loup quelque part

 "Non, ce qui l’assomme et la dévaste, c’est l’incompréhension et la peur. La peur inavouable de ne pas réussir à aimer cet enfant, ce bébé à la couleur non identifiée, qui n’a rien à voir, mais alors rien du tout avec celui qu’elle désirait."

Amélie Cordonnier avait frappé les esprits avec  son premier roman "Trancher", qui racontait la violence domestique dans toute sa perversion avec un homme qui abreuvait de saillies verbales son épouse qui n'en pouvait plus.

Avec son deuxième roman, "Un loup quelque part" , Amélie Cordonnier confirme ici qu'elle aime sonder cette violence domestique, dans toutes ses dimensions, puisqu'ici ce n'est plus la relation conjugale qui est au centre de cette violence mais la relation filiale.

Comme dans "Trancher",  on est  immergé dans la tête (même si la romancière a abandonné le "tu" du premier roman, le dispositif est assez proche), d' une jeune femme qui n'est jamais nommée

Mais si, contrairement à "Trancher" cette jeune femme n'est pas la victime mais bien le bourreau., elle est également en grande souffrance et le lecteur assiste mi impuissant, mi révolté, mi irrité ( tiens, on compterait pas de travers à Baz'art?) à son douloureux flirt avec  une folie qui ne dit pas son nom. 

 En effet, mère d'une grande fille de 8 ans, Esther, l'héroïne d'un loup quelque part, s'aperçoit un jour que le bébé qu'elle vient d'avoir, Alban, développe à 5 mois  des taches mystérieuses sur plusieurs parties de son corps.

 

amelie cordonnier

 S'apercevant vite de la raison de ses tâches (raisons qu'on ne développera afin de conserver intact une partie du mystère à ceux qui veulent le découvrir), elle va développer un vrai sentiment de rejet à l'égard de son enfant.

Elle va commencer à exercer une maltraitrance particulièrement perverse auprès de ce petit être qui sent bien, comme toute la famille du reste,  que quelque chose coince chez cette maman de plus en plus à la dérive et qui se voit quelques points communs avec.la métamorphose de Gregor Samsa, le célèbre personnage de  Kafka.

"N’en peut plus de devoir prendre sur elle pour le nourrir, l’habiller, le baigner. S’en veut de réprimer un mouvement de recul chaque fois que les doigts d’Alban agrippent son pull. Culpabilise de ne jamais le bercer. De ne pas savoir le consoler. A honte de ne pas aimer le regarder, le toucher. De ne pas l’aimer tout court. »

 Brisant les tabous entourant lien maternel, et osant montrer qu'il peut exister des mères qui n'éprouvent pas un amour absolu pour la chair de sa chair, "Un loup quelque part "aborde un sujet passionnant qui fait imploser une violence sourde et psychogoliquement difficile à soutenir.

Le sujet aurait pu être casse gueule si Amélie Cordonnier ne possèdait pas cette plume si délicate et subtile,  à base de phrases très courtes, tranchantes , obsédantes ( jouant beaucoup sur les homonymies de mots) qui décrit dans un style percutant et aiguisé comme une lame cette descente aux enfers d'une femme qui devra vaincre des démons intérieurs enfouis au fond d'elle pour essayer de trouver cet amour maternel qui se dérobe terriblement à elle. 

Une lecture certes dérangeante mais passionnante qu'on ne peut que vous conseiller en numérique ou en papier dès que les librairies pourront ouvrir .. 

Et comme on a eu très récemment la chance d'interviewer son auteure, on vous prévient qu'une longue interview d'Amélie Cordonnier est à venir prochainement pour mieux comprendre avec elles les tenants et aboutissants de son roman.. 

Un loup quelque part d’Amélie Cordonnier., Flammarion , 11 mars 2020