Baz'art  : Des films, des livres...
8 juillet 2025

RAPACES au cinéma — 5 questions à PETER DOUROUNTZIS RÉALISATEUR

Dans Rapaces, en salles depuis mercredi dernier,  épatante chronique d'une rédaction journalistique mâtinée de thriller, PETER DOUROUNTZIS suit sur le terrain deux enquêteurs de la presse des faits divers.

L'occasion de revenir avec lui sur la génèse du projet et ses ambitions en terme de casting et de mise en scène. 

 

  Peter Dourountzis avec ses comédiens Stefan Crepon et Mallory Wanecque; Lyon le 4 juin 2025

 

COMMENT EST NÉE L'IDÉE DE RAPACES ?


 Peu après la sortie de Vaurien, Christophe Delsaux  (Oriflamme Films), m'a proposé de mettre en scène 
un scénario écrit et dialogué par Christophe Cantoni,  ex-journaliste à Détective. Inspiré de l'affaire « Elo
die Kulik » qu’il avait couvert à l’époque. Je n'étais pas entièrement convaincu par le script, mais l'arène 
dans laquelle se déroulait l’intrigue m'intéressait beaucoup. Je leur ai demandé si je pouvais réécrire et 
me réapproprier l’histoire pour y implanter un autre récit. Et je suis reparti d’une page blanche. Puis j’ai 
proposé à Thibault Gast et Matthias Weber (2425 Films) de nous prêter leur expérience du thriller, et 
nous rejoindre dans l’aventure. 

 

CELA VOUS RAMENAIT AU FAIT DIVERS. EST-CE UN  SUJET QUI VOUS PASSIONNE ? 


Le fait divers a toujours inspiré la littérature et le cinéma. Il s’est répandu à la télévision avec le succès 
d’émissions comme Faites entrer l'accusé, et très  vite aussi sur les plateformes qui en ont fait leur 
fonds de commerce. Le fait divers fascine parce qu’il  est vrai, donc imparable ; « ça s’est passé comme 
ça », « c’est mieux que la fiction ». 

D’autant qu’une  même affaire peut varier du médiocre au sublime, du comique au tragique, et que chacun peut s’identifier. 

Qu’on le traite à distance comme un divertissement,  de mon entourage. C’est comme ça que je me suis posé la question : « c’est quoi de vivre avec cette  peur ? » De cette interrogation est né Vaurien, puis Rapaces, qui prolonge la réflexion. Prendre le fait divers comme sujet principal de mon film, et des journalistes spécialisés de Détective comme les héros du récit, c’était nécessairement évoquer les violences masculines, qui en composent les affaires les plus feuilletonnantes, et les plus marquantes. 

 

 


VOUS AVEZ CHOISI DE FAIRE DE VOS HÉROS DES JOURNA LISTES DU NOUVEAU DÉTECTIVE. ÉTAIT-CE UNE FAÇON DE RÉHABILITER CE MAGAZINE MÉPRISÉ ? 


ou avec un rire de défense, façon de se protéger du  fait que cela nous arrive. Surtout, le fait divers per
met de comprendre la vie de ses contemporains, de  façon sociologique, et dit souvent mieux une vérité 
que ne font qu’effleurer certains romans.

En ce qui  me concerne, j’ai commencé à m’y intéresser pour Vaurien : je m’étais documenté sur les tueurs en  série parisiens des années 90 comme Guy Georges, Mamadou Traoré ou Patrick Trémeau, et j'en étais  ressorti lessivé. Au fond, ces histoires évoquaient la 
domination masculine.

Or, à cette époque, on ne parlait pas encore de société patriarcale ni de féminicide. Dans la vie, je suis plutôt de nature à observer les choses.

Mes 15 années passées au Samu Social de Paris, où la violence ordinaire, que l’on appelle  aussi « fait divers », était en quelque sorte mon quotidien. Il en reste certainement quelque chose  dans mon écriture.


QU'EST-CE QUI A MOTIVÉ VOTRE CHOIX DE CONFIER À  SAMI BOUAJILA LE RÔLE DE SAMUEL ? 

 

 

J'adore Sami. Je l’ai découvert lorsque j'étais encore en école de cinéma, dans Drôle de Félix, le film de Du
castel et Martineau. 

Son énergie, son timbre de voix, sa diction, son sourire... Alors quand son agent a suggéré son nom, cela m'a paru être une évidence.

Sami a conféré toute son humanité à son personnage, et toute sa cinégénie. Il  possède un sens du rythme inégalé, sait toujours où placer son regard.Mais c’est un homme tellement adorable que je devais souvent l’empêcher d’être trop familier avec Mallory qui incarne sa fille, pour ne pas immédiatement paraître trop sympathique, ni sauver trop vite son personnage (rires).

Et d’ailleurs au final, c'était plaisant de constater à quel point, à la lecture du scénario, personne n'avait réellement mesuré la force de la relation père-fille. Et aujourd'hui, grâce aux acteurs et à la façon dont on les a accompagnés, c’est ce qui, pour moi, illumine le film.


 QUELS FILMS ONT-ILS PU VOUS INSPIRER À L’ÉCRITURE ? 


Impossible de ne pas convoquer les cinéastes du Nouvel Hollywood qui sont le fondement de ma ci
néphilie : Spielberg (Duel), De Palma (Blow Out), Pakula (Les Hommes du Président), Polanski (Chinatown)… Sur ce film précis, je peux également citer Mississippi Burning de Parker ou No Country for Old Men des Coen. Sans compter les français que j’admire, comme Verneuil, Chabrol, Clouzot ou Tavernier. Mais la singularité de Rapaces, son aspect d’emblée chronique, et la relation père fille comme ossature font que je n'avais pas de référent majeur.

 

Rapaces

 Actuellement au cinéma

de Peter Dourountzis

Film français, 1 h 44

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