Pour notre jeudi polar de la semaine, ce n'est pas un mais trois romans policiers qu'on vous conseille et du très lourd avec trois excellents romans qui viennent de sortir en poche .

Une sélection très eclectique et de haute tenue : 

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 1/Surface, Olivier Norek, Pocket ( mars 2020)

surface

"Le barrage d'Avalone. Il coupait le lac sur toute la largeur, comme on interrompt poliment une conversation en plein milieu. D'un côté, des milliers de mêtres cubes d'eau se déversaient dans le gouffre intérieur du barrage, puis étaient rejetés dans l'autre dans une "lumière paisible": la Sentinelle lut- elle sur son GPS. Là elle comprit que le barrage d'Avallone était une création humaine, un chantier gigantesque pour fabriquer de l'électricité."

Après l'excellent thriller social Entre deux mondes, Olivier Norek revient aux affaire avec un nouveau personnage le capitaine Noémie Chastain, brutalement défigurée au cours d’une mission

 Mutée dans un petit village de l’Aveyron, cette femme sera confrontée à une vieille enquête jamais résolue. ⁣ Elle doit travailler sur des des faits enterrés depuis 25 ans, ainsi que tout un village, englouti sous l’eau et qui remonte à la surface d'un lac du village imagé et imaginaire d'Avalone.

On l'aime ce personnage terriblement humain de Noémie Chastain loin des stéréoptypes habituels, cette femme attachante, remplie de doutes et qui doit apprendre à accepter sa  gueule cassée.


"Vous avez un visage parmi 8 milliards d'autres c'est le votre vous n'en changerez pas. Maintenant soit vous avancez ou vous restez sur place."

 

Joli coktail de tension, de dialogues explosifs de dérision: "Surface" ou comment réussir à trousser un thriller intime, utile et indispensable.

2/Hervé Le Corre, dans l'ombre du brasier  Rivages Poche ( mai 2020)

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"Mais le coeur lui bat plus fort et lui fait mal en l'imaginant toute seule dans Paris au bord du gouffre. Caroline, murmure t- il. Et c'est le clairon qui lui répond, dissonant comme un cri. Rassemblement."

Quinze ans après  "L’homme aux lèvres de saphir", qui se situait à la même époque, Hervé Le Corre tente le polar historique et il plonge le lecteur dans le Paris de 1870 au moment de la commune  de Paris pendant les 10 derniers jours de la "semaine sanglante" où les communards font se faire massacrer.

Tandis que la capitale apparait comme une ville insurgée et en état de siège, un contexte de guerre civile où la violence criminelle et les  trafics en tous genres peuvent facilement s'installer, Le Corre réussit à glisser une intrigue policière qui parvient totalement à s'intégrer dans ce contexte de chaos totale. Au millieu des obus et du chaos, , un photographe fasciné par la souffrance des jeunes femmes prend des photos "suggestives" afin de les vendre à une clientèle particulière. La fille d"un couple disparait un jour de marché. Une course contre la montre s'engage pour la retrouver. 

 Le Corre entremêle très habilement la grande Histoire, grâce à une vision particulièrement  documentée qui n'entrave jamais, comme c'est parfois le cas dans ce genre de livres, la qualité littéraire du roman, avec cette plume d'une grande élégance et d'un vrai classisisme, qui fait parfois penser à du Hugo et du Zola, et une dimension plus contemporaine qui cultivent un suspens et un sens du rebondissements assez indéniable.

Les valeurs d'espoir, d'utopie du sens de la fraternité, de la solidarité sont particulièrement prégnants dans ce grand roman d'aventures populaires qui devrait ravir un grand nombre de lecteurs ! 

3/Ma soeur sérial killeuse, Oyinkan Braithwaite.J'ai lu ( mai 2020)

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"Le hastag #femidurandadisparu est devenu viral et un message en particulier suscite beaucoup d'attention- celui d'Ayola. Elle a poste une photo d'eux, en se présentant comme la dernière personne à l'avoir vu vivant, et en suppliant quelconque qui l'ait vu qui ce que soit, de se manifester s'il sait quelque chose qui pourrait l'aider."

Dans  "Ma soeur, sérial killeuse" , farce aussi mordante que drôle qui interroge le rapport de sororité entre deux soeurs si différentes et si complémentaires, une jolie poupée au minois éclatant, Ayoola, qui passe la plupart de son temps sur les réseaux sociaux en tenue légère sur son lit, a la facheuse manie de liquider un prétendant un peu trop déplaisant à son goût .

Heureusement, elle peut compter sur sa soeur Korede, qui a bien plus la tête sur les épaules et qui va faire le sale boulot pour effacer les traces des meurtres et éventuellement graisser les pattes des flics qui auraient tendance à mettre un peu trop le nez dans ces affaires pas trop catholiques.

Une jeune écervelée aux crises de sauvageries irréfléchies et sa soeur méthodique et reconnaissante, l'équilibre tient bien la barre jusqu'à au jour où Ayoola jette son dévolu sur Tane, que Korede aime en secret.

On connait très mal la littérature nigérienne, et on est ravis de voir à quel point l'auteur nous plonge avec délectation dans une société africaine tiraillée entre coutumes ancestrales et modernité liée à mondialisation, voire à l’occidentalisation et dans laquelle le matriarcat ne vaut pas forcément mieux que le patriarcat traditionnel. 

La farce est saupoudrée de ce qu'il faut d'humour noir, d'immoralisme et d'ironie savamment dosée, sans être trop chargée et  trop absurde, pour ne pas perdre le lecteur.

Oyinkan Braithwaite possède une belle plume : son écriture est limpide et finement ciselée, bref, cette Oyinkan Braithwaite trousse ainsi un un premier roman fort réussi,drôle, féministe et jubilatoire de bout en bout.. un des gros coups de cœur du moment!!