langue endémique parlée par 300.000 personnes n'est pas le moindre des paradoxes pour un pays qui  visiblement n'en manque pas.