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Je suis un grand fan du cinéma de Julie Delpy et notamment de ses très  remarqués- et très remarquables  2 Days in Paris et 2 Days in New York, deux comédies qui lorgnaient du coté de la comédie indépendante américaine à la Woody Allen, avec dialogues trépidants et intelligents, rythme effréné, et mise en scène  traversée par une grande singularité et une grande spontanéité.

 Après ces deux films, et sans oublier la réussite de son Skylab puis un projet malheureusement avorté de biographique sur Joe Strummer, le leader disparu de The Clash,  j’étais heureux de revoir, Julie Delpy revenir  enfin en cette rentrée 2015, à la réalisation avec ce "Lolo," une comédie française très attendue, même si je redoutais un peu ce virage visiblement plus consensuel et grand public que la bande annonce et la participation au générique du très bankable Dany Boon laissait prévoir.

Grosse interrogation avant d'aller en salles : est-ce que Lolo allait tendre vers la une comédie intelligente pleine de répliques bien senties et de situations qui dérapent dans la folie et une fantaisie dont elle nous a souvent habitué ou bien aller du coté de la comédie française fédératrice et qui à force de ménager tout le monde ne fait rire pas grand monde ?

 A la vision de ce Lolo, la réponse à cette question n’est pas vraiment tranchée tant le film laisse un avis mitigé.  On a en effet la nette impression que pendant toute la durée du tournage, Julie Delpy s'est posé un peu la même question que nous,  et s’est demandé comment elle pouvait garder sa personnalité dans un univers plus "mainstream".

 On retrouve bien, surtout dans la première partie du film,  un bel échantillon de son humour à la fois grinçant et tendre qui caractérise ses comédies avec ces figures chères à la réalisatrice, comme la parisienne névrosée, ou encore son compagnon jeté hors de son univers familier et par conséquent un peu paumé,  et des dialogues bien sentis et qui n’épargnent pas grand monde, ni la province ni la mesquinerie parisienne, et surtout, on aime l’humour cru et franc du collier de ce personnage de bonne copine campée par une Karin Viard particulièrement en forme.

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Hélas, Delpy semble avoir plus de mal à aborder ce personnage d'adolescent arrogant et égoïste interprété par Vincent Lacoste, et dès que celui ci est bien installé dans l'histoire,  le film perd quand même un peu de la vierve et du fiel dont Delpy est coutumière.

Surtout, Lolo a le travers d’osciller sans jamais vraiment trancher entre plusieurs genres la comédie  familiale à la Tanguy, le conte (vaguement) noir et cruel, la satire sociale et enfin le portrait d’une névrose pathologique, mais et à cet égard, la résolution de l'intrigue et la révélation de la personnalité psychanalytique de Lolo semble hélas  peu convaincant.

Si l’on compare avec un film de cette année qui osait aussi  mélange entre comédie et délire psychopathe, "the voices" de Satrapi était bien + audacieux  et allait bien plus loin dans la radicalité, mais en même temps, contrairement à ce" Lolo", le film n'avait pas vocation comme ici à passer en prime sur tf1...

Et pour un film qui a cette vocation là ( avec un Dany Boon aux manettes, forcément), on est quand même obligé de reconnaitre que le film est au dessus de la production courante de la comédie française actuelle, et même un poil au dessus du sur estimé "Papa ou maman" de ce début d’année.

Et puis surtout, une des grandes qualités du film est de donner un beau rôle à Dany Boon,  (que j’avais vu très récemment  en DVD dans le désastreux  "supercondriaque" ) et qui dévoile une palette de jeu bien plus riche que d'habitude, en jouant la carte de la (relative) sobriété et de la sensibilité. Et Boon étant toujours bankable et attire sur son seul nom des milliers de spectateurs, on aime l’idée qu’il puisse peut-être pousser des spectateurs qui ont aimé ce Lolo à voir d’autres films plus ambitieux de Delpy.

Au final, un projet pas totalement abouti mais qui reste quand même largement respectable…et respecté !!

 


Julie Delpy sur "Lolo" par LePoint