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12 novembre 2024

InConstance : Constance plus vivante que jamais aux confins de la bipolarité – Comédie de Paris

 

L’expérience de la scène n’est pas systématiquement thérapie, elle peut être aussi destructrice. François Mallet dans Heureux soient les fêlés a connu ce processus du patinage artistique au théâtre. Pour Constance, c’est son métier qui « a failli (la) tuer mais aussi celui qui (l)’a sauvée » (Le Monde).

Pour l’humoriste picarde de 39 ans, découverte dans l’émission télé On n’demande qu’à en rire (2010-2012) avant de rejoindre France Inter, son métier constituait la majeure partie de sa vie. Pas le temps de se plaindre, ni de relâcher, la valeur travail demeure l’unique moyen de continuer, d’être validée par l’entourage surtout quand ce dernier ne voit que la visée divertissante. Pas de quoi s’inquiéter, les one-woman-shows s’enchaînent et le succès suit. Jusqu’au jour où Constance s’effondre sur scène, c’est ici que l’« InConstance » commence. A la manière d’une bobine mal réglée ou d’un accroc dans un mécanisme, le fil du spectacle commence par un rideau qui se ferme au bout de deux minutes. Un premier burn-out peu pris en charge auquel s’ajoute un deuxième.

 

 

Le sol se dérobe sous ses pieds, une boucle infernale et auto-culpabilisatrice s’installe, comme elle en parle au micro de Sonia Devillers sur France Inter : « (…) tant qu'on n'a pas admis que c'est un burn-out ou une dépression, on est dans le déni, on essaie de forcer... Moi pendant très longtemps, j'ai cru que c'était de la faiblesse, en fait : je me disais 'moi, non' (…) je suis restée bloquée sur le fait que je n'avais même pas le temps de faire une lessive, donc je me disais 'j'ai pas le temps de laver mes slips, j'ai pas le temps de laver mes slips ». Le diagnostic tombe : c’est une dépression. Les douleurs physiques atteignent chaque partie du corps, l’envie de mort l’envahit…

 

Après trois tentatives de suicide, il n’est plus honteux de demander de l’aide. Constance demande à être hospitalisée et nous plonge dans son parcours psychiatrique : l’acceptation des médicaments (avec une bonne dose qui lui donne envie de flotter), les rondes dans la cour avec l’impression d’avoir pris perpét’, les ateliers avec une professeure d’art-thérapie au bord du craquage… Tout cela avec la marque Constance, celle d’une bonne dose d’humour noir qui fait fuir toute forme de stigmate sur la maladie. Entretemps, son regard a changé, tout comme le diagnostic. Les médecins lui parlent désormais de bipolarité. Ce mot surgit de son passé familial avec une grand-mère maniaco-dépressive, tel qu’on l’appelait à l’époque, qui s’est donnée la mort quelques années auparavant.  

L’humoriste aborde de plein fouet ses quatre tentatives de suicide, dont la dernière l’a plongé deux jours dans le coma : « même dans la mort, j’étais nulle » ironise-t-elle sur le plateau de Quotidien. En rire devient indispensable pour se défaire de la honte. Le suicide n’est point une lâcheté ou une forme d’égoïsme mais un symptôme du mal-être. La dureté de ces procès traduise ainsi le deux poids deux mesures entre la prise en charge de la santé physique et mentale : « est-ce qu'on dit à quelqu'un qui a un cancer d'arrêter de faire du chantage ou de faire mal aux gens » martèle-t-elle.

En deux ans d’accompagnement, Constance est tombée sur multiples cliniques privées et le merveilleux monde de l’hôpital public, nommé « parent pauvre de la médecine ». Dans InConstance, le service psychiatrie ressemble à un mouroir : les soignants sont tellement au bout qu’ils ne donnent pas les bons traitements, les chambres sont sales et bourrées à craquer… Elle aperçoit un jour une psychiatre alcoolisée qu’elle retranscrit dans le spectacle grâce à son « humour sale » comme elle aime l’appeler.

Le constat est net et accablant : le nombre de places en psychiatrie diminue d’année en année alors que les besoins et les demandes de rendez-vous ne font qu’augmenter depuis la crise sanitaire, selon le constat de la DREES. Un état écrasant de la psychiatrie déjà souligné en mai dernier avec le documentaire de Nicolas Peduzzi État limite, dans lequel ce dernier suit Jamal Abdel Kader, seul psychiatre de l’hôpital Beaujon au sein d’un désert psychiatrique, luttant contre la politique du chiffre pour une psychiatrie du lien. L’humoriste est retournée en clinique pour assurer la continuité des soins, consciente de son privilège de pouvoir y mettre l’argent. Ce passage sonne comme un énième électrochoc pour le public conscient face à un système de santé au bord de l’effondrement.

De cette période sombre, il en sort des notes griffonnées sur des carnets, une framboise tatouée sur le bras et l’idée qu’il est possible de s’en sortir. La plume subtile de Constance (accompagnée de son co-auteur Pascal Duclermortier, présent ce jour-là dans la salle, les yeux embués) exhume un paquet d’émotions afin de détabouiser la dépression et la bipolarité. Parce que « santé mentale cause nationale » ne sont pas que des formules mais une réalité quand les psychiatres constatent une hausse de 50% des rendez-vous en trois ans. Les mots sont d’une justesse inouïe et ces 1h10 d’une drôlerie terriblement émouvante qui nous fait sortir de la salle encore plus vivant.e ! Les framboises ont de nouveau du goût…

Crédits photos : Laura Gilli

 

 

InConstance

Écrit par Pascal Duclermortier et Constance

Mis en scène par Éric Chantelauze

1h10

Du jeudi au samedi à 19h30

Jusqu’au 4 janvier 2025

Comédie de Paris (Paris 9ème)

Jade SAUVANET

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