RAPACES au cinéma — 5 questions à PETER DOUROUNTZIS RÉALISATEUR
Dans Rapaces, en salles depuis mercredi dernier, épatante chronique d'une rédaction journalistique mâtinée de thriller, PETER DOUROUNTZIS suit sur le terrain deux enquêteurs de la presse des faits divers.
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Peter Dourountzis avec ses comédiens Stefan Crepon et Mallory Wanecque; Lyon le 4 juin 2025
Peu après la sortie de Vaurien, Christophe Delsaux (Oriflamme Films), m'a proposé de mettre en scène
un scénario écrit et dialogué par Christophe Cantoni, ex-journaliste à Détective. Inspiré de l'affaire « Elo
die Kulik » qu’il avait couvert à l’époque. Je n'étais pas entièrement convaincu par le script, mais l'arène
dans laquelle se déroulait l’intrigue m'intéressait beaucoup. Je leur ai demandé si je pouvais réécrire et
me réapproprier l’histoire pour y implanter un autre récit. Et je suis reparti d’une page blanche. Puis j’ai
proposé à Thibault Gast et Matthias Weber (2425 Films) de nous prêter leur expérience du thriller, et
nous rejoindre dans l’aventure.
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Le fait divers a toujours inspiré la littérature et le cinéma. Il s’est répandu à la télévision avec le succès
d’émissions comme Faites entrer l'accusé, et très vite aussi sur les plateformes qui en ont fait leur
fonds de commerce. Le fait divers fascine parce qu’il est vrai, donc imparable ; « ça s’est passé comme
ça », « c’est mieux que la fiction ».
D’autant qu’une même affaire peut varier du médiocre au sublime, du comique au tragique, et que chacun peut s’identifier.
Qu’on le traite à distance comme un divertissement, de mon entourage. C’est comme ça que je me suis posé la question : « c’est quoi de vivre avec cette peur ? » De cette interrogation est né Vaurien, puis Rapaces, qui prolonge la réflexion. Prendre le fait divers comme sujet principal de mon film, et des journalistes spécialisés de Détective comme les héros du récit, c’était nécessairement évoquer les violences masculines, qui en composent les affaires les plus feuilletonnantes, et les plus marquantes.
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VOUS AVEZ CHOISI DE FAIRE DE VOS HÉROS DES JOURNA LISTES DU NOUVEAU DÉTECTIVE. ÉTAIT-CE UNE FAÇON DE RÉHABILITER CE MAGAZINE MÉPRISÉ ?
ou avec un rire de défense, façon de se protéger du fait que cela nous arrive. Surtout, le fait divers per
met de comprendre la vie de ses contemporains, de façon sociologique, et dit souvent mieux une vérité
que ne font qu’effleurer certains romans.
En ce qui me concerne, j’ai commencé à m’y intéresser pour Vaurien : je m’étais documenté sur les tueurs en série parisiens des années 90 comme Guy Georges, Mamadou Traoré ou Patrick Trémeau, et j'en étais ressorti lessivé. Au fond, ces histoires évoquaient la
domination masculine.
Or, à cette époque, on ne parlait pas encore de société patriarcale ni de féminicide. Dans la vie, je suis plutôt de nature à observer les choses.
Mes 15 années passées au Samu Social de Paris, où la violence ordinaire, que l’on appelle aussi « fait divers », était en quelque sorte mon quotidien. Il en reste certainement quelque chose dans mon écriture.
QU'EST-CE QUI A MOTIVÉ VOTRE CHOIX DE CONFIER À SAMI BOUAJILA LE RÔLE DE SAMUEL ?
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J'adore Sami. Je l’ai découvert lorsque j'étais encore en école de cinéma, dans Drôle de Félix, le film de Du
castel et Martineau.
Son énergie, son timbre de voix, sa diction, son sourire... Alors quand son agent a suggéré son nom, cela m'a paru être une évidence.
Sami a conféré toute son humanité à son personnage, et toute sa cinégénie. Il possède un sens du rythme inégalé, sait toujours où placer son regard.Mais c’est un homme tellement adorable que je devais souvent l’empêcher d’être trop familier avec Mallory qui incarne sa fille, pour ne pas immédiatement paraître trop sympathique, ni sauver trop vite son personnage (rires).
Et d’ailleurs au final, c'était plaisant de constater à quel point, à la lecture du scénario, personne n'avait réellement mesuré la force de la relation père-fille. Et aujourd'hui, grâce aux acteurs et à la façon dont on les a accompagnés, c’est ce qui, pour moi, illumine le film.
QUELS FILMS ONT-ILS PU VOUS INSPIRER À L’ÉCRITURE ?
Impossible de ne pas convoquer les cinéastes du Nouvel Hollywood qui sont le fondement de ma ci
néphilie : Spielberg (Duel), De Palma (Blow Out), Pakula (Les Hommes du Président), Polanski (Chinatown)… Sur ce film précis, je peux également citer Mississippi Burning de Parker ou No Country for Old Men des Coen. Sans compter les français que j’admire, comme Verneuil, Chabrol, Clouzot ou Tavernier. Mais la singularité de Rapaces, son aspect d’emblée chronique, et la relation père fille comme ossature font que je n'avais pas de référent majeur.
Rapaces
Actuellement au cinéma
de Peter Dourountzis
Film français, 1 h 44
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