Baz'art  : Des films, des livres...
10 novembre 2016

Au fait, il est comment le dernier Dolan??

  Juste-la-fin-du-monde-Xavier-Dolan-fait-sa-mueLe film faisait partie de mes 10 films les plus attendus de l'année, et j'ai assez dit depuis plusieurs années tout le bien que je pensais de Xavier Dolan pour ne pas considérer son dernier film comme un vrai evénement..

Pourtant , alors que j'ai vu le film dès sa sortie le 21 septembre, j'ai mis pas mal de temps à vous parler de "Juste la fin du monde", le nouveau long de Xavier Dolan, deux ans apres le carton plein de son dernier long métrage, Mommy que je considère comme un chef d'oeuvre ultime.

En même temps, il y a une certaine cohérence de chroniquer  ce Grand Prix du Jury trois jours seulement après avoir chroniqué la dernière Palme d'Or, le numéro et un deux du dernier Festival de Cannes étant, qu'on le veuille ou non, parmi les plus grands évenements de cette rentrée cinématographique 2016..

Sauf que si le Loach tient parfaitement sa place,  contrairement à ce que certains grincheux aient pu dire, le dernier Dolan est quand même pas loin du pétard mouillé.

En effet,  même ceux qui attendaient le dernier film du prodige québécois avec grande impatience en sont restés pour leurs frais, devant cette adaptation théâtrale qui malgré des qualités visuelles indubitables - le prodige québécois n'a pas perdu la main loin s'en faut- a beaucoup de mal à émouvoir et bouleverser comme l'avait fait Mommy et Lawrence Anyways avant lui .

"Juste la fin du monde" est, on le sait, adaptée de la pièce de théâtre du même nom de Jean-Luc Lagarce : après douze ans d'absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l'on se dit l'amour que l'on se porte à travers les éternelles querelles, et où l'on dit malgré nous les rancœurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

juste

Le choix de la pièce revet une vraie cohérence dans l'oeuvre de Dolan,  on y retrouve  en effet des thèmes dominants dans sa filmographie, notamment le rapport du fils à sa mère et l'absence d'un père quasiment jamais cité. Par ailleurs, des liens évidents relient cette œuvre à son sous estimé Tom à la ferme :  un même postulat de l'élément extérieur dans un milieu hostile, un même tabou autour de l'homosexualité en milieu rural,  une même violence contenue,  et encore une même opposition entre l'intellectuel et le prolétaire...

Le film  soulève par ailleurs pas mal de questions passionnantes déjà présentes dans la pièce d'origine : pourquoi des membres d'une même famille peuvent éprouver  autant de  rancoeur simplement parce qu'un membre d'une famille part faire sa vie ailleurs? Et aussi quelles sont les raisons  profondent qui poussent celui qui est considéré par tous comme un  fils prodigue à partir? Beaucoup d'énigmes que, malheureusement le film- et la pièce-,  se garderont  bien d'élucider, à cause d'une propension aux monologues et à une hystérisation galopante qui peut frustrer le spectateur....

Le film donne hélas presque constamment l'impression de  forcer la démonstration et  à perdre un peu  le spectateur qui en ressort essoré par ce combat d'une heure trente. Ça crie, ça hurle, et ça ne se calme jamais, là où un peu de retenue et de silences n'aurait pas nui à l'émotion, bien au contraire ...

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En revanche, le parti pris de Dolan d'opter pour des plans  très serrés qui mettent en valeur les visages des acteurs,  avec un abus de gros plans et d'un jeu de flous est plutot ingénieux, ainsi que son gout  habituel pour l'utilisation en bande son de titres ultra populaires ( ici O-Zone ; Mob- ) est ingénieux, cela casse le coté théâtre filmé et en mettant pas mal de cinéma dans une adaptation qui est tout sauf figée.

Cependant, si elle joue parfois avec habileté  avec la profondeur de champs, la caméra de Dolan se cantonne principalement à répéter le même processus : plan d’ensemble pour présenter la scène, puis gros plan sur les visages des personnages quand ils parlent, et malheureusement, le film se réduit malheureusement à une juxtaposition de monologues. 

 Car tout cela fait ressortir le coté artificiel du film, un coté accentué par le surjeu délibéré des acteurs, notamment Vincent Cassel ou Nathalie Baye qui ne font pas dans la sobriété. On n'a du mal à ne pas voir l'effort de ces comédiens confirmés de donner de l’épaisseur et de l’authenticité à des personnages qui manquent finalement un peu de finesse dans l'écriture..

On a hélas le sentiment que chaque personnage joue sa partition indépendamment des autres, et du coup, l'intrigue ne semble jamais vraiment progresser,  en raison  de l'interaction  assez stérile entre les différents membres de cette  famille dysfonctionnelle ( sur un sujet proche, le récent Préjudice  paraissait  bien plus convaincant).

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Difficile dès lors d'éprouver beaucoup d'empathie pour ces personnages à part peut etre celui de  Marion Cotillard - toujours aussi excellente comédienne comme on le verra dans notre chronique du Nicole garcia- ou Indochine (Les Amours Imaginaires) sans provoquer nullement le ridicule ou l'incohérence. 

 Si certaines scènes parviennent à toucher sinon à émouvoir  (Marion Cotillard mentionnant son lien avec ses enfants,  Nathalie Baye expliquant à Ulliel qu'il est l'homme de la famille et que les autres sont soumis à son bon vouloir ),   l'ensemble reste vraiment en dessous de ses meilleures oeuvres...

  "Les sceptiques seront confondus", prévenait Anne Dorval dans les premières minutes du précédent et inoubliable Mommy. Malheureusement, au vu de ce "Juste la fin monde",   et  au vu de la réaction des spectateurs que j'ai pu receuillir à la fin de la séance, et de la plupart des forums cinéma, pas mal de gens risquent de l'être, confondus., hélas....

 

 

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