Pièces vides, génie précoce et "Creepypasta" (analyse- sans spoiler- du film “Backrooms”)
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Une question en ce lundi matin chers lecteurs de Baz'art.
Savez vous ce qu'est une « creepypasta » ?
Ceux qui auront répondu des spaghettis dégoutantes auront tout faux (bien qu'ils ne soient pas si nuls en anglais).
Les « creepypastas », c'est le nom donné à ces légendes urbaines apparues sur YouTube il y a quelques années et revisitant à leur manière le genre du found footage qui a connu son heure de gloire dans les années 1990-2000 notamment avec le Projet Blair Witch.
L'origine de ces creepypastas date de 2019 exactement. On y voyait l’intérieur d’un immeuble vide situé dans Le Winsconsin, un lieu inquiétant de par son extrême banalité, avec son papier peint jaune délavé éclairé au néon.
Cet endroit, appelé rapidement les Backrooms, ont très vite fasciné une grande communauté de personnes qui se sont mis à en trouver et en diffuser de plus en plus .
Des endroits, des espaces liminaires, banals en apparence mais très vite devenus aussi fascinants que terrifiants sur la toile.
Sans doute parce qu'on ne sait pas ce qu'il va se passer en avançant dans ces pièces vides et que par ailleurs l'effet nostalgie, fonctionne à fond avec ces arrière-salles aux murs jaunis qui ont un aspect très années 1970 et font penser à des films de SF de l'époque un peu mystérieux et flippants...
Si Kane Person, du haut de ses 20 ans, ce qui vous pose le génie du type, consacre son premier long métrage, logiquement intitulé "Backroom", à ce phénomène, c'est qu'il en est sans doute le meilleur spécialiste et principal fournisseur d'images.
En effet, depuis qu'il a 16 ans, il inonde, sous le nom de Pixels, la plate-forme YouTube de centaines de vidéos montrant ces pièces mystérieuses. Sa série, postée sur la chaîne YouTube 'Kane Pixels,' développe l’idée d’une corporation scientifique (Async), travaillant autour des backrooms.
Rapidement, son œuvre s’impose comme l’une des visions phares de cet univers. Pour fabriquer ses images de pièces vides avec un effet « found footage » (fausses images d'archives terrifiantes), Ken Pixels s'est notamment appuyé sur le logiciel gratuit Blender, logiciel de création en 3D très réaliste » et qui est également utilisé dans un autre film en salles actuellement Le Vertige de Dupieux.
Cumulant plus de 216 millions de vues aujourd’hui, son interprétation a passé le cap de YouTube, faisant de lui le plus jeune réalisateur employé par le studio de cinéma indépendant A24.
Si le passage d'un médium à un autre peut inquiéter les fans de la première heure, ici le défi est sacrément réussi.
Il faut dire que le mythique studio A 24 a donné 10 millions de dolars pour que Kane Person puisse passer de ses courts métrages fabriquées en amateur sur le net au grand écran, ce qui lui a permis d'embaucher des comédiens chevronnés, Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve)... mais aussi de passer, en termes d'images, au niveau supérieur.
Car si le film s'appuie sur les logiciels, il a fallu faire aussi du vrai cinéma, notamment pour les nombreuses séquences où évoluent ses comédiens.
Des labyrinthes de pièces ont donc été construits dans des hangars immenses, permettant aux acteurs de jouer leur errance de façon concrète.
Kane Person conserve une continuité en terme d'ambiance ultra réaliste avec son travail sur le web, il impose sa patte si reconnaissable sur You Tube, Pearsons conservant sa cohérence graphique et de fond .
Aucun doute que la majorité des fans de la communauté des Creepyspasta seront ravis de voir que le jeune cinéaste ne s'est pas laissé broyé par la machinerie du 7eme art, et que son indépendance est restée intact même en élargissant la cible de son public.
Avec des références pleinement assumées à Shining de Stanley Kubrick ou Twin Peaks de David Lynch, Person utilise des courtes focales et un sens poussé des détails pour créer des contrastes et des liens entre le monde normal et l'univers des backrooms.
Mais le film n'est pas que la transposition réussie d'un étonnant univers graphique à l'ambiance terrifiante, on peut aussi, comme dans ses vidéos You Tube, y déceler une critique du capitalisme et de la surconsommation avec ses objets usés qui s'empilent les uns aux autres et qui s'effacent des mémoires.
Par ailleurs, ces backrooms sont peuplés de personnages qui souffrent tous d'isolement, de problèmes psychiques liés souvent, comme pour le personnage de Clark à l'avidité et au matérialisme.
Bref, un film d'horreur qui échappe aux reproches qu'on peut parfois leur formuler: de ne pas que soigner la forme et au contraire d'offrir comme dans les meilleurs films de Lynch un sous texte aux multiples interprétations que chacun développera en fonction de son ressenti et sa personnalité (on en a quelques unes mais on a promis dans le titre de l'article qu'on spoilerait pas trop).
Pour échapper à cette tentation du "divulgachage, " on insistera sur la musique qui contribue aussi beaucoup à la réussite du film. Kane Parsons, décidemment multi talentueux, co-compose une partition originale visant à retranscrire l'atmosphère oppressante et les sonorités industrielles de cette architecture.
Chaque note semble être la voix des murs. La partition abandonne délibérément les sursauts conventionnels au profit d’un bourdonnement d’ambiances électriques continu (les fréquences de 50/60 Hz des tubes fluorescents faisant office de nappes de basse) et de textures analogiques altérées.
Impossible, pour toutes ces raisons, de résister à l’invitation de traverser ce mur qui nous mène aux Backrooms et à la promesse de voir ce qui se passe de l’autre côté.
Le film démarrant presque aussi bien en France qu'aux USA, où il a été un vrai carton, vous aurez sans doute une bonne partie de l'été pour le découvrir.
Rédacteur : Lucas H ( 20 ans, même âge que Kane Person)
Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles, tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...
Au cours de ses quarante ans de carrière, CHRIS ISAAK, chanteur et acteur, plusieurs fois disque de platine et nominé aux Grammy Awards, s'est produit dans le monde entier avec les membres de son groupe de longue date, Silvertone. Sa discographie et sa filmographie comprennent treize albums studio acclamés par la critique, douze singles en tête des charts et plusieurs films, tels que Le Silence des agneaux,Twin Peaks : Fire Walk With Me, That Thing You Do !Son travail l'a également amené à travailler dans les coulisses, en créant la musique de plusieurs bandes originales de films, notamment Eyes Wide Shut, True Romance, Wild at Heart et Blue Velvet.
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