Troisième interview portrait de la semaine : après Jane Campion  lundi et Anamaria Vartolomei hier , une autre artiste féminine est sous le feu de nos projecteurs c'est Bérengère Krief dont on a tant aimé le dernier spectacle qui a bien accepté, avec sa simplicité et sa générosité habituelles,  de répondre aux questions d'un certain Philippe ( précision pas totalement inutile vu  la première question) : 

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 Baz'art : Bérengère, dites-nous tout : vous avez quoi contre les Philippe? (rires) 

 Bérengère Krief : ( rires).. Ah je vois à quoi vous faites allusion, c'est vrai que au début du spectacle,  je dis : «Je préfère largement écouter le débrief du rancard Tinder de Marine que la création de la SARL de Philippe.»

Mais bien évidemment,  ce que je voulais dire par là évidemment c'est que  le CV amoureux  en dit pour moi plus long sur la personne qu'une longue présentation d'un CV professionnel, alors même que quand on rencontre quelqu’un, on a toujours tendance à lui demander ce qu’il fait dans la vie, ce qui ne veut pas dire grand-chose sur la personne en elle même …

Dans les soirées et dans les rencontres avec les gens,  globalement je trouve qu'on va surtout parler des choses en surface.

Quand je place le sujet  de l'amour dans la discussion, là, d'un coup, les langues se délient  : "J'attends un texto", "J'ai rencontré quelqu'un".

Toutes ces histoires me passionnent et je trouve que c'est vraiment là que je rencontre les gens... bref pour répondre à votre question je n'ai rien contre les Philippe il fallait juste que je trouve un prénom de mec car c'est quand même souvent le type qui a tendance à étaler sa vie de bureau à des inconnus ( rires) 

Et du coup vous avez souhaité garder ce principe de la conversation intime, non ?

 Bérengère Krief :  Tout à fait, j'ai eu envie de créer cette conversation, de rentrer un peu dans cette vulnérabilité de l'amour.

On se rend compte que tout le monde a vécu des histoires, des ruptures, des chagrins, des bonheurs, et c'est vraiment ça que j'avais envie de  partager.

.Le point de départ du spectacle part d’une rupture, quelque chose de très intime et pas forcément très drôle, au départ, non ?

 Bérengère Krief : En effet,  lorsque j’ai eu trente ans, je devais me marier et le projet a été annulé, mais je ne donnerai pas plus  de détail parce qu'il faut venir voir le spectacle je raconte tout la dedans  ( rires).

C'est une rupture dont je me suis sortie et qui m'a permis tellement de choses après que je suis reconnaissante de ça.

 Cela a engendré des choses qui, au niveau de mon ego, m'ont fait quand même très mal. Le spectacle évoque la rupture, l’illusion versus la réalité, les injonctions sociétales du genre  : «À 30 ans, si tu te retrouves célibataire, t’as raté ta vie.»

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Et j'ai vu que  vous l’avez écrit loin de Paris, ce spectacle, mais pour quelle raison?

 Bérengère Krief :  Oui, je  suis partie l’écrire à Biarritz. J’ai éprouvé la nécessité de quitter la ville, de couper avec Paris, de m’éloigner de l’effervescence quotidienne qui à ce moment-là me pesait énormément.

 Il fallait que je prenne du recul, dans ma vie personnelle et professionnelle.

J’ai eu besoin de nature, d’oxygénation, de faire place nette et donc à mes yeux il n'y a rien de tel qu’une bonne balade près de l’Océan.

C'est votre deuxième spectacle et il est marqué par une belle  évolution … lors du premier spectacle, vous cherchiez à tout point à faire rire , vous cherchiez la punchline à chaque phrase, ce qui n’est pas le cas ici…

 Bérengère Krief : Oui, totalement : mon premier spectacle était l'aboutissement de mon rêve de petite fille , celui de vouloir monter sur scène et de faire un one man show, une idée qui me dépassait  un peu....

Pendant des années,  il fallait donc que ce soit drôle à tout prix et  que les gens ressortent en ayant beaucoup ri et j'avais tendance à m'oublier un peu dans ce que j'avais vraiment  à dire.

Là  on peut dire que j’ai  fait du chemin professionnellement et personnellement et ce spectacle essaie de le montrer.

 

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..C’est audacieux pour un spectacle d’humour de s’aventurer aussi sur d’autres contrées comme l’émotion …

 Bérengère Krief :  Il y a aussi de l'émotion car c'est aussi un spectacle que j'ai voulu comme une expérience sensorielle, avec tout ce que j'aime chez moi en tant que spectatrice.

Je ne vais pas me comparer à leur réalisateur mais un film comme Intouchables est tout à fait ce que je recherche en tant que spectatrice, car il fait rire et pleurer juste après

Comme on l’a dit, la rupture ce n’est pas un sujet  ne sont pas forcément drôles. J’ai choisi de mettre en lumière toutes mes facettes. Pas juste le côté joyeux, pétillant.

J’explore l’intime, je montre ma vulnérabilité. C’est un genre hybride, entre violon et clarinette, qui mêle spectacle humoristique, théâtre avec costumes et lumières, nouveau cirque…car il y a du cerceau aérien dans le spectacle....

Je suis vraiment  heureuse de la forme que le spectacle a aujourd'hui, d'avoir pu mettre tout ça dedans avec le bon équilibre entre le personnel et la distance que j’ai pu mettre sur les choses

Et vous avez mis le paquet niveau mise en scène et décor. On est loin du stand up traditionnel avec juste une chaise et un micro, non ?

  Bérengère Krief : Oui : J’ai eu envie d'un décor parce que sur scène, j'aime bien emporter ma maison avec moi, comme ça en tournée je sais toujours où je suis.  Et j’aime beaucoup changer de costumes donc là sans trop spoiler pour ceux qui l’ont pas vu, j’en ai quelques-uns de sympas.  

Et comme je le disais, je fais aussi un peu de cirque puisque j'’ai un cerceau avec moi sur scène..

Cette discipline, que je ne connaissais pas, requiert beaucoup de rigueur et de préparation  et implique de se dépasser physiquement., c'est vraiment gratifiant ce sentiment, je trouve ...

Disons que tout ce mélange forme au final quelque chose d’assez  cohérent.

 

Un grand merci à l'Espace Gerson et à Alain Ichou pour l'interview