Festival OFF D’Avignon 2026 : Nos premières recommandations vues et approuvées (partie 1)
Le festival OFF d’Avignon s’ouvre dans quelques semaines, on vous donne les premiers spectacles qu’on a vus et approuvés chez Baz‘art. D’autres suivront…
Mon côté Wertheimer – Théâtre du Train Bleu
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Un rideau blanc trône au centre de la scène, tissé de fils entremêlés. Les connexions neuronales, les nœuds dans la tête, la complexité des filiations… chaque fil en mène à un autre. Pour Chloé Oliveres, c’est parti d’une scène de gare avec mère et enfant : l’un pleurait jusqu’aux cris, l’autre stressée, semblait ralentir le convoi. Mère et fille ont du mal à parler. Bref ce n’est qu’une scène parmi d’autres. Et pourtant, une découverte va signer leur plus belle discussion. Chloé a eu toujours eu écho d’une arrière-grand-mère Victorine Wertheimer « folle » « mélancolique ». Une folie que craignaient toutes les femmes de sa lignée, y compris la comédienne. D’où vient-t-elle alors ?
Elle décide alors d’explorer ce lien quasi inconnu, une lignée juive ashkénaze traversée par l’angoisse, la peur de la folie. Pour cela, il faut se replonger dans les archives de Sainte-Anne, les témoignages. Les mouchoirs tels des documents caviardés ou indécryptables pleuvent sur scène. Le théâtre devient hôpital psychiatrique, avec nous public, qui nous transformons en patient.e.s ou internes. L’enquête prend forme au travers des corps, des démarches de chacune que reprend Oliveres. « Il n’y a pas de folie, sinon celle que l’on enferme », écrivait Antonin Artaud. L’anxiété devient un matériel théâtral à manier comme de la pâte à modeler, quitte à ce que ça pique (telle une poupée vaudou) et que ça fasse rire.
Se dessine ainsi l’histoire de la psychiatrie, de la psychanalyse mais avant tout, celle de la médecine. C’est au XIXᵉ siècle, qu’un neurologue Jean-Martin Charcot fait passer l’hystérie pour un trouble du cerveau féminin. C’est ce que développe la journaliste Pauline Chanu dans son dernier essai « Sortir de la maison hantée. Comment l’hystérie continue d’enfermer les femmes » (ed. la Découverte). Victorine et Virginia ont les mêmes initiales VW, grande coïncidence ? « Je ne crois pas » fustige Chloé, avec ce clin d’œil pétillant.
Chloé Oliveres fait ressortir une facette clownesque attendrissante et creuse assez bien la filiation mère-fille, sa matrophobie et dans la lignée, une forme de psychophobie inconsciente. Beau et émouvant femmage !! (on notera un bonus cascade de larmes à la fin)
A 14H20 au Théâtre du Train Bleu (salle 1)
1H10
Du 4 au 22 juillet / JOURS PAIRS
J’oublie Tout – La Factory / Chapelle des Antonins
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Les degrés remontent, nous arrivons à Montpellier en quelques secondes avec Julien Gallix qui nous accueille, met à l’aise les spectateur.rices dès l’entrée de la salle. Dans son dos, maillots, sweat-shirt et chemise blanche sont suspendus, comme si chacun représentait une étape de la vie. Oasis en main, le comédien entame sa canette en même temps que le récit de sa courte vie : « Je m’appelle Julien Marie Gallix, j’ai vingt-huit ans, j’existe pas. ».
Il n’existe pas, il n’est personne, il compte le nombre de followers sur son compte Instagram. Cela ne suffit pas pour devenir quelqu’un. Il ne sait pas encore quoi faire de sa vie. Celle-ci tourne autour des copains et de sa twingo à tout faire… Jusqu’au jour où celle-ci lui fait découvrir le son d’un rappeur qui monte en 2014, un certain Jul.C’est la révélation ! L’autotune devient symphonie sur scène et le rappeur, un guide. C’est la Vierge Marie qui le dit elle-même : Jul est l’Ovni, Julien devient alors « l’élu ».
Mélant récit et fiction, J’oublie tout raconte comment on grandit et on se construit à l’aide de figure mythiques et d’idoles, non pas pour les imiter mais pour trouver sa place grâce à des échos de chansons ou de créations. Pour sa première création, Gallix épate par sa merveilleuse écriture, par sa capacité à casser les codes du théâtre en convoquant du rap, genre peu bienvenu il y a encore peu au sein des murs et Jul, dont le style était lui-même peu bienvenu au début. Rien qu’en 1h10, on s’est senti membre de la team Jul et ça fait un bien fou !
A 20H55 à la Factory – Espace Roseaux Teinturiers
1h
DU 4 au 25 juillet (relâche les 9, 16 et 23 juillet)
Les gens qui sèment – Théâtre des Gémeaux
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Nous sommes prié.es de nous installer rapidement. La réunion publique va commencer. Le préfet réunit les associations et les acteurs locaux sur la question épineuse des méga-bassines. Chloé, militante d’un des collectifs interrompt et prend la parole face à Antoine, désarmé. Ils se connaissent bien, depuis l’école de théâtre. Ils s’aiment malgré leurs désaccords. Elle, militante écologiste, appelle à la désobéissance civile ; lui, devenu préfet, est chargé de maintenir l’ordre. C’est là qu’apparaît le questionnement : faut-il suivre ce qui est légal ou légitime et juste ? La désobéissance civile est au cœur de cette nouvelle création de la compagnie Hors du temps et de l’auteur Sébastien Bizeau. Deux ans après la découverte d’Heureux les Orphelins au théâtre de l’Oriflamme, on retrouve une écriture incisive, une mise en scène ciselée pour aborder les liens entre politiques et médias, la criminalisation des militant.es (donc le recul de ce dit Etat de droit et de la démocratie) et bien sûr de l’urgence climatique. Parce qu’en ces temps, il en faut des pièces comme celle-ci. On a une fois de plus adoré et on leur souhaite un Avignon plein à craquer !
Rencontre avec Sébastien Bizeau auteur, metteur en scène de ce succès à l’occasion de leur passage parisien au théâtre de la Concorde.
A 11H20 au Théâtre des Gémeaux
1H20
Du 4 au 25 juillet (relâche les 8,15 et 22 juillet)
Bollywood Boulevard – La Scala Provence
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Les sources de lumières occupent la scène. Dans l’ombre, une jeune femme se dirige vers une d’entre elles, celle remplie de bijoux et dorures. Pauline dépose bague et collier dans un creux. Laisse-t-elle les siens pour partir plus légère ou est-ce ceux d’une personne chère à qui elle veut rendre femmage ? Ce n’est que la suite de son récit qui nous convaincra.
Pauline part pour un aller-simple en Inde, loin des études, de sa famille et de la France. Dès les premières minutes au pays, elle fait la rencontre d’une agente artistique extravagante qui veut l’aider à ressusciter à un rêve enfoui de comédienne. Elle passe des publicités de Sari aux poses pour des marques de bières et de lessive, jusqu’à la proposition qui apparaît comme un miracle : un rôle principal dans un film Tollywood. Ce nom ne vous dit rien ? Normal, à nous aussi ! Contraction entre la langue Telougou et Hollywood, Tollywwod alimente le tant choyé cinéma bollywood aux mille films par an.
Une nouvelle expédition commence : celle de Viahri qui lance Pauline alias Polin Misha dans un profond inconnu autant déboussolant que palpitant. Les prises s’enchaînent d’une langue à l’autre (le plus souvent en phonétique car le doublage était assez commun), les accrochages avec un réalisateur au ton patriarche (quelque misogyne disons le) et la rencontre avec son assistant confrontent Pauline à une société où la hiérarchie des castes règne, où la place de la femme n’est pas même pas dans la rue (sous peine d’être aspergée d’acide) et n’en parlons même pas du salaire !
Les images du films projetées sont plus que réalistes. C’est la même Pauline Caupenne, 20 ans que l’on y voit, marchant vers la plage. Deux décennies plus tard, elle transpose cette épopée sur scène. De la fumée des bougies présente lors des cérémonies, on entrevoit un voile vaporeux, signe d’une quête de soi invisible. Une quête, une fuite que le deuil de sa grand-mère, son repère, a précipité.
Il ne s’agit plus de parler que d’un pays avec un œil peu concernée d’Occidentale qui part au bout du monde mais prendre conscience de ses illusions. D’une mise en scène épurée élaborée par Grégoire Leprince-Ringuet, on perçoit une pétillante Pauline Caupenne qui nous livre un récit plein d’humour et de profondeur sur l’exil, la solitude, la quête d’un rêve qu’elle poursuit à Tollywood (et non à Bollywood).
10H15 à la Scala Provence
1H10
DU 4 au 25 juillet
Gratte-Gratte – Théâtre des Béliers
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Nina patiente. Ses pieds s’entremêlent d’impatience, de stress pendant que les nôtres battent le sol de plus en plus vite pour s’installer. Nina s’apprête à rendre son projet final de thèse, thèse qui lui aura pris plus de 3 ans de sa vie. Ou peut-être plus, si le sujet n’était pas aussi intime. D’origine bourgeoise, la jeune femme est la seule à être partie à Paris pour ses études de sociologie à la Sorbonne. Si le sujet est aussi personnel, c’est qu’elle l’a suivi de très près, dans sa bande d’enfance.
Retour quelques mois auparavant. Reignac, petite commune de Gironde. Au rade du coin, on y trouvait Gratte-Gratte, figure locale et marginale dans lequel les jeunes du village avaient trouvé une présence affective. Pour certains, il leur avait fait découvrir son passe-temps favori, les jeux à gratter. C’est le cas de Nolan qui le découvre inanimé chez lui un jour. Dans sa main, se trouvait un ticket gagnant de vingt mille euros. Diable, son rêve s'est réalisé et l’a emporté ! Quel meilleur hommage que de lui offrir avec ce gain le plus bel enterrement possible pour Nolan.
Le jeune homme décide de reformer la bande des quatre. Nina, hésitante, se décide à faire le voyage (notamment pour Nolan) pour retrouver un repère dans sa ville à cent à l’heure. Les trois autres restés à Reignac l’attendent avec impatience. Nolan soutient sa mère grâce à ses boulots alimentaires tout en rêvant du même ticket que tenait Gratte-Gratte. Sa petite sœur Tiffany construit une vie rangée avec son conjoint, loin de l’image enfantine de la « petit Glue », surnom gentil de la petite bande qui lui colle à la peau. Quant à Maureen, elle voue un investissement sans limite au bar-tabac familial en organisant soirées karaokées et dynamisant l’image du village avec ses vidéos sur les réseaux. Quitte à s’oublier derrière l’alcool qui est devenue la cinquième copine du groupe…
Dans ce Point Jeune où sont nés les premiers émois, les premières déclarations d’amour (et je compte aussi les déclarations amicales), les premières fêtes où tout semblait simple pour l’avenir, s’y replonger peut sembler vertigineux. Car les trajectoires ont changé, les non-dits ont grandi et les rapports de classe aussi. A partir d’une grande écriture de plateau menée par Margaux Lebrun, les improvisations et la casquette sociologique de cette pièce apporte une large épaisseur à cette histoire d’amitié. On compte surtout sur la mise en scène entremêlant flashbacks et retour sur la thèse qui dynamise l’écriture émouvante, très drole. Surtout quand elle est menée par un quatuor qui apporte chacun.e sa touche : Clara Navarro touchante, Zoé Lignac hilarante, Emmanuelle Taton par son investissement sensible et décalé et Hugo Samperiz surprenant.
Que ça fait plaisir de voir évoluer une compagnie à chaque création ! Cette fois-ci, creuser sociologiquement la thématique de l’addiction des jeux d’argent, de l’alcool sans pour autant édulcorer l’analyse classiste sans leçon juste par le témoignage d’une bande d’ami.es en fait pour moi une pièce coup de cœur !!
A 20H50 au Théâtre des Béliers
1H15
Du 4 au 25 juillet (relâche les 9, 16 et 23 juillet)
La nuit se lève – Théâtre des Carmes
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Même après une nuit, les mots manquent pour décrire ce moment… Le cœur est si serré, le ventre en vrac… Et pourtant, on se sent chanceuse de découvrir un théâtre ô combien nécessaire. « La nuit se lève » (déjà vue par notre rédacteur en chef Philippe) vient déterrer un déni sociétal trouble avec son écriture salvatrice et la performance lumineuse des comédiennes : comme le rappelle l’anthropologue Dorothée Dussy, « le tabou de l’inceste n’est pas de le commettre mais de la dire ». Le kaleidoscope de matériels utilisés pour construire ce récit, du podcast de Charlotte Puldowski au travail de terrain auprès d’associations, creuse les fondations d’une mémoire pour celles.ceux qu’ont pas survécu aux ravages de cet écrabouillement.
Rencontre avec une autrice prometteuse à retrouver ici
A 15H45 au Théâtre des Carmes – André Benedetto
1H40
DU 4 au 25 juillet (relâche les 8, 15 et 22 juillet)
Saigner des genoux – 11 • AVIGNON
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L’école est un huit exacerbé de la société. Se plante alors un duel ou plutôt une forme de huit-clos entre professeurs et élèves pris dans un même refrain méritocratique. Il ne s’agit plus d’infantiliser ou de dépeindre une ambiante chatoyante aucunement empreinte de réalisme. Igor Kovalsky met en lumière l’espace scolaire comme on ne le voit jamais : « un lieu de violence et d’oppression et un lieu de rires incontrôlables, de relations sincères, d’amour et d’espoir ». Une zone grise qui agit ici telle une bombe à retardement. En s’inspirant d’un fait divers, il dépeint, en s’appuyant sur les codes du théâtre documentaire, comment une nuance d’ombre dans les relations professeur-élèves et le rapport d’autorité que cela implique, atteigne le système scolaire. Madame Canosse, la professeure de mathématiques, s’immole dans la cour de son collège devant ses élèves. L’un d’eux est-il responsable ?
Les rythmes d’ambiance s’alternent si rapidement, passant du rire glaçant au malaise grâce à une distribution incroyable au jeu très énergique et subtile (avec ma grosse mention spéciale qui va à Margaux Germay, impressionnante qui maîtrise le degré de tension ressenti).
C’est un souffle, une frappe ; que dis-je, une grande claque !!
21h30 au 11 • AVIGNON
1H25
Du 6 au 23 juillet (relâche les 10 et 17 juillet)
Maintenant je n’écris plus qu’en français - 11 • AVIGNON
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Sur cette immense carte projetée, impossible de poser les bornes chronologiques de ce récit, du moins la fin… Viktor Kyrylov a grandi à Odessa, au sud de l’Ukraine. Nous Européen.nes, nous avons entendu ce nom relié à des notifications de bombardements. Pourtant, Odessa est restée un havre de paix pour Victor, emplie de souvenirs d’enfance et de soutien lointain de ses proches. Parce que oui, Viktor est devenu la fierté de sa petite ville natale. Il s’est envolé pour Moscou poursuivre son rêve de comédien dans la prestigieuse école de théâtre russe GITIS.
Mais la veille, tout devient « absurde » selon ses mots. Il reçoit un coup de téléphone de sa mère l’alertant du début de la guerre sur le territoire ukrainien. Les troupes russes viennent de l’envahir, mais la guerre n’a-t-elle pas commencé 8 ans plus tôt, en Crimée ? La scène qui le transportait devient le lieu des questionnements : doit-il rentrer à la maison, combattre avec ses « frères » pour protéger les siens ? Viktor se sent désormais traître envers sa patrie et en territoire ennemi. Les couloirs du GITIS deviennent des lieux d’hostilités. Le voile se lève sur cette culture de Tolstoï et de Tchekhov qu’il chérissait tant.
Viktor Kyrylov occupe l’entièreté du plateau par sa présence, les yeux brillants de passion pour ce métier et par l’émotion poignante d’avoir quitté les siens. On ressent de même la gratitude de pouvoir être devant nous dans son seul-en-scène à l’écriture pointilleuse et fluide. Après avoir vu ce spectacle, se pose toujours la même question : en tant qu’Européenne dans un pays en paix, nous donnons-nous bonne conscience à venir écouter l’horreur un soir avant de repartir tranquillement chez nous ou est-ce un moyen de lutter contre la banalisation d’une guerre, comme cela a été le cas avec Mode d’emploi pour un metteur en scène israelien en Europe avec le conflit israelo-palestinien et le génocide à Gaza ?
A 15H05 au 11• AVIGNON
1H30
Du 4 au 23 juillet (relâche les 10 et 17 juillet)
Crédits photos : 1- Marina Viguier / 2-Compagnie Le Square / 3- Cédric Vasnier / 4- Pierre-Alfred Eberhard / 5- Stéphane Guilhou / 6- Nicolas Eychenne / 7- Guillaume Plas / 8- Pauline Le Goff
Jade SAUVANET
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